Fillette aujourd’hui, femme demain

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Cette fillette est peut-être juste une image, parmi tant d’autres, pour vous.

Vous pourriez la retrouver sur les pages d’une brochure de l’UNICEF en faveur de la scolarisation des filles ou sur un catalogue touristique pour vous vendre un séjour en Afrique.

Moi je la connais, je l’ai même vu naître ! Elle porte d’ailleurs mon prénom. Sacré hommage, sacrée responsabilité aussi de savoir qu’un enfant porte votre prénom… Je connais ses parents, sa maison, ses voisins, ses amis, son enseignant, son infirmier. Quand elle me voit arriver, elle ne se trompe pas, elle me connaît aussi et chante notre prénom de loin.

Je la regarde courir sur le chemin, rire et s’amuser de la nature, taquiner les autres enfants, chanter, danser et je souris à mon tour.

Je souris car elle n’a pas toutes les chances de son côté, mais elle vit en sécurité. Pour l’instant si ce n’est une raison économique, elle est libre de pratiquer la religion de ses parents, elle est libre d’aller à l’école, de s’habiller comme elle veut (peut), libre de se soigner, de sortir, libre de rire. Elle a le droit de penser, de parler, de ne pas être d’accord, de ne pas vouloir, de réfléchir.

Il y a encore beaucoup à faire, mais elle a plus de chances que sa maman avec qui je ne peux échanger qu’un bonjour ou un signe de la tête.

Beaucoup de jeunes filles arrêtent encore l’école trop tôt au village, pour cause de grossesse précoce notamment, elles disent qu’elles reprendront, mais la vie après un enfant n’est pas aussi simple… Mais d’autres vont à l’université, sont premières de leur classe, ont des rêves qu’elles réaliseront, ou pas.

8 ans que je viens passer une partie de mon temps libre dans ce village. C’est beaucoup, c’est peu et en cette journée internationale du droit des femmes, cette journée symbolique du 8 mars, je ne peux que constater les étonnants progrès :

En matière de santé : les femmes peuvent accoucher sous  une ampoule électrique, ça ne paraît rien, mais c’est une garantie d’une meilleure prise en charge. Elles sont suivies durant leur grossesse, pour les vaccins, les soins de toute la famille par des professionnels formés pour cela, elles peuvent le faire sur place au lieu de se déplacer sur des kilomètres pour atteindre un dispensaire. Elles peuvent même bénéficier de prises en charge avec l’organisation de mutuelles de santé. Avant ce n’était pas le cas, sacré changement…

En matière d’éducation : Non seulement il y a maintenant des enseignants pour chaque niveau de primaire, mais aussi une classe d’éveil pour les plus petits. La cantine s’organise pour permettre aux élèves de rester la journée à l’école, bien pratique pour ceux qui sont encore à 4, 5, 6 kilomètres… On peut continuer le collège au village, avant il fallait aller à 12 kilomètres de l’école primaire (donc 16, 17, 18 pour les cas les plus éloignés…), le lycée se trouve à 12 kilomètres, avant il fallait aller à 80 kilomètres, et quelques années plus tôt, pour ma génération par exemple, à 315 kilomètres… Autant dire que ça ne laissait pas beaucoup de chances aux filles de percer dans les études…

En matière de développement économique, de qualité de vie : les heures passées à aller puiser l’eau nécessaire à la vie quotidienne diminuent, la pénibilité avec… Certaines faisaient 2 heures de marche, même les hommes s’y mettaient…L’eau se trouve maintenant à 5, 20 minutes de la maison. Non loin de là, on a aussi des moulins pour piler en quelques minutes ce que l’on mettait des heures et des muscles à réduire en farine. Autant de temps gagné pour développer une autre activité, pour s’occuper du jardin maraîcher qui est maintenant grillagé, évitant ainsi que tout le travail ne soit anéanti par les dégâts du bétail. La route est encore difficile, mais là où il fallait 8 à 10 heures pour rejoindre la grande ville, on ne met plus que 3-4 heures en transport local, 2 heures à moto ou en véhicule performant. Un mini-bus fait même la navette une fois par semaine, il y a 8 ans on n’osait y rêver… C’est tout bête mais ça facilite le commerce, pouvoir vendre le fruit de son travail plus facilement : karité, fonio, pain de singe… et accéder à des denrées jusque là inconnue (du poisson !).

Quelques exemples parmi d’autres…

Il y a 8 ans je chantonnais main dans la main avec d’autres fillettes sur ce même chemin, que de souvenirs… Elles sont des adolescentes timides ou extraverties aujourd’hui. Le chemin lui n’a pas changé, je reconnais chaque pierre, chaque arbre et pourtant les possibilités se sont si vite multipliées !

Attention, tout n’est pas rose, loin de là. Les équilibres sont très très précaires, les victoires infimes et fragiles. Il  y a aussi des échecs et de grosses remises en question sur le bienfondé de ce développement.

Mais je suis fière d’avoir apporté ma modeste contribution, ma petite pierre à l’édifice, à côté de bien d’autres, pour ces changements dont les femmes et les fillettes sont les premières bénéficiaires car partout dans le monde les femmes sont toujours les premières victimes de l’obscurantisme, de la pauvreté, des violences, les premières bénéficiaires du développement aussi, il n’y a pas photo.

Aujourd’hui je laisse de côté les grands discours (forts utiles au demeurant) et trinque à ces petites pierres pour cette fillette qui porte mon prénom et qui aura un jour je le souhaite encore plus de droits, plus de chance, plus d’opportunités que moi !

Aujourd’hui je trinque… et demain je me remets au boulot !

Casserole

Au lendemain de son mariage elle l’avait enduit de sable boueux pour la protéger de la suif.

A cette époque Marie portait encore de beaux pagnes. Pas déchirés, pas souillés non plus par les enfants qu’elle aurait un jour. Elle veillait toujours à ne pas salir ses habits neufs en préparant le repas.

La marmite était grosse mais la jeune femme ne s’imaginait pas encore que bientôt elle serait trop petite.

Chaque jour elle mettait du cœur à l’ouvrage. Préparer les meilleurs plats pour son mari, pour ses beaux-parents, c’était la tâche la plus importante de ses journées.

Au fil du temps, son mari rentrait de moins en moins tôt, de moins en moins souvent. Il ne touchait pas aux plus beaux morceaux qu’elle lui réservait amoureusement dans une assiette recouverte d’un torchon et qui n’attendaient que son arrivée. « J’ai déjà mangé » « Je n’ai pas faim ».

Heureusement ses beaux-parents ne se plaignaient jamais de ses plats, elle se consolait comme elle pouvait. Malgré les nausées, signe d’une petite vie qui grandissait en elle, elle ne laissait rien paraître et y mettait toujours autant de cœur à l’ouvrage.

Elle usait de mille stratagèmes pour donner du goût à ses sauces, même si les moyens manquaient pour ajouter de l’huile ou du jumbo, elle cueillait des plantes dont sa grand-mère lui avait confié le secret, et qui donnaient un goût inimitable à ses plats.

La croûte de sable finit par s’écailler puis tomber, la casserole se noircit sous l’effet des braises et des flammes. Mais entre le bébé, les corvées de bois pour avoir de quoi alimenter son foyer, et faire mijoter sa marmite, ça n’avait plus beaucoup d’importance, même si son teint noir s’assombrissait un peu plus quand elle essuyait la sueur de son front d’un revers de la main, même si ses beaux pagnes n’étaient plus que de vulgaires bouts de tissus délavés et déchirés.

Ce qui devrait arriver arriva, la casserole se fit de plus en plus lourde à manipuler. Il y avait de moins en moins d’argent pour y ajouter des ingrédients, de la viande, des légumes, sans parler du poisson si cher à cette distance de l’océan, mais toujours plus de riz pour nourrir ces bouches insatiables.

« Plus vite », « tu es trop lente à préparer », les critiques ne tardèrent pas à arriver. Mais elle continuait à y mettre tout son cœur, pas question de bâcler. On ne l’entendait jamais lever le ton. Les autres membres de la maison faisaient passer cela pour une timidité maladive, « elle est naturellement comme ça » disait-on d’elle sans ne plus lui demander son avis pour rien.

D’abord un oncle. De quelques jours son séjour s’était prolongé jusqu’à ce que plus personne n’ose lui demander s’il avait programmé un départ plus ou moins prochain. La sœur de son mari, répudiée par son propre époux, était revenue avec 5 bouches de plus à nourrir. Ce fût bientôt une autre épouse que son mari installa dans le carré familial, elle n’eût pas vraiment voix au chapitre. On l’informa seulement que maintenant elle préparerait 2 jours sur 6. 2 jours sa belle-soeur, 2 jours sa co-épouse, 2 jours elle, et ainsi de suite. A elles de s’organiser entre elles pour qu’il y ait toujours de quoi satisfaire les estomacs. Pour les nuits il en serait de même, la mari alternerait entre elle et son autre épouse et qu’elle s’estime bien heureuse qu’il n’y en ait pas d’autres.

Les seuls objets qui n’avaient pas changé dans cette maison, c’étaient les 3 pierres sur lesquelles elle calait sa marmite. Entre ces pierres la braise n’avait guère le temps de s’assoupir, toujours alimentée par les branches de bois sec qu’on enfilait au fur et à mesure qu’elles se consumaient. Elles en avaient vu passer ces 3 compères des moments de joie, de tristesse, de découragement, de colère, d’épuisement, d’espoir.

Pour avoir accès aux maigres ingrédients dont les femmes pouvaient disposer dans la semaine, c’était la guerre. Bien entendu, la casserole n’appartenait plus à Marie depuis belle lurette. C’était la casserole de la maison. On lui avait pourtant offert avec son trousseau de mariage et ces beaux pagnes. Quelque part sous la suif figuraient encore ses initiales que le ferronnier avait frappé dans le métal. Comme elle avait été fière ce jour-là de posséder un objet à elle, marqué à son nom… Mais comment revendiquer le droit de propriété sur cette casserole sans passer pour une mégère ?

Elle préférait encore être celle qui avait trop bon cœur, celle qui ne disait rien. Quand elle y pensait de trop, elle soupirait mais finissait toujours par retourner à son linge. 4 enfants, bientôt 5, sans compter tous les autres membres de cette famille, c’était un boulot de chaque instant sur lequel il n’était pas question de s’appesantir.

Quand c’était son tour de préparer, on n’entendait plus que les mouches voler au moment de manger.

C’était ça son bonheur, sa raison d’être.

Mettre un peu de magie dans sa marmite.

 

marmite

 

 

C’était ma participation au projet 52 de ma’ sur le thème « casserole ». Toutes les autres sont regroupées ici.

Merci Père Noël :)

Je me disais bien que ça vaudrait la peine un jour de continuer à croire au Père Noël…

Pour Noël, et malgré mes harcèlements hystériques insistances bienveillantes mais fermes et répétées et ce depuis début décembre auprès de Grand Choco pour qu’il pense à me préparer un petit cadeau de Noël, rien, nada…

Je lui ai bien expliqué et réexpliqué le concept, que ce n’était pas la peine de dépenser une fortune, qu’une petite surprise suffisait ; je lui ai rappelé le plaisir qu’il a à chaque fois à ouvrir les cadeaux que je lui fais, lui qui ne reçoit jamais de cadeaux de la part de personne ; je lui ai raconté nos Noëls précédents, ceux de mon enfance, celui qu’on a passé avec ma famille ; je l’ai impliqué dans la préparation des cadeaux pour Michoco, mais ça n’a pas dû suffire puisque le jour J au moment de déballer les cadeaux il n’avait rien à m’offrir…

Encore cette histoire de culture, il faut croire, mais ça me sort par les yeux et par les trous de nez car quand on a un(e) chéri(e) d’une autre culture on essaie de faire des efforts pour lui faire plaisir au moins une fois dans l’année (bon allez… trois avec mon anniversaire et la Saint-Valentin ;-)

Heureusement j’avais réussi à transmettre au Père Noël mon adresse sénégalaise et un petit lutin (ou plutôt un couple de vieux lutins, grands-parents d’un petit lutin qui est dans la même classe que Michoco !!) était venu m’apporter des petits paquets pour mettre sous le sapin : un de mes parents, un de ma soeurette chérie d’amour (dont je vous reparle bientôt) et un fait de moi-même à moi-même !

C’est un peu triste de penser à préparer des petites surprises pour tout le monde et qu’on ne pense pas à vous, alors que vous êtes un peu seule au monde, au fin fond du bout du monde… Bref, je suis un peu habituée à la chose donc je ne me suis pas laissée trop envahir par ce malheureux oubli. Michoco était tellement aux anges avec sa draisienne et ses duplo que c’était vite oublié.

Grand Choco a reçu de super cadeaux : des cravates des Galerie Lafayette. Il était content car c’est le top du top dans l’esprit sénégalais de s’habiller aux Galeries Lafayette de Paris ! ça va donc lui permettre de crâner auprès de ses confrères qui lui demandent souvent si ses costumes viennent des Galerie Lafayette, maintenant il pourra montrer la preuve par l’étiquette de ses cravates !!!

Donc oui il avait un cadeau pour moi, mais il était dans une valise, il l’avait oublié, et il me le donnerait plus tard.

De demain en demain, presque un mois après, mon cadeau, finalement, et après des relances quotidiennes et de plus en plus insistantes est enfin arrivé !

Il a été oublié dans une valise, laissé au fin fond du bout du monde, ramené dans une voiture fantôme qui avait volé les bagages, puis qui est retournée au fin fond du bout du monde avec le cadeau retrouvé, retour à la case départ… je n’ai pas eu droit aux extraterrestres ou enchantements mystiques autour de mon cadeau pour qu’il ne me parvienne jamais…

Mais sans vouloir passer pour une quiche, je soupçonne tout de même Grand Choco d’être allé acheter mon cadeau hier…

cadeau de grand chocoJe suis bonne joueuse puisqu’au final petite victoire : j’ai reçu mon cadeau !

Dommage qu’il n’est pas plus souvent l’idée de me faire des cadeaux, il choisit super bien !

Bonne taille, bon modèle, bonne couleur, rien à redire, si ce n’est le délai de livraison…

Une petite robe Mango (dans laquelle je me suis étonnée moi-même à rentrer dedans comme un gant car habituellement je ressors de ce magasin complètement déprimée…) et un pendentif cœur en or et diamant adorable et surtout pas trop bling bling comme raffolent certaines sénégalaises qui aurait pu très mal le conseiller.

20/20 !

Pour le taquiner (et me rassurer car ça m’aurait un peu fait flipper de me balader avec un vrai diamant de cette taille autour du cou !), je lui ai demandé si c’était un vrai diamant. Pas d’inquiétude, il m’a confirmé avec la juste dose d’humour qu’il s’agit bien d’un « vrai faux » diamant !

Et en plus il était tout excité de me l’offrir et super content de voir qu’il a réussi à me faire plaisir ! Peut-être le début du commencement d’une étincelle de déclic… (l’espoir fait vivre !)

Si vous croisez Grand Choco, dites-lui que pour nos 5 ans (qui tombent autour de la Saint-Valentin) je voudrais une bague, une journée avec lui au spa, une semaine de vacances sur une île paradisiaque rien que nous deux + une semaine de vacances à trois, et dîtes-lui aussi qu’il me doit toujours : un lit en cadeau des mes anniversaires 2012, 2013 et 2014, une vingtaine de bouquets de fleurs juste pour le plaisir et un bijou promis à l’occasion de la naissance de Michoco il y a deux ans, plus des surprises pour tous les Noëls ratés bien sûr et j’allais oublié… trois jolis boubous pour les Tabaski 2012, 13 et 14…

Peut-être que pour tout ça il vaut mieux que je m’adresse directement au Père Noël, non ?!

 

Vous attendez quelqu’un ?

 

Pregnancy Test Results

source : materneo.com

Retard de règles, changement d’alimentation, 2 tests de grossesse de pharmacie qui sortent positifs, hormones au taquet, grosse fatigue.

Vous allez croire que je suis enceinte, moi aussi je l’ai cru, mais je vous arrête tout de suite : NON !!

D’ailleurs ça aurait relevé du miracle absolu car franchement à une chance sur 3 millions, et en plus sans avoir fait appel aux étoiles (petit rappel ici), c’était quand même très tiré par les cheveux cette histoire…

Belle frayeur quand même car quand mes rrrrrrrr sont finalement venues, moi j’avais fini par me croire vraiment enceinte. Au lieu de penser à mes règles, j’ai pensé à une fausse couche…

Bon maintenant je me sens un peu gourde j’avoue ! Mais sur le coup, j’étais prise dans mon histoire, sortait déjà calendrier chinois, date des échographies, planifiait le rapatriement de mes habits de grossesse, l’agenda des 9 prochains mois, etc. etc. (car la liste est très longue !!!). La future maman psychotique était de retour !!!

Je demande au médecin si il y a des causes qui peuvent expliquer un retard de plus de 10 jours quand on est réglé comme une montre. Il me répond :

 – Vous attendez quelqu’un ?
– … (Oui, mon mari, mais à chaque fois il repousse son retour !)
– Ben voilà, ne cherchez plus !

J’adore la psychologie médicale du genre avoir mal au dos et justement en avoir plein le dos, mais celle-là on me l’avait jamais faite encore…

J’avais préparé une petite surprise pour l’annoncer à grand choco, un super article pour vous l’annoncer, je remballe tout !!!

Un deuxième enfant ? On va y penser, on va y penser… Mais une chose est sûre, je changerai de marque de test de grossesse…

 

L’homme qui tombe à pic

Lors de notre séjour en France, j’ai reçu de l’aide de mes proches tout contents de passer un peu de temps avec michoco ailleurs que derrière un écran d’ordinateur !


Remerciements à : 

. Papi chic et ses promenades en poussette et autres objets à roulettes : chariot, caddy de supermarché, déneigeuse (seul ORNI -objet roulant non identifié- à rebricoler: la planche à roulette de l’ordinateur, hum hum !)

. Mamie choc et ses séances de salon de coiffure entre deux excursions zoologiques (chiens loups et rennes, on a manqué les biquettes :( )

. Dame D et son hébergement au poil, option baby-sitter le samedi soir pour les copains ET le dimanche matin pour les courses !

. Dame J et sa J’mobile pour son service toute destination, transport de bagages et livraison express de cartons inclus (voire réceptionniste de facteur mal-léché… ah ah !)

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Mais ma spéciale dédicace du jour est destinée à quelqu’un d’autre qui m’a fait une belle surprise…

Pour la toute première fois en 14 mois et des poussières, quelqu’un, spontanément, sans que j’en exprime le besoin, sans que ça fasse partie d’un planning quelconque, sans que j’ai besoin d’être moi-même présente, sans même m’avoir laissé le temps d’en avoir l’idée, m’a dit :

– « Je peux le prendre avec moi ? »

Et voilà l’homme qui tombe à pic (pour ne pas le citer) parti avec michoco dans la poussette, sucette dans la poche en cas de panique, compote dans le panier en cas d’urgence, bonnet cloué sur la tête. Lui qui me qualifiait il y a quelques années encore d’ingénue se propose sans expérience de la petite enfance aucune, mais avec tout l’enthousiasme du monde de s’occuper de mon fiston ! C’est beau la naïveté !

– « Normalement il doit dormir vers 14h30.

– Oui et alors ? Je le coucherai ! Quel est le problème ?

Euh michoco et les dodos… Ah, non y’a pas de problème !

– T’as peur ou quoi ?

– Ben non !

– Bon ben salut alors !

– Ok, salut. Appelle-moi si y’a un souci

– Oui, t’inkiet…

Ca aura duré une heure. Une heure où pour la première fois de ma vie de maman je n’avais pas programmé, organisé, calé, planifié, préparé, checké et re-checké le fait d’être sans michoco. Ca tombait bien : c’était samedi 8 mars, je participais à un débat sur les droits des femmes et j’ai pu y prendre part sans moucher michoco toutes les 43 secondes, ni courir derrière sa curiosité débordante une oreille dans le débat, une main pour écarter couteaux, tasses bouillantes de café, sacs à main et autres objets dangereux ou interdits. Une heure pour moi. Une heure surprise, comme un paquet cadeau, alors que ce n’était ni mon anniversaire, ni ma fête… Ca fait du bien !

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Un coup de fil est venu m’appeler au secours.

–  » Il n’arrive pas à dormir !

– ah bon ?!? hihihihi

– Je pense qu’il te demande (bruit de fond : maaaaaaaaaaaaammmmmmmmmmmmmaaaaaaaaaaaaaaaannnnnn !!!!!!!!!!!!!!!)

Je retrouve michoco au milieu de deux bonhommes affalés chacun devant une télé :

– On lui a donné une banane

– Une demi-banane ! et un crouton de pain…

– Mais il ne voulait pas dormir !

Faut dire qu’avec les deux télés allumées qui se répondent, la pièce ultra ensoleillée et le chien qui saute sur le lit en remuant la queue quand il ne fait pas couiner son joujou en plastoc mordillé, comment dire ?… les conditions n’ont pas l’air tout à fait réunies pour faciliter l’endormissement de Michoco…….

Peu importe.  Tout simplement MERCI  pour cette pause impromptue !

 

ps : et puis je n’ai moi-même pas réussi à endormir michoco après, il n’avait peut-être tout simplement pas sommeil du tout : )
ps 2 : j’ai emprunté les dessins à Zarz que vous pouvez retrouver ici !

IVG, je me souviens…

4894621-coeur-de-pierre-sur-un-rocherJ’ai suivi avec attention tous les posts de mes « copines bloggueuses » sur le sujet de l’IVG. Je me suis promis d’en écrire un moi-même avant la manif du 1er février en soutien aux Espagnoles. Et puis tous ces textes mieux écrits les uns que les autres… L’angoisse de la page blanche m’a assaillie… Moi qui suis d’un naturel plutôt bavard. Oui mais voilà quand ça ne vous concerne que de loin, c’est facile de pousser un grand coup de gueule !

J’ai subi une IVG en 2007.

J’ai été très seule. Je ne me suis pas sentie accompagnée du tout. Je n’ai pas réussi non plus à partager ce passage de ma vie avec mes proches. Ça a été la décision la plus difficile que j’ai eu à prendre dans toute ma vie. Je n’avais pas 15 ans, je ne venais pas de perdre mon mari dans un accident de voiture, je ne m’étais pas faite violée, rien de tout ça. Et pourtant, à ce moment-là, j’ai fait ce choix.

Je me souviens, je n’oublie pas, je n’oublierai jamais.

Je rentre d’Afrique complètement déboussolée. 3 mois de brousse, sans eau courante, sans électricité, la nuit à la belle étoile, la journée dans les champs. Des images pleins la tête, le calendrier grégorien un peu loin, code carte bleue : oublié. Bref, à l’ouest ! La date de mes règles passent, mais entre le traitement anti-palu, le décalage, la perte de poids liées à mes conditions de vie, rien d’affolant. J’avais pris mes précautions. Et puis le retard avançant, j’achète un test de grossesse à la pharmacie. Il reste dans mon sac plusieurs jours, je n’y crois pas une seconde.

Gare de l’Est, départ pour un week-end aux Eurokéennes. Pause pipi. Allez je le fais ce test ?! C’est positif. La dame pipi du sous-sol me regarde sortir de son territoire incrédule. Je suis scotchée. Je touche mon ventre. J’attends un bébé ?! Je ne sais même pas comment je monte dans le train. Tout le week-end je vis avec cette nouvelle idée, me caresse le ventre, ai peur du bruit, évite l’alcool, etc.

La semaine suivante je vais faire le point chez le généraliste, il me conseille de prendre quelques jours pour réfléchir. A cette heure-là je n’ai rien décidé. Je suis très heureuse de porter cette vie en moi. Je ressens un grand bonheur. Je commence à faire des plans sur la comète. Et puis un grand désarroi m’assaille. Le papa de ce bébé vit dans un autre monde, à mille années lumières d’ici, il n’a pas de papier pour venir. Quel avenir pour moi ? Nous ? Ce tout petit être qui pousse en moi ? On se connait peu, on vient de deux cultures que tout oppose, on n’a même pas vraiment parlé d’avenir ensemble… Je cherche un centre, un planning familial pour en parler, une personne neutre, spécialisée, qui peut m’aider à cheminer et à prendre une décision. Je ne trouve personne, ou alors dans des délais de 6 mois…

Mes parents tombent des nus (faut dire qu’il y a de quoi…). Au lieu de m’apaiser, ils me paniquent, et puis ce bébé il sera noir ?! Me précisant bien que je serai toute seule dans cette affaire. Ils n’ont pas tort en soi, mais ce ne sont pas les mots que j’ai besoin d’entendre à ce moment-là.

J’ai peur de ne pas prendre la bonne décision, de le regretter à vie. De faire une erreur. Je me sens très seule face à mes questions. Pourtant je l’aime cet homme avec qui nous avons conçu à notre insu cette petite révolution. Et puis je me dis que quelque soit le choix que je prends, je devrais bien faire un choix et vivre avec. Le temps ne joue pas en ma faveur. Mon enthousiasme du début commence à s’étioler, à se transformer en crises d’angoisse et un sentiment de solitude très violent.

Ensuite commence la galère pour trouver quelqu’un qui veut bien pratiquer l’IVG. Vacances, rendez-vous hors délais, médecins overbookés. Et chaque fois la même rengaine, il faut redonner la date de ses dernières règles, les secrétaires calculent, non désolée madame, ce ne sera pas possible, mais essayez peut-être à tel endroit… A chaque fois, le doute revient. Si ce n’est pas possible, c’est peut-être un signe du destin ? 10, 15, 20 appels. Je décroche in extremis un rendez-vous. C’est peut-être aussi un signe du destin ?

Le rendez-vous est encore dans plusieurs jours. Ces jours sont longs. Très longs. Remplis de pleurs, de doutes à nouveau, de questionnements, de « si… et si… », de « peut-être », de « oui », de « non », de « je ne sais pas ». Je suis perdue. Tout ce temps-là vous le passez bien sûr avec un petit embryon dans le ventre, qui vous fait sentir si différente, si exceptionnelle. Un potentiel être en devenir dont vous êtes entièrement responsable. Tout se temps-là, vous n’avez personne à qui vous confier.

Heureusement, le gynécologue qui me reçoit est génial. Il est très positif. D’ailleurs il commence à m’ausculter en disant : « Et sinon, vous voulez combien d’enfants ?! ». Il me donne encore le temps de la réflexion, mais pas trop car la deadline va tomber. Semaine suivante, dernière semaine possible pour être dans les délais…

Week-end à la campagne. Sentiment de plénitude dans la piscine avec ce ventre qui contient la vie, en secret. Et puis le lundi matin arrive. Sentiment de courage à prendre devant mon choix, un choix qui s’impose à moi naturellement, même si mes rêves voudraient qu’il en soit autrement. Un choix que je fais sans vouloir me retourner en arrière, sans vouloir regretter.

Ce matin-là, deux autres femmes sont dans le hall pour une IVG en même temps que moi. Ma camarade de chambre est maman d’une petite fille de quelques mois, elle est venue avec son mari qui lui tient la main tout le temps. « C’est trop tôt, nous avons déjà un tout petit bébé » me dit-elle. Je ne lui demandais pas d’explication, elle a sûrement dû juger nécessaire de se justifier. La seconde ne parle à personne, jugeant sûrement qu’elle n’avait pas à se justifier. Sitôt l’intervention passée, elle fuit l’hôpital, sans signaler son départ aux infirmières, sans signer de bons de sortie. L’équipe des anesthésistes est adorable, ils me rassurent, détendent l’atmosphère. Je prends une grande respiration. Ils décomptent : dix, neuf, huit… Je suis endormie. Je me réveille en salle de réveil, j’ai froid, mal au ventre, un peu. L’infirmière m’apporte une couette.

Quand je veux partir en fin d’après-midi après le délai requis d’observation, l’infirmière en chef refuse de me laisser partir. Elle veut que j’ai un accompagnant car j’ai subi une anesthésie générale. Et moi qui me sens déjà seule au monde, j’ai beau lui expliquer que je suis absolument seule, que tous mes proches sont loin ou partis en vacances, que l’homme est lui carrément dans un autre continent, elle ne veut rien entendre. Cela me rend encore plus coupable d’être seule. C’est le gynécologue qui vient lui dire que c’est lui mon accompagnant, il me laisse à la porte de la clinique. Je rentre à la maison, encore une fois seule, et vide, très vide. Je recommence le travail le lendemain. Tout le monde bosse normalement. Moi je suis définitivement changée. C’est comme si il y avait le monde avant, et le monde après.

Je veux en parler après, mais personne ne me propose un suivi post-IVG. Je cherche, je ne trouve pas. Tout le monde est surchargé. On me fait comprendre que mon cas n’en n’est pas un. Je me fais une raison. Mais il y a des cicatrices qui guérissent mieux que d’autres. Et puis les cicatrices guérissent surtout mieux s’il y a des docteurs pour les soigner et un patient à qui l’on montre les gestes pour désinfecter, cautériser, placer des pansements. Je traine encore cette peur de l’abandon qui m’empêche souvent de profiter de l’instant présent.

Quand ma petite sœur m’annonce que je vais être tata dans quelques mois, je pleure.

Je garde longtemps une tristesse en moi, une tristesse que je n’arrive pas forcément à expliquer.

Et puis je fais une chose géniale. Je vais enterrer symboliquement cette « petite graine » dans le cimetière pour enfants de mon village d’Afrique où tout a commencé. Ce n’est pas un cimetière avec des croix, des tombes, des fleurs. C’est un morceau de colline. Vous pouvez y passer sans vous rendre compte qu’ici sont enterrés les bébés morts-nés, les nourrissons qui n’ont vécu que quelques semaines, les décés suite à des fausses couches, bref, pas mal de cas  pour lesquels la nature n’a pas été souriante (en pleine brousse, à 100 km du premier hopital, sans suivi médical, sans accompagnement obligatoire de la femme autour de sa grossesse, sans moyen pour ces femmes pour pouvoir prendre en charge elle-même leur propre suivi, la nature n’est pas toujours souriante…).

J’ai une petite pierre en forme de cœur que j’avais justement trouvé le mois où je suis tombée enceinte. Je l’avais confié à mon amoureux en lui disant solennellement « je te confie mon cœur », entre deux larmes avant de le quitter à la porte de l’aéroport moite de sa chaleur africaine. Il comprend mon chagrin, peut-être pas totalement car pour lui la question du choix ne se pose pas, mais il m’accompagne et nous allons tous les deux enterrer cette petite pierre, ce petit cœur. Je sais que ça a compté pour lui aussi. Dans ce pays où l’avortement est interdit, dans sa religion où il est banni, il m’a laissé faire mon choix. Merci. Bien plus tard (la vie nous a séparé mais nous sommes restés amis), après le décès de son enfant né mort-né, il me dit : « Je pleure mes deux enfants qui sont enterrés ».

Il m’arrive parfois d’y repenser. De moins en moins souvent, seulement de temps en temps, de calculer l’âge qu’aurait cet enfant, d’imaginer comment aurait été ma vie si j’avais pris cette autre décision ou si je n’avais pas eu le choix. Quand j’entends parler d’IVG de confort, j’ai mal car avoir à pratiquer une IVG est tout sauf une partie de plaisir, vous ne pouvez jamais l’oublier. La vie reprend son cours, mais ce n’est pas anodin comme d’aller chez le coiffeur. Alors quand en plus ça devient un parcours du combattant…

Et puis j’ai fait le choix d’avoir un enfant. A un moment que j’ai choisi. Avec un conjoint que j’ai choisi. Dans le projet de vie que j’ai choisi. Bien sûr ça n’enlève pas les doutes, l’incertitude en l’avenir, la peur de ne pas bien faire. Mais je ne subis pas, je vis. Et donner la vie dans cette vie que je vis est la chose la plus extraordinaire qu’il m’est arrivée de vivre !

Chaque femme doit être libre de son corps. Chaque femme doit pouvoir avoir le choix. Chaque femme doit pouvoir être accompagnée, aidée, suivie, soutenue dans son choix, quel qu’il soit. Si vous le pouvez, allez à la manif du 1er février pour le crier haut et fort et dans tous les cas, continuez à en parler librement autour de vous pour ne pas laisser croire à d’autres qu’ils ont le droit de choisir pour nous.

Quelques articles sur la blogosphère, parmi tant d’autres…

Morpheen : l’IVG pour les nul-le-s
Mamengagée : Nous sommes ces femmes libres de disposer de leurs corps et de leurs choix
Les mots de Kiara : Et si tu étais née en Espagne, ma fille…
C’est quoi bruit : Mon utérus t’emmerde !
Maman anonyme : Moi et moi seule !
Allo maman dodo : Avoir le choix de faire un choix… ( IVG, mon corps, mon droit)
Avis de mamans, le coin d’Elsa : Lettre ouverte à Najat Vallaud-Belkacem
À la rach’ : mon Utérus était à moi…
Miss bavarde : je dispose de mon corps comme bon me semble
Working mama : mon corps se fout de votre volonté


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#IVGmoncorpsmonchoix