Ici

Ici il y a des tas de sable en guise de bacs à sable,
des arrivées de pirogues qui remplace les poissonniers de supermarché,
et des sourires qui transforment le monde en or !
Bon week-end !

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(Les autres participations au projet 52 de Ma’ sont ici ! )

Soir

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Entre 20h et 22h, pharmacie, boutiques, épiceries, pressings, tailleurs, quincailleries battent leur plein dans notre rue et le stand de fruits sert de lampadaire public !

 

Voilà ma participation de la semaine au projet 52, retrouvez toutes les autres chez ma’.

Deuxième femme

femme-africaine-triste-720x340C’est en la voyant ce matin, perdue dans ses pensées, accroupie sur les marches de la porte d’entrée, recouverte de son voile pour se protéger de la fraîcheur du matin, que j’ai compris.

Il y a 6 ou 8 mois de cela j’ai entendu des éclats de voix dans la cour des voisins.

Des bruits, des cris, des pleurs, il y en a souvent qui se mêlent aux rires et aux discussions animées, mais un éclat de voix comme celui-ci c’était la première et la dernière fois.

J’ai entendu des menaces de quitter la maison. Par la fenêtre j’ai vu une mère qui tirait ses enfants jusqu’à ce que ses parents fassent barrage de leurs corps devant le portail.

Je n’ai pas entendu sa voix à lui, le mari, mais il était là, serein, à attendre dans le salon que sa femme revienne à la raison, ou qu’on la fasse revenir à la maison/raison.

J’ai appris peu de temps après qu’il avait décroché un emploi à Bamako. En Afrique ce n’est pas rare de devoir quitter le foyer familial pour aller occuper un emploi mieux qualifié, mieux payé, qui permettra de subvenir aux besoins de la famille.

Il a quitté depuis quelques mois la maison maintenant, il reviendra pour des congés, dans un an peut-être ou pour la prochaine fête religieuse, mais le loyer est payé, le bol est servi aux heures des repas, les factures sont honorées.

Ce matin, en croisant le regard mélancolique de ma voisine,  j’ai enfin compris ce que personne ne m’a dit, ce qui ne se raconte pas : il y a aussi derrière cet unique éclat de voix qui résonne encore dans la nuit, derrière cette absence du mari, une deuxième femme…

 

(l’image vient de )

Livre

Encore une de ces satanées coupures d’électricité…

A Dakar, elle le sait bien, aucun quartier n’est à l’abri d’une coupure. L’électricité peut aussi bien revenir dans 3 minutes que dans 12 ou 15 heures. Ne pas savoir à quoi s’attendre, c’est peut-être ça le plus dur à vivre.

Plus d’internet et la batterie de l’ordinateur qui rendra de toute façon bientôt l’âme. A tâtons, elle part dans la cuisine récupérer les bougies conservées toujours à la même place, sur une étagère de la cuisine. Question d’organisation.

Elle sourit intérieurement, ces gestes deviennent de moins en moins réguliers, de moins en moins fréquents. Soyons honnêtes : depuis quelques années la situation s’améliore considérablement. Elle touche du bois en pensant à cette autre époque qui n’est pourtant pas si lointaine.

Les voisins viennent de trouver leur torche, le faisceau lumineux pénètre jusqu’à ses fenêtres puis les conversations reprennent au rez-de-chaussée comme si de rien était. Elle ne les rejoindra pas, comment faire avec son petit qui dort dans la pièce d’à côté ?

Elle attrape son livre du moment. Toujours dans ces pensées, elles se remémorent les soirées passées à décrypter le fil des pages à la lueur de la bougie…

La  flamme dansait au rythme de la légère brise qui passait à peine à travers les mailles de la moustiquaire. Bercée par cette danse, elle finissait par sombrer bien vite dans les bras de Morphée, réveillée en sursaut quelques heures plus tard par la sonnerie d’activation des appareils électro-ménagers ou par le néon criard du couloir.

Plus besoin de bougies pour lire maintenant, quand elle ouvre la couverture de son livre, l’écran s’allume tout seul.

Elle ne pensait ne pas s’y faire. Elle s’imaginait que le bruit, le toucher, l’odeur d’un « vrai » livre lui manqueraient, que la sensation d’avancer dans le voyage au fur et à mesure que les pages passent d’une main à l’autre aussi. Mais c’est en fait un vrai plaisir,  toujours le même : celui de la lecture, de la détente, de l’évasion, celui des mots et des histoires.

Mine de rien sa liseuse occupe désormais toute la place sur sa table de nuit, dans son sac à main ou son sac à dos, et contient tous ses livres.

Pour Noël elle lui a même offert un petit relooking en choisissant une jolie housse de protection, histoire de se donner envie de l’ouvrir plus souvent que son blog, histoire de retrouver le plaisir de lire dans l’intimité de la nuit, même quand il y a du courant ;-)

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Voilà ma participation au projet 52 de Ma’ sur le thème du livre, retrouvez les autres ici !

Débrouille

mon-electricienCasquette vissée sur la tête à la 50-cent, chemisette de col bleu bien rangé, petit sac en bandoulière contenant 3 tournevis, une pince coupante et un cutter, il enfile ses gants en latex (ne me demandez pas pour quoi faire !), débranche la prise (pour la forme), coupe un fond de pot de margarine (vide et lavé, je préfère préciser), et le tour est joué : dépannage électrique terminé !

Le pot de margarine est assorti à la peinture jaune pâle du salon, ça jure moins que l’ancien boîtier électrique. Et en plus ça me rappelle le jour où j’avais du assister un mécano pour changer un joint de culasse à l’aide d’un calendrier cartonné !

Etre loin de tout, ça fait travailler l’imagination… Vive la débrouille !

Détail

Sa case est sommaire :

. un lit en ronier,

. un fin matelas recouvert d’un drap,

. une bassine en guise d’armoire à vêtements,

. un saut comme armoire de cuisine,

. un vieux sac de riz pour garde-manger,

. une jarre-canari pour garder l’eau bien fraîche

. une calebasse contenant 2 casses, 2 cuillères et un couteau, le seul de la maison,

. une longue tige de bambou comme porte-habits,

. et une colombe peinte au mur…

« Les détails font la perfection, et la perfection n’est pas un détail. » Léonard de Vinci

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C’était ma participation au Projet 52 de Ma’ pour la semaine 40 sur le thème détail. Tous les autres détails sont par .

 

 

Horizon

C’était un jour où il n’y avait pas encore le réseau au village. Il fallait escalader la colline et faire les 100 pas, portable en main, bras tendu bien haut pour le trouver.

Parfois debout sur la grosse pierre, parfois un peu plus haut près du tamarinier, parfois totalement absent, il était joueur.

Le réseau.

Celui du village voisin plutôt, qu’on ne réussissait à capter que d’ici. Sur 1 mètre carré très précis de cette colline perdue au beau milieu d’hectares de nature sauvage, de champs et de hameaux microscopiques.

Ce jour-là il n’avait pas de crédit pour appeler, ni même pour bipper. Indega était venu se poster, au cas où… De toute façon il n’avait rien de mieux à faire…

Il s’assit sur la grosse pierre et prit le temps de scruter l’horizon. Cette ligne que formaient les collines et le ciel, à peine dentelée par la nature, et le sentier qui fendait la crête. Portable en main, ses souvenirs l’envahissaient petit à petit. Le chemin de l’école, celui des champs, le terrain de foot, la clairière où l’on avait enterré son père, celle où il avait goûté pour la première fois le sucré des lèvres de sa promise.

A l’heure où le soleil décline, la lumière devient si douce.

Plus bas, à peine visibles, les toits de paille. Chez Emile. Chez Tacky. Et là, la vieille Niary.

En bas, c’est l’heure où l’on s’agite. En haut, on n’entend que le silence, et la nature.

Ses yeux reprennent le chemin de l’horizon, toujours pensif. De quoi sera fait l’avenir ?

La sonnerie criarde le fait sursauter à en faire tomber son téléphone.

  • Allo Indega ?
  • Oui allo ?
  • Indega tu m’entends ?
  • Oui je t’entends, je t’entends !
  • Allo ?
  • Oui oui je t’endends, et toi ?
  • Tu es là ?
  • Oui, oui, alors ?
  • Alors c’est bon, tu es pris, on t’attend à Dakar !

La conversation avait déjà été coupée par le réseau capricieux, mais Indega prit une grand inspiration, son horizon allait changer. En route pour l’université…

horizon

C’était ma participation au projet 52 de Ma’ sur le thème horizon. Toutes les autres sont réunies ici.

J’en profite pour vous dire que je suis ravie d’être de retour par ici, je vous souhaite à tous mille horizons tous plus beaux, surprenants, rassurants, délirants, fous, éblouissants pour cette année à venir !

Nouvelle lune

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La Lune est venue !

Un mois entier passé à l’attendre…

Si les débats sur la précédentes nouvelle Lune étaient animés pour savoir quand ou quand commencer le Ramadan (ici), celle-là est venu pointer le bout de son nez ni vu ni connu au crépuscule de cette dernière journée de jeûne.

Un moment magique quand on prend ses dattes, sa boisson chaude et un morceau de pain ou une louche de bouillie à la belle étoile !

La nature prend tout son sens.

Un infime filet de croissant qui poursuit comme si de rien n’était son inexorable rotation, mettant fin d’un coup de trait dans le ciel à ce temps si particulier dans l’année.

La voyez-vous entre l’étoile du berger et l’ampoule éclairée du quartier voisin ?

Michoco a été ravi d’annoncer tout le mois que lui ne faisait pas le Ramadan mais le « Ndogou » (le premier repas au coucher du soleil) ! Sur Dakar, la vie a continué son cours relativement normalement et nous avons profité pour nous faire inviter en début de soirée et rendre les invitations, bref, partager ! Le mot d’ordre a été la convivialité, surtout pour ne pas vivre ce moment isolé. La routine était déjà bien installée quand nous sommes venus passer quelques journées avec les cousins du fin fond du Sénégal, puis la dernière semaine au village avec un retour aux sources et à une vraie simplicité. Trois manières totalement différente d’aborder la journée, les prières, le temps de Carême, les horaires, les façons de s’alimenter, la météo… et un mois qui, contrairement aux appréhensions du début, a filé comme une lettre à la poste !

Après 29 jours de jeûne, demain ce sera la Fête de la Korité (plus connue ailleurs sous le nom d’Aïd-el-Fitr), qui sera célébrée dans les familles selon les moyens de chacun… repas améliorés, habits neufs, coiffures, préparation de boissons locales et de beignets, salutations au voisinage, musique demandée par les plus jeunes ou beaucoup plus simplement par la simple Prière de la matinée.

Mais l’essentiel n’est-il pas déjà derrière nous, dans le chemin accompli ce mois-ci ?

rue des clémentines

Quelle mouche a bien pu la piquer ce matin ? Elle prend son téléphone et compose le numéro de la courtière.

– « Je sais ça fait des mois que nous cherchons une maison, mais trouves-nous quelque chose ce mois-ci. Il le faut.

– « Je dois visiter une nouvelle maison ce matin. Je te tiens au courant.

C’est vrai, elle n’en peut plus. L’intérieur rien à dire. Au fil des années elle a même réussi à ce que son appartement ressemble presque à quelque chose.

Par petites touches, discrètes, ce logement est devenu le sien.

Elle ferme les yeux et sourit. Mine de rien, quel chemin parcouru…

Il y a 5 ans les chauffeurs logeaient dans la chambre à côté de la sienne. Elle devait constamment laisser la porte de sa chambre fermée à clé. Chez elle, ce n’était pas l’appartement et toutes ses pièces, mais seulement la chambre puisque c’est là que se traçait la frontière de son espace privé.

Quand elle demandait un peu d’intimité, les autres la regardait comme si elle parlait chinois, son mari en première position. On entrait et sortait de chez elle comme dans un moulin.

Elle a changé de stratégie et gagné du terrain, sans que personne ne le réalise vraiment.

L’alcove du couloir où s’empilait les bagages et les cartons est devenue un adorable salon marocain. La chambre des chauffeurs est devenue celle du bébé, repeinte en violet pour l’occasion. De telle sorte que les chauffeurs ont fini par délaisser également la cuisine où ils prenaient leurs aises à toutes heures. Elle a appris à fermer la porte du pallier à clé du soir au matin, quitte à ce que le gardien soit obligé de se débrouiller pour trouver d’autres commodités. Elle a redécouvert le plaisir de pouvoir dormir nue, la porte de sa chambre grande ouverte, et celui de se laisser caresser par la fraîcheur matinale, de se lever boire un verre d’eau en petite culotte, de prendre son petit déjeuner en tenue légère.

Récemment elle s’est réappropriée l’escalier. Prétextant un rafraichissement de peinture, elle a fait enlever les pneus, les pièces mécaniques qui n’avaient rien à faire là et s’est empressée de remettre, une fois la peinture sèche, de grosses plantes d’intérieur qui occupent bien tout l’espace.

Occuper l’espace, marquer son territoire, céder un peu de terrain pour mieux en gagner et toujours grignoter, centimètre après centimètre cet espace, vital à son intimité. Une stratégie digne des meilleurs traités de guerre !

Il faudrait encore en faire pour que ce chez elle devienne vraiment douillé. Classer, jeter, désencombrer… Repenser le bureau qui est devenu un débarras poussiéreux. La tâche est vaste, le jeu en vaut sûrement la chandelle !

Malheureusement son énergie n’a eu aucun effet sur l’extérieur. Elle est seule, ils sont trop nombreux. Les cours de service des autres maisons, les fourchettes en inox qui cognent les casseroles en alu, les moutons en dessous de sa fenêtre, les enfants et les mamans qui hurlent à toute heure, les bébés des autres qui vivent chez vous comme chez eux, les jeunes qui ne refont même pas le monde et leurs gloussements qui se prolongent jusque tard dans la nuit, le menuisier qui frappe, cogne, rabote, martèle, les séances de récitations religieuses dans l’hygiaphone, la télévision du voisin qui tourne dans le vide, volume 118. Quand elle parle de bruit aux voisins, ils ne comprennent pas. Quel bruit ? Ils n’entendent pas. Ils sont nés avec, vivent dedans depuis toujours. Pas elle.

Elle a capitulé, ou du moins dû revoir son plan d’attaque : battre en retraite…

Pour la maison de ses rêves, elle a mille critères. Quitte à changer d’habitat, autant changer pour le meilleur… Mais au fil des mois et des visites, elle a bien été obligée de constater que la somme de ses critères ne pourrait entrer dans son buget, mathématiques basiques. Le seul critère auquel elle ne renoncera pas, en plus de son intimité, c’est le calme. Elle en rêve la nuit : pouvoir entendre la lune onduler sur les tuiles, le soleil terrasser le sable, et le bruissement des feuilles chanter dans le vent !

Driiiiiing… Un appel la tire de ses pensées.

– « Quand peux-tu venir visiter ? Je pense qu’il faut que tu la vois, lui annonce la courtière.

– « C’est calme ?

– « Très ! Il y a même un clémentinier dans la cour.

– « J’arrive.

Si même mes clémentiniers peuvent y pousser au calme,

Peut-être que…

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(si comme moi vous envisagez dans vos rêves de devenir responsable d’un clémentinier, l’image vient d’ici, avec tous les conseils pratiques pour bien s’en occuper !)

 

Confiserie

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Pour une coquine, c’est une coquine. Aouka. 6 ans.

Jamais la langue dans sa poche, jamais les yeux dans la poche non plus. Ses poches à elle, elle les utilise pour grappiller tout ce qu’elle trouve de comestible.

Sa maman s’exaspère de la voir porter chaque jour le même pantalon sale, déchiré, qui tombe littéralement en lambeaux. Aouka est bien trop contente d’avoir des poches pour s’arrêter à ces insignifiants détails esthétiques…

Un morceau de sucre par-là, un peu de pâte d’arachide par-ci. Même un morceau de tissu pourrait lui être utile.

Les autres se dépêchent d’avaler les trésors pour ne pas se faire prendre par les mamans, ça leur vaudrait quelques coups de bâton dont ils n’ont pas spécialement envie.

Même le pain de singe, le fruit de baobab, est mangé en douce. C’est si doux et fondant dans la bouche, un vrai bonbon. Mais les mamans leur interdisent d’en consommer en dehors de la bouillie du petit déjeuner, ça constipe.

Aouka, elle, préfère accumuler, accumuler pour créer ses confiseries ! Mélanger les goûts pour obtenir un goût différent. Elle a compris le concept !

Une petite bouteille vide, 6 morceaux de pain de singe, un bec et demi de sucre, un peu d’eau et elle secoue, fort. Secoue encore. Ajoute un minuscule morceau de bonbon à la menthe fraîche, goûte, fait la moue, écrase entre ses dents un peu de jujubes, sort d’on ne sait où un minuscule flacon contenant de l’essence de banane.
Les autres se seraient bien dépêchés d’avaler la douce mixture.

Elle file en douce rajouter encore un peu de miel pendant que sa maman sort puiser de l’eau.

– Aouka, Aouka, viens m’aider… lui demande-t-elle, déjà loin.

– J’arriiive ! s’empresse-t’elle de lui répondre, toute excitée par sa bêtise en douce

Elle sort de sa poche un vieil emballage de bonbon pour y verser sa préparation. Elle referme délicatement l’emballage avant de l’ouvrir tout aussi délicatement pour en lécher goulument le contenu.

Puis, faisant de nous ses complices, elle nous tend le reste avec son plus beau sourire tout édenté et file rejoindre sa maman en sautillant, son sceau sur la tête et encore tout plein de trésors dans les poches !

 

Voilà ma participation tardive à la semaine 19 du projet 52, toutes les autres sur le même thème sont regroupées chez Ma’ : ici !