Chères maîtresses…

Chères maîtresses,

Dans quelques années j’aurai tout oublié de vous.
Non pas que je ne vous apprécie pas, mais ainsi va la vie ! Mes souvenirs se construiront plus tard…

Je vous reconnaitrai peut-être encore un peu sur une vieille photo de classe, mais j’aurai oublié que c’est vous qui m’avez aidé à tenir mon premier crayon, à formuler mes premières phrases, à dire s’il te plaît ou merci, à respecter une consigne, à aller aux toilettes et me laver les mains ensuite, et tant de choses qui me seront tellement utiles pour l’avenir… Vous ne me laisserez pas de souvenirs mais vous m’avez offert un cadre et des bases, c’est tellement mieux !

C’est vous qui m’avez donné confiance en moi et envie de venir à l’école chaque matin, qui m’avez transmis les joies de la vie en collectivité aussi. Vous avez appris à me connaître. Vous avez pris en compte mon caractère pour mieux m’aider à grandir. Vous vous êtes mis à mon niveau pour me parler. Vous m’avez donné la main et respecté, vous avez été là quand je pleurais et tout aussi présentes pour me protéger des dangers.

Depuis le premier jour de classe, vous avez aussi permis à ma maman de lâcher un peu ma main, et ce pour notre plus grand bien à tous les deux.

L’année prochaine je passerai devant votre classe en vous snobant peut-être un peu, mais vous ne m’en tiendrez pas rigueur car votre reconnaissance vous la tirez dans mon sourire, dans mon enthousiasme à découvrir et à grandir, dans mes progrès.

Alors pour toute cette belle année passée ensemble, merci !

 

petite-yaye_merci

 

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La tête de l’emploi

Je ne sais pas si j’ai la tête de l’emploi, mais j’ai décidé de postuler sur un poste. L’annonce est… venue à moi. Pur hasard !

J’aurai pu chercher des offres pour travailler dans une ONG, un organisme international, un service public, un commerce, une boîte privée, un journal, une agence. Oui, je sais, je suis plutôt polyvalente !! Ou ne pas chercher du tout puisque j’ai déjà un travail qui me permet de manger et faire manger mon fiston…

Grosso modo : des heures de bureaux, des réunions, des mails à envoyer, à répondre, des courriers à soumettre à la hiérarchie ou à demander à son équipe, des idées à défendre, des déplacements sur le terrain, des deadlines à respecter (ou à retarder), des bilans comptables à rendre, des appels à projets à poster… Je connais !

Là pas du tout. Ce n’est pas n’importe quel emploi, c’est un métier auquel je n’avais jamais pensé, pour moi en tout cas ! Au moins ça m’obligerait à me creuser sacrément les méninges. C’est pour un remplacement de… Prof !!!

swag-de-prof-en-5-looks-jeune-et-branche-lolol-54991Se retrouver toute seule devant des élèves plus ou moins motivés d’apprendre, plus ou moins contents d’être là. Ha ha !

Certains pensent en plus que j’ai la fibre. Re-ha ha !

Alors voilà, moi je trouve que je n’ai pas vraiment la tête de l’emploi. Quoique, faut-il vraiment avoir une tête particulière pour être prof ? Qu’est-ce que je vais bien pouvoir leur raconter… Rien que d’y penser, moi qui ne suis jamais la dernière à fanfaronner, ça me rendrait presque timide ! Dis-donc en fait c’est vachement sérieux comme métier…

Aucune idée de ce que cela donnera… pour ça il faudrait déjà que je commence par écrire une lettre de motivation au lieu de rêvasser sur mon blog !!!

 

L’image vient d’un article très approprié : « SWAG DE PROF : 5 looks pas mal cool pour les jeunes professeures ! » parce qu’en plus il faudra que je pense à comment m’habiller, pffff…. Heureusement que ce n’est pas encore fait ;-)

Vider son sac et repartir sur de meilleures bases !

Une semaine.

Il m’aura fallu une semaine avant de pouvoir ouvrir une nouvelle page blanche de petite yaye.

Il y a certains articles qui vous laissent des marques. Celui sur le sommeil de Michoco n’était pas anodin. Ecrit sur le vif, il m’a permis de me décharger d’un trop plein. Il m’a permis aussi de recueillir d’adorables messages que je n’attendais pas mais qui m’ont fait me sentir vraiment moins seule. Quelle bouffée de courage… Merci !

Le soir même de l’article, Michoco a dormi d’une traite, pour ne se réveiller que le matin une fois le jour bien entamé ! J’ai déchargé mon sac et j’ai pu ainsi le coucher plus sereine, ne pas lui transmettre, sans le vouloir, une partie du poids de mes propres angoisses.

Je suis contente car j’ai aussi réussi à partager mon problème avec Grand Choco. Il revient d’un long voyage à l’étranger où il était seul. C’est donc frais et dispo qu’il m’a entendu. Quand il est trop pris par son travail, ses soucis, sa fatigue, le million de personnes qui le sollicite, c’est impensable… mais là, il est intervenu pour poser quelques limites, pour me soulager aussi. Pour Michoco c’est important de sentir qu’on est deux et qu’on est sur la même longueur d’onde. Pour moi aussi !

Samedi soir, je les ai un peu mis devant le fait accompli, mais ils ont joué le jeu, et puis si je les avais prévenu trop à l’avance Grand Choco aurait trouvé un imprévu impératif dans son planning… : je les ai laissé tous les deux ! Grand choco a joué, fait mangé, lavé, couché Michoco. ça va peut-être vous sembler bête mais en deux ans et 3 mois c’était la première fois… La première fois qu’il s’est occupé 4 heures de suite de son fils ; la première fois qu’il a accepté de gérer des impératifs de la journée : manger, se laver, dormir.

Et moi j’étais au cinéma, bien en avance, pour ne surtout pas rater le très demandé Timbuktu (merci le tout nouveau cinéma numérique de l’institut français qui nous permet de pouvoir découvrir les films bien plus tôt qu’avant !).

Depuis dimanche, Michoco ne s’endort plus l’après-midi. Je lui impose un temps calme d’une heure où il reste dans son lit pendant que je m’allonge moi aussi. Au delà de cette heure-là, s’il ne s’est pas endormi, je n’insiste pas. Du coup le soir il s’endort très tôt et sans souci, et il fait le tour du cadran voire plus. En fait il dort le même temps, mais c’est beaucoup moins stressant pour lui comme pour moi. Moins de conflits, de frustrations, de sentiments d’échec ou d’incompréhension.

Bon hier soir il était tellement claqué qu’il est parti se coucher à 18h55 avec 2 cuillères de soupe dans le ventre et sans prendre de bain… pas sûre que si je le mets dans une voiture dans l’après-midi, il ne sombre pas dans un profond sommeil, mais on va continuer à se chercher/observer/essayer…

20150401_083942_20150401084259770Il est trop tôt pour vous dire si on arrête les siestes auxquelles je tenais tant, qui lui faisaient du bien et qui me permettaient de poursuivre mon travail l’après-midi. Je ne sais pas si il est entrain de changer de rythme ou si c’est une période, si je fais bien ou mal, et de là à savoir ce que nous ferons dans quelques semaines… mais aujourd’hui, 7 jours après de chaudes larmes qui roulaient sur nos joues, on se porte mieux vis à vis du sommeil !

 

Fillette aujourd’hui, femme demain

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Cette fillette est peut-être juste une image, parmi tant d’autres, pour vous.

Vous pourriez la retrouver sur les pages d’une brochure de l’UNICEF en faveur de la scolarisation des filles ou sur un catalogue touristique pour vous vendre un séjour en Afrique.

Moi je la connais, je l’ai même vu naître ! Elle porte d’ailleurs mon prénom. Sacré hommage, sacrée responsabilité aussi de savoir qu’un enfant porte votre prénom… Je connais ses parents, sa maison, ses voisins, ses amis, son enseignant, son infirmier. Quand elle me voit arriver, elle ne se trompe pas, elle me connaît aussi et chante notre prénom de loin.

Je la regarde courir sur le chemin, rire et s’amuser de la nature, taquiner les autres enfants, chanter, danser et je souris à mon tour.

Je souris car elle n’a pas toutes les chances de son côté, mais elle vit en sécurité. Pour l’instant si ce n’est une raison économique, elle est libre de pratiquer la religion de ses parents, elle est libre d’aller à l’école, de s’habiller comme elle veut (peut), libre de se soigner, de sortir, libre de rire. Elle a le droit de penser, de parler, de ne pas être d’accord, de ne pas vouloir, de réfléchir.

Il y a encore beaucoup à faire, mais elle a plus de chances que sa maman avec qui je ne peux échanger qu’un bonjour ou un signe de la tête.

Beaucoup de jeunes filles arrêtent encore l’école trop tôt au village, pour cause de grossesse précoce notamment, elles disent qu’elles reprendront, mais la vie après un enfant n’est pas aussi simple… Mais d’autres vont à l’université, sont premières de leur classe, ont des rêves qu’elles réaliseront, ou pas.

8 ans que je viens passer une partie de mon temps libre dans ce village. C’est beaucoup, c’est peu et en cette journée internationale du droit des femmes, cette journée symbolique du 8 mars, je ne peux que constater les étonnants progrès :

En matière de santé : les femmes peuvent accoucher sous  une ampoule électrique, ça ne paraît rien, mais c’est une garantie d’une meilleure prise en charge. Elles sont suivies durant leur grossesse, pour les vaccins, les soins de toute la famille par des professionnels formés pour cela, elles peuvent le faire sur place au lieu de se déplacer sur des kilomètres pour atteindre un dispensaire. Elles peuvent même bénéficier de prises en charge avec l’organisation de mutuelles de santé. Avant ce n’était pas le cas, sacré changement…

En matière d’éducation : Non seulement il y a maintenant des enseignants pour chaque niveau de primaire, mais aussi une classe d’éveil pour les plus petits. La cantine s’organise pour permettre aux élèves de rester la journée à l’école, bien pratique pour ceux qui sont encore à 4, 5, 6 kilomètres… On peut continuer le collège au village, avant il fallait aller à 12 kilomètres de l’école primaire (donc 16, 17, 18 pour les cas les plus éloignés…), le lycée se trouve à 12 kilomètres, avant il fallait aller à 80 kilomètres, et quelques années plus tôt, pour ma génération par exemple, à 315 kilomètres… Autant dire que ça ne laissait pas beaucoup de chances aux filles de percer dans les études…

En matière de développement économique, de qualité de vie : les heures passées à aller puiser l’eau nécessaire à la vie quotidienne diminuent, la pénibilité avec… Certaines faisaient 2 heures de marche, même les hommes s’y mettaient…L’eau se trouve maintenant à 5, 20 minutes de la maison. Non loin de là, on a aussi des moulins pour piler en quelques minutes ce que l’on mettait des heures et des muscles à réduire en farine. Autant de temps gagné pour développer une autre activité, pour s’occuper du jardin maraîcher qui est maintenant grillagé, évitant ainsi que tout le travail ne soit anéanti par les dégâts du bétail. La route est encore difficile, mais là où il fallait 8 à 10 heures pour rejoindre la grande ville, on ne met plus que 3-4 heures en transport local, 2 heures à moto ou en véhicule performant. Un mini-bus fait même la navette une fois par semaine, il y a 8 ans on n’osait y rêver… C’est tout bête mais ça facilite le commerce, pouvoir vendre le fruit de son travail plus facilement : karité, fonio, pain de singe… et accéder à des denrées jusque là inconnue (du poisson !).

Quelques exemples parmi d’autres…

Il y a 8 ans je chantonnais main dans la main avec d’autres fillettes sur ce même chemin, que de souvenirs… Elles sont des adolescentes timides ou extraverties aujourd’hui. Le chemin lui n’a pas changé, je reconnais chaque pierre, chaque arbre et pourtant les possibilités se sont si vite multipliées !

Attention, tout n’est pas rose, loin de là. Les équilibres sont très très précaires, les victoires infimes et fragiles. Il  y a aussi des échecs et de grosses remises en question sur le bienfondé de ce développement.

Mais je suis fière d’avoir apporté ma modeste contribution, ma petite pierre à l’édifice, à côté de bien d’autres, pour ces changements dont les femmes et les fillettes sont les premières bénéficiaires car partout dans le monde les femmes sont toujours les premières victimes de l’obscurantisme, de la pauvreté, des violences, les premières bénéficiaires du développement aussi, il n’y a pas photo.

Aujourd’hui je laisse de côté les grands discours (forts utiles au demeurant) et trinque à ces petites pierres pour cette fillette qui porte mon prénom et qui aura un jour je le souhaite encore plus de droits, plus de chance, plus d’opportunités que moi !

Aujourd’hui je trinque… et demain je me remets au boulot !

c’est l’anniversaire de mon père

tapette-a-mouchesAujourd’hui c’est l’anniversaire de mon père.

Je ne sais pas si il lira cet article car il n’a jamais parlé avec moi de mon blog. Quand c’est bien, il considère que ça ne mérite pas d’être dit. Quand c’est beau, il estime que ce n’est pas nécessaire de le faire savoir. Quand il aime, il juge que ça ne sert à rien de l’exprimer. Alors j’imagine qu’il le lira puisque pour les autres articles il n’a jamais rien dit. Si il ne le lis pas, ma mère le lui en parlera.

Bref, c’est son anniversaire et cette année je ne vais pas lui souhaiter.

Je ne vais pas lui souhaiter car depuis notre dernier passage en France au mois de juillet je ne lui adresse plus la parole.

Je ne lui adresse plus la parole car il m’a frappée avec une tapette à mouche.

Il m’a frappée avec une tapette à mouche alors que je n’avais rien fait, mais excédé par le trop-plein qu’il ne pouvait pas exprimer envers son autre fille, envers sa petite-fille et le spectacle qu’elle a perturbé, c’est moi, qui passait tranquillement par là, qui ait reçu. Devant mon fils en plus.

Il ne m’a pas blessée physiquement, mais pour moi aussi c’était la goutte d’eau de trop.

La goutte de trop à devoir encaisser qu’il dise aux voisins qu’il s’en foute qu’on vienne lui rendre visite, qu’il est mieux tout seul ; la goutte de trop à devoir supporter ses remarques sur la prétendue éducation qu’on a reçu et qu’on ne transmet pas à nos enfants. La goutte de trop après avoir passé une semaine à mettre tout en œuvre pour que tout se passe au mieux. Oui quand on a un an, deux ans, trois ans, quatre ans, on bouge, on parle, on touche à tout, c’est un peu le concept des enfants, sinon on peut tous élever des poupées, ça respecte mieux les consignes une poupée, ça ne cause pas de soucis, mais ça donne moins d’amour qu’un enfant ! Alors on fait comme on peut, on y met tout notre cœur et on ne s’en sort pas trop mal.

Papa je te parlerai avec plaisir quand tu t’excuseras.

Juste un pardon, un simple pardon pour me dire que ton geste a dépassé ta pensée.

Je ne te demande même pas de me dire je t’aime, même si tu ne me l’as jamais dit.

Je ne te demande même pas de me prendre dans tes bras tendrement, même si tu ne l’as jamais fait.

La moindre des choses quand on fait une erreur est de s’excuser et essayer de ne pas blesser les gens.

De mon enfance, j’ai retenu cette leçon et je l’applique dans ma vie, je tente aussi de la transmettre à mon garçon.

Ton geste m’a blessée.

Tu rodes comme un lion en cage derrière l’écran Skype quand je parle avec maman, tu ne dois pas trop savoir comment t’y prendre. J’imagine que ça doit te rendre triste car j’ai vu ta gorge nouée quand la porte de la voiture s’est refermée sur notre départ.

Alors voici le mode d’emploi en guise de cadeau d’anniversaire :

Tu peux écrire un commentaire à la fin de cet article, prendre ton téléphone, m’appeler sur Skype, m’écrire un message sur Skype, m’envoyer un email, m’écrire une lettre, préparer une carte postale, faire voler un message dans un ballon d’hélium, l’attacher à la patte d’un pigeon voyageur, lancer une bouteille à la mer, tu peux m’envoyer des fleurs ou commander un gâteau avec tes excuses marquées dans le chocolat, m’écrire une chanson et même faire venir une chorale pour me la chanter, m’offrir des vacances au bout du monde juste toi et moi pour l’écrire sur le sable, prendre un avion pour venir dès demain me le dire en face, faire survoler un avion au-dessus de ma tête pour l’écrire dans le ciel, tu peux creuser un tunnel jusqu’à chez moi ou aller me chercher la lune mais je n’en demande pas tant. Il y a mille façons et un pardon me suffira. Un mot. A partir du moment où c’est sincère.

Tu me manques. Et quelques soient tes défauts je t’aime.

 

Pour ceux qui voudraient acheter cette magnifique tapette à mouche, vous pouvez la commander ici pour la modique somme de 1,80 euros, mais avec attaquez-vous aux mouches plutôt qu’aux gens que vous aimez !

 

… et revenir au calme

En plus de notre coussin de colère (petit rappel ici), Michoco a aussi son coin de calme !

Deuxième stratégie car parfois ce n’est évacuer sa colère dont il a besoin, mais plutôt revenir au calme…

20140917_164115_resizedJ’ai dédié un petit coin du salon qui ne servait à rien, contre un bord du canapé, où Michoco ne joue jamais habituellement. Un jour ça débordait… Je l’y ai placé quelques instant en lui disant qu’il avait besoin de se calmer et suis revenue discuter avec lui.

Maintenant quand je lui dis qu’il a besoin de se calmer, il fonce dans le coin de calme et s’assoit. Si je viens à sa rencontre il me dit « non, pas, pas », pour me signifier qu’il n’est pas calme, que ce n’est pas le moment de venir ou bien « a y est » en faisant dépasser sa petite tête trop craquante de derrière le canapé pour me dire qu’il est calme.

Parfois je le surprends à s’y rendre tout seul et à en sortir tout seul sans que j’intervienne, c’est vraiment hallucinant ! Se joue-t-il un film dans sa tête ? En ressent-il le besoin à ce moment précis ? Il est le seul à savoir…

Son coin de calme fonctionne bien, ces « mises sur la touche » ne durent jamais plus de quelques secondes et permettent de faire descendre la pression, de l’écarter un peu pour lui faire prendre conscience d’une situation.

Vu l’efficacité sur Michoco, je suis moi-même entrain de réfléchir à me créer un petit coin de calme  où je pourrais m’isoler pour quelques secondes/minutes quand je sens que ma cocotte-minute monte ! Un petit coin de calme où Michoco saurait que je peux moi aussi avoir besoin de quelques secondes toute seule avec moi-même pour prendre du recul, me calmer, retrouver un petit équilibre intérieur perturbé par un facteur extérieur…

Je ne sais pas si c’est notre coussin de colère et notre coin de calme vont marcher dans la durée, mais nous les avons vite adoptés. Nous ne les utilisons pas toutes les minutes, ni même tous les jours mais ce sont des petites astuces faciles à mettre en place, peu « coûteuses » en temps, gratuite et vraiment efficaces (pour nous) (pour l’instant). Bref, elle me plaisent bien ! Et en plus elles me rendent fière de mon fiston et fière de moi-même !

Et vous, quelles sont vos petites astuces ?!

Pour évacuer la colère…

Avec le début de l’école, la fatigue en plus, sûrement quelques frustrations cumulées, le terrible-two qui pointe son nez, Michoco a commencé à piquer quelques colères, s’énerver en lançant des objets ou en me tapant (merci les petits copains de l’école qui donnent l’exemple…), faire le foufou sans raison apparente.

N’aimant pas me faire taper (ah ! vous non plus ?),
ni subir les roulades incontrôlées de mon petit ange soudain possédé par le démon en personne (si, si !),
ni le voir fondre littéralement en larme si j’ai le malheur de hausser un peu le ton sur lui (snif…),
en plus de bonnes doses d’ocytocines (petit rappel ici), j’ai décidé de réagir illico presto !

20140917_164143_resizedNous avons maintenant un coussin de colère. Il est toujours positionné au même endroit de la maison. Michoco a le droit d’être en colère, tout le monde a le droit d’être en colère. Mais il n’a pas le droit de l’exprimer sur les objets ou sur sa maman, ni personne d’autre d’ailleurs. S’il est en colère, je l’invite à exprimer sa colère en allant taper le coussin autant qu’il en a besoin. C’est la seule chose qu’il a le droit de taper.

Je lui ai expliqué que c’est un coussin spécial qui n’a pas mal quand on le tape et qui permet de faire sortir toute la colère qu’on a en soi. Je lui ai réexpliqué qu’on ne tape pas les autres objets, ni les animaux, ni les personnes. Je lui ai redit qu’il avait le droit d’être en colère, que ça arrive à tout le monde, que ça fait partie des sentiments de la vie, mais qu’on ne pouvait pas l’exprimer n’importe comment en cassant les choses ou blessant les personnes. Une fois toutes ces explications données, mise en pratique sur quelques cas concrets…

Figurez-vous que j’étais la première étonnée : ça marche super bien (avec Michoco) (pour le moment) ! Le coussin lui permet effectivement d’évacuer sa colère de manière radicale. Une fois qu’il a donné deux ou trois coups dessus, il passe très vite à autre chose alors qu’avant il pouvait se rouler par terre, démolir tout ce qui lui tombait sous la main, me ou se blesser, rester grognon pendant de longs instants, ne plus vouloir rien durant de longues minutes. J’ai l’impression qu’il a intégré le fonctionnement du coussin de colère. J’étais fâchée contre quelqu’un et entrain de l’expliquer à Grand choco et Michoco, qui n’a pas les oreilles dans sa poche, s’est levé, a foncé cherché le coussin et me l’a présenté !

J’étais à la fois très surprise qu’il ait si bien capté notre conversation (ça veut dire attention aux conversations devant mon fiston-éponge…) et étonnée qu’il m’apporte la solution.

Une petite interrogation : Parfois il ne me semble pas du tout en colère, et il tape sur son coussin de colère. Je ne sais pas s’il le fait par jeu ou si il a une colère qu’il a besoin d’exprimer et dont je n’ai pas connaissance ? Etant donné que le coussin de colère est en accès libre, c’est à lui de gérer s’il en a besoin ou non. Je le laisse donc faire tant que ça reste dans le cadre qu’on s’est fixé : le coussin reste toujours au même endroit car quand on est en colère, tout le corps est emporté par la colère et on n’a pas l’esprit à chercher le coussin de colère à gauche ou à droite.

Comme il faut donner l’exemple, et depuis que Michoco m’en a donné l’idée, moi aussi quand je suis en colère, je vais taper un bon coup sur le coussin de colère : figurez-vous que ça fait un bien fou !!! ça évacue toute la tension et je regrette de ne pas l’avoir pratiqué plus tôt pour moi-même…

Une solution toute simple, toute bête mais qui fait vraiment un bien fou et que je conseille aux petits comme aux grands !

 

(la suite demain avec notre astuce complémentaire pour revenir au calme ! c’est !)

chers messieurs qui êtes assis sur vos chaises

20140912_181237_resizedChers messieurs qui êtes tranquillement assis sur vos chaises,

Je ne sais pas si vous vous adressez à moi parce que je suis blanche,

Je ne sais pas si vous vous adressez à moi parce que vous pensez que c’est la première fois que j’emprunte cette rue (même si on passe devant vous chaque jour),

Je ne sais pas si vous vous adressez à moi pour vous donner de l’importance aux yeux des autres,

Je ne sais pas si vous vous adressez à tout le monde ainsi,

Je ne sais pas si c’est votre manière d’essayer de nouer le contact,

Parfois j’ai l’impression que c’est une manière de me faire sentir qu’ici c’est chez vous.

Je ne sais pas si vous vous en rendez compte ou pas,

Je ne sais pas ce que vous faîtes dans la vie car je vous vois toujours assis, sous un arbre, devant une porte de maison, au coin d’une rue,

Vous n’êtes ni très vieux ni vraiment jeunes,

Les vieux s’adressent à nous avec plus de sagesse,

Les jeunes s’amusent de la fougue de Michoco,

Sûrement êtes-vous aigris de votre vie, désabusés, inoccupés,

Mais j’en ai marre de vos remarques permanentes et continuelles à l’endroit de mon fils et ma façon de l’éduquer.

OUI il a le droit de toucher le sable. Notre rue, notre quartier, la grande majorité de notre ville, de notre pays est en sable. Un enfant de 20 mois peut prendre entre ses doigts une poignée de sable, il ne va pas mourir d’avoir touché du sable, en rentrant à la maison il se lave les mains, en touchant du sable il apprend à se frotter les mains ensuite, il fait la distinction entre le sable et les détritus qui jonchent la rue, il voit qu’il a le droit de toucher le sable mais qu’il n’a pas le droit de se rouler dedans en pleine rue, il comprend qu’il y a des tas de sable qui servent aux chantiers de construction, il observe les différentes textures de sable.

OUI il a le droit de porter sa poupée au dos. Porter un enfant n’est pas réservé aux femmes. Beaucoup d’hommes sur la planète portent des enfants. Vous n’avez pas connus ce plaisir sûrement. On a dû vous interdire de jouer à la poupée, mais Michoco a des poupées et il a le droit de jouer avec. D’ailleurs quand il n’est pas pris par ses voitures, ses livres, son train, il s’en occupe très bien, il pense à leurs couches, leurs repas, leur sommeil, et parfois l’envie lui prend de les emmener en promenade. Dans le pays où nous vivons les bébés sont portés au dos, il est donc naturel que les enfants cherchent à devenir grand et aient eux aussi envie de porter leur « bébés » au dos. Au lieu de l’incriminer, de le cantonner dans un rôle, de le faire se sentir coupable, vous devriez être fiers. Fiers de voir se perpétuer ce portage africain. Fier d’imaginer que si on laissait plus de garçons porter des poupées au dos, il y aurait sans doute moins de guerre sur terre.

OUI il a le droit de monter sur une margelle. Il a conscience de ses capacités, des dangers, et lui donner confiance en lui augmente ces capacités. Vous ne le connaissez pas et vous préjugez déjà de ses possibilités ou bien préjugez-vous d’avance de mes capacités à être mère ?

OUI il a le droit de ne pas savoir lire. Il a 20 mois, alors 20 mois ça ne vous parle pas forcément, mais en tout cas il a moins de deux ans et il n’est né avec la capacité de savoir lire ! Il est comme tous les autres enfants, il apprendra, quand son temps sera venu. Mais je ne peux même pas vous répondre car vous demandez à un enfant de 2 ans la capacité d’un enfant de 8 ans et vous prenez un autre enfant de 10 ans pour un bébé de 3 ans. La notion des âges semble être un concept un peu obscur pour vous. Peut-être n’avez-vous jamais été vraiment impliqué dans l’éducation d’un enfant. Peut-être auriez-vous tout simplement besoin de lunettes, mais je ne suis pas ophtalmo !

OUI il a le droit d’observer les chevaux, les chats, les chiens, les moutons. Ils font partie de notre quotidien, ils habitent dans le quartier tout comme nous. Alors plutôt que de leur jeter des pierres comme font les autres enfants, ce qui a pour conséquences de rendre les animaux agressifs et dangereux, il me semble plus intelligent de « cohabiter », les saluer, s’intéresser à leur mode de vie, à leur façon de manger, de faire pipi. Je conçois que vous n’aimez pas les animaux, mais nous on les aime bien !

OUI il a le droit de s’habiller léger. Nous vivons dans un pays où il fait chaud, et ce n’est pas parce que vous préférez la beauté, l’apparence au confort que je dois faire porter des sweets à manches longues et à capuche par 40 degrés. Non, avec un short et un marcel il ne va pas prendre froid, ne vous inquiétez pas pour lui. Et quand bien même il tomberait malade, ce n’est pas vous qui allait le veiller la nuit, si ?

OUI il a le droit d’observer les fleurs. Nous savons que certaines fleurs ont des épines, mais ça nous fait plaisir de les regarder, de les sentir, de les toucher. On peut comprendre que ce n’est pas votre truc, mais laissez-nous tranquille !

OUI il a le droit de venir vous parler. Ou pas. Ce n’est pas parce Michoco vient vous dire bonjour un jour qu’il doit passer vous dire bonjour tous les jours. Parfois il a envie de converser avec vous, parfois il est pris dans autre chose et un petit geste de la main suffit. On n’a pas d’obligations envers vous. Si ce n’est un minimum de politesse, ce que je m’efforce de lui inculquer. Maintenant si vous tenez absolument à nous parler, vous pouvez aussi vous lever et venir à notre rencontre au lieu de nous siffler comme des chiens.

On dit qu’en Afrique ça prend tout un village pour éduquer un enfant…

Quand Michoco était bébé, c’était les vieilles femmes. Il ne fallait pas le porter devant en écharpe, il fallait lui donner à téter toutes les 3 minutes 50, il fallait faire si, pas ça. La couche comme ça, le bonnet comme si. Quoi à 2 semaines vous ne lui faîtes pas porter de chaussures ? Nous on sait, pas toi… et blabla bla et blabla bla… Et voilà que Michoco grandissant vous vous y mettez aussi ?!

Je veux bien que vous lui transmettiez votre langue, vos coutumes, vos rires, vos débats, vos histoires, vos salutations, un peu de vous, certains de vos secrets, mais s’il vous plaît, vos conseils de rue gardez-les parfois pour vous !  Réfléchissez avant de parler. Se permet-on de vous dire que vous êtes trop couvert, que vous seriez mieux assis sur une chaise verte ou que vous risquez de tomber sur les pierres à côté de vos pieds ?!

Michoco a soif de vivre, soif de découverte, soif des autres, de tout ce qui l’entoure. Il s’en nourrit pour grandir. Notre promenade de fin d’après-midi est un plaisir. Notre petit plaisir à tous les deux que nous partageons avec joie au hasard de nos rencontres avec les gens, les enfants, les vieux, les jeunes, les commerçants, les fleurs, les animaux, etc. J’épanche sa soif, je lui donne envie, je fais de mon mieux pour l’accompagner dans ses aventures et ses apprentissages. Peut-être préféreriez-vous qu’il soit comme vous, les fesses assises sur une chaise à longueur de journée ?

Je veux bien accepter, écouter, entendre les remarques de ceux qui apporteront leur petite pierre à l’édifice, qui se lèveront pour nous montrer quelque chose, qui se mettront à la portée de Michoco pour lui expliquer quelque chose, qui auront quelque chose à partager, à nous transmettre.

Sur ce, Messieurs qui ne lèveraient pas les fesses de vos chaises, je vous laisse, j’ai un petit arbuste à arroser…

 

une dose d’ocytocine et d’opioïdes apaisants ?

illustr-isabellefilliozatDepuis quelques temps j’ai découvert une nouvelle couleur : le rouge colère !

Comme à chaque difficulté que je pressens être une « phase » dans l’évolution de Michoco, je ressors ma petite bible : « J’ai tout essayé ! » d’Isabelle Filliozat

Page 81 : Il hurle à la moindre frustration

je lis le premier paragraphe :

Que son frère lui prenne un jouet ou que vous lui refusiez quelque chose, la perte vous semble minime, mais pour son cerveau encore immature et incapable de relativiser, c’est un drame.

C’est lui ! Elle ne le connait pas, mais elle parle de Michoco ! Lui reprendre un stylo des mains, c’est comme le poignarder en plein cœur. Refuser de lui donner un objet, mieux vaut sortir les boules quiès… Michoco s’affirme, sait ce qu’il veut et ce qu’il ne veut pas et le fait savoir… C’est fatiguant car je garde la même ligne de conduite sur les choses autorisées, interdites, les limites sont claires, mais Michoco pique des colères, hurle, pleure jusqu’à en être inconsolable, de grosses larmes roulent sur ses joues, viennent éclabousser le carrelage. Il veut un câlin et me repousse en même temps avec ses pieds. Il veut que je lui sèche les larmes et en même temps repousse ma main avec vigueur.

En pensant à la glace qu’il espérait, son cerveau a fabriqué de la dopamine et des enképhalines, molécules du plaisir et de l’anticipation de la récompense. Quand vous refusez de la lui donner, le taux de ces molécules chute brutalement et déclenche une réaction d’agression vers le premier objet ou la première personne présents. L’enfant frappe ou crie en manière de protestation par simple immaturité des circuits dans la zone du plaisir, de l’agression et les zones qui maîtrisent les impulsions. La perte active les centre de la douleur dans le cerveau et provoque une chute fulgurante du taux de peptides opioïdes. Il a besoin d’apprendre à traverser ces émotions sans en avoir peur.

Après plusieurs tentatives : refus, compassion, consolation, explication, ignorance, dérision, diversion, je tournais en rond et mes nerfs étaient en pelote… Les conseils de ma petite bible m’ont fait du bien. S’ils n’ont pas réglé complètement la situation, il m’ont donné un autre éclairage, une autre façon de penser et de voir la chose.

Manifester de l’empathie sera plus efficace que de consoler. Il a le droit de pleurer ! Il a vraiment mal et son cerveau est sous stress. Le pleur décharge la tension. Une fois la forte vague passée, vous pouvez diriger son attention vers autre chose. Si l’émotion le déborde ou se montre intense, vous interviendrez en le prenant dans vos bras pour le recharger en ocytocine et opioïdes apaisants.

J’apprends même dans la note de bas de page que « chimiquement proches de la morphine, les peptites opioïdes, synthétisés dans le corps cellulaire du neurone, sont qualifiés de morphine endogènes ou d’endorphines. Ces peptites interviennent essentiellement dans le contrôle de la douleur. » Waouh… ça va loin cette affaire !

Finalement à renfort d’empathie, de « oui, je comprends, tu as le droit d’être en colère », puis d’ocytocine et d’opioïdes apaisants, les crises semblent durer moins longtemps, être moins fréquentes. Est-ce moi qui les supporte mieux ? les comprend mieux ? J’arrive parfois à devancer ses crises en lui expliquant que je comprends qu’il a envie de ça, mais qu’actuellement ce n’est pas possible et en lui proposant une solution alternative ou une autre activité, avant que ça déborde.

Une petite victoire sur cette couleur du diable… Ma dose d’ocytocine et de peptites à moi !

 

couv-isabellefilliozat-jaitoutessayeJe conseille à tout parent la lecture du livre d’Isabelle Filliozat, illustré par Anouk Dubois :
« J’ai tout essayé ! » Opposition, pleurs et crises de rage : traverser la période de 1 à 5 ans, 5,99€ aux éditions Poche Marabout.
Un petit bouquin illustré et rempli d’éclairages et surtout bourré de petites astuces pratiques et très concrètes pour désamorcer les bombes !

#BringBackOurGirls

bringbackourgirlsJe pleure, je bouillonne, je fulmine, je trépigne d’aller moi-même chercher ces filles. 234 captives. Aujourd’hui elles sont toutes nos propres filles, la chair de notre chair, notre sang, les prunelles de nos yeux. Mon ordinateur est en panne. Difficile pour moi de m’étendre sur le sujet avec les petites touches de mon smartphone alors qu’il y a tant à dire…

Bien sûr, on se sent bien inutile tout seul au fond de son fauteuil, mais :

. On peut signer la pétition ici.

former_minister_ezekwesi_leads_bringourgirlsback_protest_in_abuja_06. On peut porter un T-shirt rouge en signe de soutien au mouvement car c’est cette couleur qui a été choisie par les mamans des jeunes filles depuis le premier jour.

. On peut mettre le « hashtag » partout pour mobiliser nos réseaux sociaux : #BringBackOurGirls.

. On peut en parler autour de soi pour montrer que le Nigeria c’est chez nous aussi, qu’on est tous citoyens de cette planète, qu’on est à 100% avec ces filles, leurs familles et contre ces fous qui n’ont rien compris au Dieu dont il se prétendent.

Le droit à l’éducation, à l’égalité, au choix de sa vie (mariage, travail, enfants, santé) c’est ici, ailleurs, partout, tout le temps, toujours.

#BringBackOurGirls