Petit bonhomme, grande classe !

20140909_082041_resizedComme vous avez pu le comprendre hier, la rentrée s’est super bien passée !

Trop pressé d’aller à l’école, Michoco n’avait pas le temps de boire son biberon pour ce premier matin de rentrée… Il était surtout obnubilé par les gâteaux. Je lui avais expliqué que je mettrai un gâteau dans son sac pour le goûter et ce n’est pas tombé dans l’oreille d’un sourd !

tateau, tateau + signe du gâteau avec la main !

Ceux qui ont lu l’article précédent (ici), savent que dès qu’il a passé la porte de l’école, il a lâché ma main…

Alors pour les curieux, voilà la suite de l’histoire :

Il a foncé vers les jeux extérieurs qui avaient été installés en face de sa salle de classe. Sa maîtresse est venue vers lui, nous nous sommes présentés, elle a laissé les autres enfants pour lui consacrer quelques minutes, rien qu’à lui. Le temps aussi pour moi de lui glisser trois mots.

Il s’appelle Michoco. Il est tout petit, il est de fin décembre. Il a 20 mois.

Il ne porte plus de couches, mais il faut bien lui proposer d’aller aux toilettes car il n’y pense pas de lui-même.

Voilà son sac.

[Michoco fait le signe du gâteau en montrant son sac]

Oui *michoco* il y a des gâteaux dans son sac.

Ah oui, on fait le langage des signes à la maison, ne vous étonnez pas s’il fait des signes. ça (en faisant le signe) ça veut dire gâteau.

Elle l’entraîne vers le tobogan.

Tu veux faire du tobbogan ?

Oui*

Tu dis au revoir à maman et papa ?

Oui*

Il nous fait un bisou plus que furtif à mon goût et s’en retourne aux jeux, regardant à peine notre petit au revoir de la main…

Non mais quelle ingratitude tout de même, moi qui me fais un sang d’encre depuis des semaines !!! Je me plains mais c’est pour la forme (et essayer de vous faire rire !) car en fait moi non plus je n’ai pas pleuré, je n’en n’ai pas eu envie. J’étais vraiment heureuse.

J’étais super contente et dès que j’ai repassé la porte de l’école dans l’autre sens, pour la première fois depuis la naissance de Michoco je ne me suis pas demandée s’il allait bien, si tout se passait correctement sans moi. J’étais sûre que tout irait bien et que même si ça n’allait pas c’était sa vie et que je n’y pouvais pas toujours tout. Pour les psychologues de comptoir, à cet instant où j’ai repassé la porte de l’école en sens inverse, le laissant derrière moi, s’est produit le « big bang de la défusion ». Cette seconde précise où votre relation mère-enfant est transformée, à tout jamais. Décidemment, cette porte doit être magique, il faut que je pousse un peu mon enquête !

3 heures plus tard, je suis revenue le chercher et il allait super bien.

ça s’est très bien passé ! m’explique la maîtresse

Pas une larme, pas une trace de morve, il portait toujours le même pantalon donc pas de fuites urinaires non plus.

Je ravale ma salive pour éviter d’ensevelir la maîtresse sous les 300 questions que j’aimerai lui poser… elle a 19 autres bambins à s’occuper. Je suis la première à être venue le chercher, mais j’ai une bonne excuse : c’est le plus petit de l’école !

Il ne m’a même pas embrassé, il ne m’a pas sauté dans les bras comme si je repeuplais enfin son monde. Non. Il m’a entraîné vigoureusement vers le bac à sable, me montrant un à un camions, sauts et autres pelles. Il m’a montré la cabane au fond de la cour, le lapin en face de leur classe, il a attaqué le toboggan par la face nord. Bref il ne voulait pas partir ! Bref, il était chez lui ici ! Au bout de 10 minutes de tergiversations sur la nécessité pour lui de rentrer à la maison pour aller manger puis dormir, il a finalement accepté que je le maintienne fermement et vigoureusement dans mes bras pour ne pas qu’il s’échappe à nouveau… congratulant toute l’équipe d’un énorme au revoir. Je pourrais vous dire que c’est honteux, inadmissible de saluer des inconnus et ignorer sa mère 3 heures plus tôt, mais non : c’est super bien !

Tu reviendras demain matin à l’école ?

Oui ! *

 

 

* à la choupitude du oui (cf ici), je dis oui pour la vie !!

 

 

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il a lâché ma main et j’ai su

plume en volA la seconde où nous avons franchi la porte de l’école, j’ai su.

J’ai su que tout se passerait bien

A cette seconde précise, j’ai oublié la panique ce matin car le gardien nous avait enfermé à l’intérieur de la maison. J’ai oublié l’engueulade avec grand choco à propos du gardien et des clés de la maison. J’ai oublié que Michoco n’a pas voulu avaler une goutte de son biberon. J’ai oublié l’énergie qu’il m’a fallu déployer pour que tout se passe de manière agréable, fluide et efficace dans cette nouvelle organisation matinale.

A cette seconde précise où nous avons passé la porte de l’école, il a lâché ma main.

Il a lâché ma main et j’ai su.

Je suis devenue sûre, intimement persuadée que tout se passerait bien.

Pour lui.

Pour moi.

Il a pris son envol, et je n’avais pas peur.

Je l’ai laissé ouvrir ses ailes. S’éloigner de moi.

Je n’ai pas retenu sa main dans la mienne, j’ai juste laissé ses doigts glisser le long de ma paume pour profiter de cette dernière caresse. Une plume. Une caresse que je n’oublierai jamais. Celle de sa première rentrée à l’école.

Peu importe ce que je pourrais dire, faire, nous avons déjà fait notre rentrée. Au moment même où il a franchi la porte de l’école. Au moment même où il a lâché ma main. Au moment même où je l’ai laissé aller.

un petit air de rentrée…

Dernier week-end avant la rentrée…

Nous avons foncé tête baissée hier matin dans THE librairie de Dakar pour compléter nos toutes dernières fournitures scolaires : une feuille de canson 50×60 et un rouleau de papier fantaisie.

Nous qui partions, la fleur au fusil, anodinement, faire deux courses de rien du tout, nous avons été plongés en pleine rentrée !

20140906_103612Le parking affiche complet. La librairie est full. Devant les étagères de fournitures. Aux caisses. Des parents, des enfants « studieux » de 20 mois (Michoco !) à 17 ans.

Tous les enfants qui entrent dans une école de type « française » font leur rentrée lundi ! Nous aurons les mêmes vacances, Toussaint, Noël, etc. qu’en France. La seule différence c’est que nous commençons une semaine plus tard et finirons une semaine plus tôt (faut pas déc*** non plus, faudrait pas trop nous priver de la plage à 200 mètres !)

20140906_103701Les petits « américains » sont rentrés depuis le 15 août, hé hé ! (cela dit, à 9.000 € l’année scolaire, faut bien justifier…). Les petits sénégalais devront quant à eux attendre un mois avant que leur rentrée officielle ne soit annoncée. Et pour la petite histoire, les enseignants sénégalais attendent aussi l’annonce officielle pour commencer à envisager de  penser à se mettre en route vers le chemin des écoles… En brousse, je n’ai jamais assisté à une rentrée scolaire avant novembre (voire fin novembre… voir début décembre… selon le calendrier religieux…) ! Sad :(

20140906_150105Mais revenons à nos moutons ! euh… à la librairie ! Tout est prévu, feuilles, cahiers, stylos en tout genre, cartables, on se croirait en France. Sauf si on regarde les prix. Et bien oui, il faut bien payer le transport de tout ce joli matériel. Canson, Bic et les cahiers Conquérants ne se sont malheureusement pas portés volontaires cette année encore pour sponsoriser l’opération…

Seule petite fantaisie « locale » : nous avons aussi un rayon pour les gourdes isothermes. Chaque enfant, en plus de son petit goûter, est prié d’emmener son eau à l’école !

Cette librairie est un peu hors du temps, surtout hors de l’espace de Dakar. Dès qu’on franchit la porte, exit le bruit, le brouhaha, les détritus, l’agitation colorée des rues de Dakar. 20140906_104234Ici tout est frais, neuf, propre, organisé, rangé, prévu ! Même les files d’attente ressemblent à des files d’attente… Une petite enclave européenne qui coûte moins cher qu’un billet d’avion !

A part 2 ou 3 parents paumés qui ne comprennent pas la différence entre un cahier à spirales et un cahier « normal » au plus grand damn de leur progéniture et de l’équipe commerciale, c’est fluide, efficace ! Comme en Europe je vous dis !!

Michoco se précipite vers l’espace jeu… Coussins, tapis, et surtout : un car rapide miniature absolument adorable (d’ailleurs, c’est décidé : JE veux le même à la maison. Promis, je le prêterai des fois à Michoco, mais pas tout le temps quand même !).

20140906_103644Il ne veut plus quitter l’espace jeu. Il va chercher des livres, des camions en plastiques, des boîtes de jeux (à vendre, je précise que ce n’est pas une ludothèque gratuite !!!). Quand je lui dis au revoir et me dirige vers les caisses, il me salue de la main, me gratifie de son plus joli « auvoi » et retourne vaquer à ses occupations : faire rentrer le car rapide dans l’enceinte du château fort.

Il s’est peut-être cru à l’école ? Je n’ai pas arrêté de lui dire qu’à l’école il y aurait pleins de jeux et d’enfants… et des parents qui disaient au revoir et qui revenaient plus tard…

Si la rentrée pouvait être comme ça demain, ce serait vraiment cool !

Dire que je vais balancer mon tout petit dans la cour des grands…

scared womanNous étions encore la tête dans les vacances.

La blogosphère n’avait pas encore été inondée d’articles « comment préparer la rentrée ? »  » conseils pour bien commencer l’école » « la rentrée : on compte les dodos » « les meilleurs livres pour préparer vos petits à la reprise » « le meilleur et le pire des rentrée des classes », etc.

Il y a deux semaines, je vous aurai fait un article ultra positif sur mon bonheur d’envoyer Michoco à… l’école !

J’étais sur mon petit nuage, ravie qu’il puisse enfin vivre des expériences en collectif, contente de lui donner l’occasion de découvrir pleins d’activités, de se faire des amis, d’interagir avec d’autres adultes. J’étais fière qu’il puisse faire son petit bout de chemin un peu plus loin de sa maman, soulagée d’imaginer pouvoir enfin bosser 2 heures consécutives sans être interrompue, bref heureuse qu’il grandisse ! J’ai fanfaronné tout l’été sur cette nouvelle étape dans notre vie à tous les deux. J’avais une confiance absolue en lui, en moi aussi. Je me sentais prête, je le sentais prêt aussi.

Oui mais ça c’était il y a deux semaines…

Et depuis, j’ai peur ! Je n’ai pas peur : je suis carrément flippée !!!!

Michoco semble toujours aussi serein, il connait son cartable, sait dire le mot école, mais il ne sait pas ce qui l’attend, lui !

Je n’avais pas réalisé :

  • que j’allais abandonner mon petit bonhomme
  • que peut-être il allait pleurer
  • que peut-être il n’allait pas pleurer (qu’est ce qui est pire ??)
  • que je ne saurai pas exactement comment se sont déroulées ses journées
  • qu’il faudrait que je le bouscule un peu le matin, lui qui vient (enfin) de rallonger ses nuits jusqu’à 8h15 (couché à 19h30, pas mal hein ?!)…
  • que quelqu’un pourrait lui faire du mal
  • qu’il n’y aurait pas toujours quelqu’un pour l’aider à se relever s’il tombait
  • qu’il ne réussirait peut-être pas toujours à se faire comprendre, moi qui connais chacun de ses signes, chacun de ses mots, chacun de ses battements de cils…
  • qu’il n’aurait pas tous les mots, la maturité pour me faire partager son ressenti
  • qu’étant né fin décembre, il serait aussi le plus petit de la « toute petite section », le plus petit de toute l’école… mon déjà grand que je trouve finalement si petit pour cette cour de grands…

Je n’avais pas non plus réalisé :

  • qu’il faudrait que je prenne sur moi,
  • que c’était moi l’adulte de l’histoire et que c’est probablement lui qui va me donner une grande leçon de grand…
  • que, même si j’adore le voir grandir, je voudrais aussi le garder toujours tout contre moi comme mon petit bébé tout juste sorti de mon ventre.

Alors je vous rassure (vous n’avez pas besoin d’être rassurés, mais moi si !!!), à deux ans (20 mois 1/2 pour Michoco), le but n’est pas d’apprendre à lire et à écrire ! L’école à deux ans (pour ceux qui en ont les moyens…) correspond à un besoin de socialisation car ici beaucoup de petites têtes blondes (ou brunes !) sont avec une nounou dans leur maison et qu’il n’y a pas vraiment de lieux de rencontre (ludothèque, square, bacs à sable… si ce n’est au hasard d’un coin de plage). Il ira 5 matinées par semaine dans des conditions ultra privilégiées par rapport à la France (une maîtresse et 3 ou 4 assistantes de classe pour 20 élèves, ça vous fait rêver ?), accompagné par une équipe qui semble ultra bienveillante.

Je me regonfle à bloc, remplis mes poumons. Je sais que mon état d’esprit influera beaucoup sur le sien. Je pense aux mamans qui ont dû laisser leur petits bouts à 2 mois, 5 mois, un an et goûte mon bonheur d’avoir tant pu profiter de lui. Je me ressasse toutes les raisons qui m’ont fait faire ce choix, compte les points positifs. Bref, à J-7, je me donne du courage comme je peux…

Mais une chose est sûre :

Même si le jour de la rentrée j’oublie son cartable, son goûter, sa gourde, sa tenue de rechange, ses fournitures scolaires, ses chaussures…

Même si le jour de la rentrée je l’oublie à la maison…

Je ne vais pas oublier d’emporter mon paquet de mouchoir !!!

 

crédit photo : j’ai cherché une photo au hasard du web, mais l’article d’où elle provient est très éclairant : je viens enfin de comprendre pourquoi je ne mincis pas ;-)