Amour de jeunesse

baiser-adolescentJe les croise chaque semaine.

Même endroit, même heure.

Sur la margelle à l’ombre du deuxième bâtiment.

Je me rends à mon cours, ils ne tarderont pas à regagner eux aussi leur salle de classe.

Mais pour l’instant, ils sont tous les deux. Le monde autour d’eux n’existent pas.

Il la regarde avec tendresse, lui caresse la joue délicatement. Elle lève les yeux pudiquement, papillonnant habillement des cils vers lui.

Leurs mains se frôlent et leurs doigts s’entrecroisent discrètement sous leurs jeans.

Par pudeur ou par règlement intérieur, ils ne sont pas très démonstratifs.

Mais à 16-17 ans, ça transpire d’évidence : ils sont tout l’un pour l’autre. Ils respirent pour l’autre, ils voudraient passer leur vie ensemble, ils ont envie l’un de l’autre de manière urgente, permanente, quasi-douloureuse.

Même s’ils se sont promis-jurés, dans 5 ans, 10 ans, 30 ans, ils se seront sans doute perdus de vue, ignorant tout de leur parcours respectif, de leur vie sentimentale ou professionnelle.

Le goût des larmes aura disparu depuis longtemps, effacés par d’autres épisodes de leur vie moins tendres, plus brutaux.

Il restera un prénom, une odeur, une sensation.

A leur tour, projetés tendrement dans leur propre histoire, ils souriront, amusés, attendris, nostalgiques, en passant devant deux jeunes cœurs épris.

Un doux frisson leur traversera l’échine,

En souvenir de leur amour de lycée.

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Sur les murs de ma ville

La débrouille, la galère, la jeunesse, l’espoir, la colère…

Les murs sont à l’image de la ville, de sa vie : colorée, animée, de bric et de broc, non achevée, sale mais ensoleillée, poussiéreuse mais pleine de promesses, parfois abattue et découragée mais fière et engagée, ethnique et guindée à la fois, mixte mais unie, ségréguée, solidaire… Dakar !

Sur les murs de ma ville, il ne faudrait pas l’oublier, sont aussi inscrites les folies du passé. Son existence, son importance sont controversées, mais plus important : la symbolique est là, ces murs d’un autre siècle, qui à force devient de plus en plus lointain, soutiennent celle que l’on surnomme la « porte du voyage sans retour »…

Contre ces murs 900 à 1.500 esclaves auraient attendus quelques jours ou plusieurs mois leur départ pour un voyage… sans retour. Donner plus de chiffres précis à ce site touristique serait un peu anecdotique au regard de l’ampleur du « commerce ». Les historiens estiment que 42 millions d’africains ont été victimes de la traite négrière, 11 à 13 millions pour la traite transatlantique qui aurait nécessité quelques 54.200 traversées…

Nelson Mandela, Jean-Paul II, Barack Obama, nombreuses sont les personnalités et les touristes anonymes à avoir visité le site, versé quelques larmes, glissé leurs doigts le long des murs restaurés de la dernière maison des esclaves de l’Ile de Gorée, située à quelques encablures de Dakar.

Toucher ces murs comme pour mieux s’imprégner. Se mettre quelques secondes dans la peau de ceux qui ont vécu cette sombre histoire dont on ne parle pas assez dans l’Histoire. Pour se recueillir. Pour s’indigner. Pour ne jamais oublier… Pour essayer de ne pas refaire les mêmes erreurs…

 

Goree_petite_yaye

 

C’était ma participation aux Instantanés Singuliers de l’atmosphérique Marie Kléber sur le thème : « les murs de votre ville ». Toutes les autres sont regroupées .

 

de génération en génération

Certification192 Ce qui est bien quand on vient chez les (grands-)parents, c’est que l’on retrouve pleins d’objets qui ont traversé les époques.

Quand j’étais petite, je me souviens avoir adoré jouer avec la barbie de ma maman. Elle avait toute une panoplie d’habits 60’s bien plus chics que nos habits 80’s (faut dire que ma barbie à moi était une barbie aux cheveux châtains, maman de jumelles en plus et ses habits n’étaient pas top sexy, à part une robe bustier velours à cœur rouge et voilage blanc réservée aux sorties avec Ken !). J’ai utilisé son vélo pour aller au collège et bouquiné des tonnes de livres aux pages toutes jaunies et au parfum renfermé, nuance moisi. Que de bons souvenirs !

Voilà, mon tour est venu de voir mon fiston utiliser mes objets…

Michoco a découvert avec bonheur MON chariot à roulettes. Oui oui, le mien à moi, que j’utilisais quand j’étais bébé ! Les roues couinent mais il est toujours aussi beau et amusant ! A peine une ride, il contient encore ses cubes en bois, trop top ! Il a bien rigolé à monter et descendre de mon rocking chair et se régale dans la chaise haute qui appartenait à mon p’tit frère !

Certification191[Oui, bon, vous me trouvez rondelette sur la photo ? Ne vous moquez pas, j’aimais bien manger, voilà tout ! Concentrez-vous plutôt sur le design du papier peint…]

Vous vous rendez compte : il a pris son bain dans ma propre baignoire et se couche sur mes draps de bébé ?? Vraiment merci mes parents soigneux !

J’ai hâte qu’il grandisse pour qu’il découvre mes livres remplis d’histoires et de contes et mon encyclopédie junior… Par contre pas sûre que ma « dictée magique » marche encore… zut !

Allez, je vous laisse, je vais plonger ma tête dans le coffre à peluches, elles y sont toutes, il faut absolument que j’aille faire des câlins à mon kiki et à mon bisounours !

 

en voiture chauffeur !

img_4930Je ne peux m’empêcher de ressortir ce vieux mail d’un ami, un frère, qui me redonne le sourire à chaque fois que je le relis !
Que de bons souvenirs de baroudage en Afrique… c’était il y a sept ans, déjà…
– Pour Sibi, c’est ce car là, chef ?
 – Oui, il faut aller chercher tickets au guichet.
 – Bonjour, deux tickets pour Sibi.
 – Oui, vos noms ?
 – Rossetti, et le second, c’est Litt.
 – R-O-S-S-E-T-T-I
– Le second, c’est L-I-T-T
– C-E-L-I-T-T
– Non, juste L-I-T-T
– C-E ?
– LITT
– CELITT ?
– CE et LITT ?
– Juste…
– C…
– Non
Le bus pour Sibi est vide. Pour le moment. C’est mauvais signe. Un minibus part quand il est plein. Il est 11h du mat’. On espère ne pas attendre trop longtemps.
– Chef, il part quand le bus ?
– 16h.
– … Pas avant ? Il y en à d’autre ?
– Oui
– Quand ?
– 10h.
– Il est 11h.
– …
– On va partir dans combien de temps ?
– Oui.
– OK.
On commence une partie de poker pour tuer le temps, assis dans le fourgon. En France, c’est un fourgon 8 places, deux devant, trois sur chaque banquette arrière. Là, c’est plutôt du 20-25 places, selon l’affluence, à taille de véhicule égale. Jo me dit de me serrer un peu, la place que j’occupe est en fait une double place. Après un peu d’attente, on nous indique un autre fourgon en partance. J’avais demandé 4 fois si un véhicule partait plus tôt, c’était toujours non, et tout à coup, en voilà un qui part.
On est 21. Je mets ma jambe sous le siège. Je range mes bras dans mon sac. J’installe mes genoux sur mes épaules. Je coupe la circulation du sang. Voilà, je suis à l’aise pour le trajet. En route.
– Monsieur, c’est bien le bus pour Sibi, ou bien ?
– Oui, oui.
– Combien de temps pour le trajet ?
– Oui, oui.
– OK.
Avant le départ, le chauffeur fait l’appel des personnes inscrites.
– Coulibaly… diawara… traoré… rossetti… litt…cé… ? cé est pas là ?
On part vers les monts manding, proche de Bamako, environ 55km. Plus de piste que de goudron pour aller… Entassé dans le fourgon, le trajet s’annonce long. Il fait super chaud, il pleut dehors, on n’ouvre pas beaucoup. Les gouttes perlent sur le front. Le matin, je me demandais si on avait le droit de cracher dans la rue ou si c’était malpoli. Ma voisine de bus me répond indirectement en ravalant 8 fois ses glaires avant de les propulser vigoureusement par la fenêtre. Une douce torpeur tente de s’emparer de moi pour que le temps passe plus vite.
BRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRR…
BRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRR…
Je crois qu’on a du perdre le pot d’échappement.
Un bruit assourdissant, on ne peut pas continuer comme ça.
Le minibus s’arrête.
L’équipage inspecte la mécanique. A priori, on a perdu un beau morceau, vu le bruit… On parle bambara autour de nous. Les regards se croisent, scrutent le dessous du camion. ça parlote. Il faut trouver une solution. Finalement, le chauffeur trouve une solution : tout le monde remonte et on allume à fond le poste radio, histoire de masquer le bruit. La musique prend le dessus sur la panne, logique.
Cela peut paraitre original et sommaire, mais ça marche, on n’entend plus le pot, seulement du coupé décalé, c’est bien. Cela s’appelle une réparation à l’africaine. A tout problème une solution. Il n’y a donc jamais de problème. On repart.
En passant dans un village. On fait une pause. Un mec du village nous accoste et nous demande si nous ne descendons pas ici.
– Ben on est où ?
– A Sibi, vous avez déjà dépassé le campement…
– Oups… Et le bus continue ?
– Oui, il va à Conakry, en Guinée, la frontière est à 80km.
Grace à l’opération du st-esprit, nous descendons donc au bon arrêt.
Nous visitons l’aprem les falaises de Sibi, somme toute très jolies, entre sentiers latérites et roches rougeâtre chaleureuse…
Le guide du routard ne précise pas comment fonctionne les trajets retours.
Pas de problème nous dit le guide trouvé sur place. Il faut attendre en bord de route? Il passe très régulièrement.
2h plus tard. Calme plat au bord du goudron. Rien. Zéro transport. L’attente est éternellement longue.
On va dans le centre du village trouver quelque chose à grignoter.
– On a des brochettes, nous dit la dame de la gargote
Un nuage de mouches qui s’élève découvre un sceau rempli de reste de viande.
– Non merci, on va prendre seulement du riz et de l’igname.
–  Et puis je vais vous prendre un beignet grillé aussi.
– Oui. Le petit s’empare d’un beignet, ramasse un bout de carton dans le caniveau tout proche et me glisse le beignet dedans, afin que je ne me tache pas les doigts. Je le remercie pour son attention et pour son souci d’hygiène alimentaire. Le beignet est excellent, surtout la mouche qui s’est noyé dans la pate. L’igname et le riz aussi mais moins quand on apprend que la sauce est faite avec le jus de viande.
La nuit se profile quand un minibus passe enfin pour nous ramasser.
Le plus long reste néanmoins à venir. Sur les 1h15 prévues initialement, le trajet va durer 2h30.
Un premier barrage policier nous ralenti pas mal. Contrôle intempestif. Bagages, etc. Au point de faire caler le véhicule malgré les coups d’accélérateur répétés du chauffeur pour que le moteur ne se coupe pas, lors de notre arrêt. Mais la bête toussote et nous voila au point mort. En fait, c’est une panne d’essence. Une chance donc que le barrage nous ait bloqué dans un village, sinon on aurait eu une panne en brousse et cela aurait été beaucoup plus galère.
Afin de redémarrer le véhicule en pente, nous faisons demi-tour devant le barrage policier pour relancer la machine. Après plusieurs centaines de mètres, le véhicule rugit à nouveau. Nous retournons devant le barrage. Nouvel arrêt demandé par les flics, les mêmes flics qui nous ont contrôlé 5 min avant. Hallucinant. Nouveau moment de fouille et de blabla. Les 21 personnes à bord n’en peuvent plus, on crève de chaud, c’est chiant.
On finit par repartir mais quelques minutes plus tard, nouvel arrêt. A un poste de police. Encore une demi-heure d’attente et de négociations. cette fois-ci, ils veulent garder le véhicule. On nous cherche un nouveau bus. Nouvelle attente. On arrive à Bamako de nuit, on a doublé le temps de transport, mais triplé le temps en comptant l’attente du bus au départ… En fait, on se retrouve avec un trajet de 4h30 pour 55km, la galère.
Comme d’habitude, sur une excursion touristique, le plus drôle reste toujours le transport.
C’était la journée de mardi.