Dakar se fait belle pour la francophonie

Le XVème Sommet de la Francophonie se tiendra ce week-end à Dakar. On en a entendu parlé il y a des mois, mais concrètement il ne s’est pas passé grand chose…

ça c’était avant cette semaine. Soyez rassurés, il est maintenant impossible de passer à côté de l’évènement ! Il était temps…

20141126_122014Dimanche soir nous avons déposé grand Choco à l’aéroport. Ils étaient entrain d’installer la porte à ouverture automatique du tout nouveau salon d’honneur spécial VIP. Michoco voulait coûte que coûte donner un coup de main aux techniciens, mais il était trop petit pour se trouver dans le champs du détecteur automatique… En même temps, je doute fort qu’un des chefs d’Etat ou autres membres de l’OIF mesure moins de 1 mètre… J’ai donc fait diversion pour que Michoco change de sujet… Vexé de n’avoir pu participer au contrôle technique des portes, il a bien fait remarquer aux ouvriers que leur tas de gravas était sale et que la peinture n’était pas faite. « teinture là maman, teinture ». C’était il y a 4 jours… espérons que la peinture aura enfin tapissé les murs et séché d’ici 2 jours !!!

Sur la VDN (voie de dégagement nord), une des voies rapides de Dakar, des montagnes de gravier se sont couchées sur les terre-pleins centraux. Quelques minuscules arbustes ont été déposés ci et là. En même temps un ficus au milieu d’un terre plein de 25 mètres de large, entouré de chaque côté de 2 double voies, d’allées de dégagement, de trottoirs et contre-allées, ça fait un peu cache misère… Mais bon je suis bon public : c’est mieux qu’avant ! Je fais donc remarquer à Grand choco qu’ils auraient pu le faire depuis très longtemps, mais il me répond « s’ils l’avaient fait depuis longtemps ça aurait été sale pour le jour J ». « Ah. » C’est vrai que vu comme ça on n’a qu’à plus rien faire dans la ville en attendant le prochain jour J. Le dernier sommet de la Francophonie au Sénégal avait eu lieu en 1989… 25 ans… 2039, ça va faire long pour attendre la prochaine réfection de trottoir, non ? Je salue tout de même le sens du détail de l’équipe technique puisqu’ils ont repeints les bordures de trottoirs en blanc, c’est vraiment très chic de loin ! (de près c’est… ni fait ni à faire ! Tiens d’ailleurs ça plairait drôlement à Papi choc ça…) Alors certes les vaches errantes n’ont plus de mauvaise herbe à brouter et ont déguerpies ailleurs mais au bout de quelques jours, les détritus commencent déjà à s’amonceler sur le terre-plein…

20141126_111904Michoco était aux anges de revoir sa pirogue préférée. Elle trône au milieu d’un rond point et je ne sais pour quelle raison elle avait été retirée. La voilà à nouveau ! Ah si, au jeu des 7 différences, je crois que l’inscription « Commune de Ngor bienvenue » a été repeinte. D’ailleurs le Maire de ma commune s’est lui offert sa photo sur le tout nouveau panneau lumineux qui est tellement éblouissant que l’autre soir j’ai bien failli râter l’entrée du rond-point… Depuis, je ne sors plus sans mes lunettes de soleil, même de nuit !

20141126_114111Le plus beau reste les drapeaux qui décorent les poteaux d’éclairage. Il y a pas mal de vent en ce moment et ils s’en donnent à cœur joie pour nous montrer leurs plus belles couleurs sur fond de ciel bleu. Mon cœur a eu un petit pincement en découvrant le drapeau français, le drapeau sénégalais, le drapeau de mes amis canadiens. Je n’ai pas vu le drapeau suisse et j’en suis venue à me demander si la Suisse est membre de l’OIF, je suis partie vérifier et OUI ! J’ai aussi vu pleins de drapeaux tout aussi chatoyants qu’inconnus : un rose, un avec un soleil, des drapeaux bleus. Un point très positif : le système d’attache des drapeaux est vraiment très bien fait. ça change des trois bouts de ficelle qui servent à accrocher des drapeaux chancelants et pas flottant pour un sou des visites présidentielles officielles plus classiques. J’espère donc qu’ils vont garder la technique à l’avenir ! S’ils pouvaient également trouver l’astuce pour faire fonctionner l’éclairage solaire de nuit, ça serait vraiment parfait car les poteaux sont nombreux, servent certes à accrocher une fois tous les trois mois quelques drapeaux mais n’ont jamais éclairé la rue !

20141126_122009Sur les panneaux d’affichage, c’est la bataille des lions ! Tous les présidents de la République sur la même affiche 4×3, quelle unité, quelle force de l’Histoire et de la Démocratie… Sauf que ça, c’est sur le papier… Abdoulaye Wade (ancien président au centre de l’image) a décidé de bouder l’invitation de l’actuel Président (Macky Sall à droite de l’image) à venir participer au Sommet pour saluer le travail de leur prédécesseur : Abdou Diouf (à gauche), lui aussi ancien Président de la République du Sénégal et actuel Secrétaire général de l’OIF qui va passer le relai cette année… Son excuse : il considère que son fils est pris en otage politique en prison depuis 2 ans. Bien entendu ça passionne beaucoup plus la presse sénégalaise que le contenu du Sommet ! Pas sûre que j’aurai envie de venir faire risette aux côtés de celui qui a mis mon fils en prison, en effet ! La promo de la biographie d’Abdou Diouf passe un peu à la trappe… Et Leopold Sédar Senghor est bien au-dessus de tout ça, lui, et ça a l’air d’ailleurs de bien le faire marrer du haut de son affiche !

logo-sommet-francophonie-dakarDepuis un ou deux mois, nos bouteilles d’eau minérale sont étiquetées aux couleurs de l’évènement, ce qui enthousiasme Michoco qui entre deux imitations du rugissement du lion francophone s’entraîne à répéter les couleurs, vert, jaune, rouge ! ça me change un peu du petit bébé sénégalais à qui il fallait systématiquement donner la becquée, une cuillère pour Michoco, une cuillère pour le bébé…

Bref, on commence vraiment à voir l’effervescence ici, il était temps ! Même si on n’est que très peu concernés, nous citoyens lambda de Dakar, par les activités du Sommet… L’accueil des chefs d’Etat aura lieu hors de Dakar dans le rutilant centre des congrès qui se trouve à quelques kilomètres de la ville, tout proche du tout nouvel aéroport qui lui n’aura pu être prêt pour l’évènement (et il manque visiblement plus qu’un coup de pinceau).

Et vous le Sommet de la Francophonie, vous en entendez parler ?

A toutes fins utiles pour les visiteurs francophones qui mettraient les pieds cette semaine à Dakar, voici un petit lexique de notre français d’ici, écrit à l’occasion de la semaine de la francophonie en mars dernier (c’est ici !).

mon livret de famille amputé

livret-de-familleMonsieur le Député,

J’ai été interpellée il y a quelques jours par un article rédigé sur le blog d’une femme belge en couple avec un compagnon français. Ils ont un enfant ensemble. Elle faisait le récit de son livret de famille dans lequel le nom de son conjoint apparaît à la page « père », mais le sien n’apparaît pas à la page « mère »…

J’avais vaguement entendu parler de cette bizarrerie mais n’y avais pas vraiment prêté attention à l’époque. Cette fois-ci, j’ai sauté au plafond !

Je sais que vous êtes un élu dynamique, proche de vos concitoyens et en tant que député des Français de l’étranger, même si dans notre circonscription le mariage des couples dits « mixtes » est malheureusement souvent un passage « forcé » pour faciliter les démarches administratives et la vie commune, il arrive aussi que des couples fassent le choix de ne pas se marier et de devenir des familles… sans se préoccuper du fait qu’ils soient de deux nationalités différentes !

Un parent étranger, s’il n’est pas marié avec son conjoint français, n’a donc en l’état actuel du droit français pas « droit de séjour » sur la page « père » ou « mère » du livret de SA famille… Je file vérifier sur une source indiscutable : www.vosdroits.service-public.fr. Le site confirme bien noir sur blanc…

Aujourd’hui, et alors que les débats sur la famille sont vifs en France, beaucoup de « familles » ont donc droit à un demi-livret de famille, un livret de famille qui ne leur reconnaît que la moitié de leur famille, un livret de famille qui ne reflète pas leur réalité familiale, un livret de famille qui est amputé d’un de leur membre…

C’est une image bien sûr, mais le seul fait d’être « étranger » peut-il justifier cela ?

Alors d’accord, il doit y avoir des difficultés légales pour certifier la véracité des déclarations et des preuves apportées par le conjoint/parent étranger, je peux en convenir.

Alors d’accord, cela ne change pas les droits, l’autorité parentale, les actes de naissance, le droit à la nationalité des enfants. Cela ne change pas non plus le nom de famille que les enfants peuvent porter, ni les prestations familiales auxquelles ils peuvent prétendre ou pas. En fait cela ne change rien. Absolument rien dans la vie quotidienne de la famille. Mais c’est blessant.

C’est blessant pour l’enfant.

C’est blessant pour le parent français qui ne peut faire une place « digne » à son partenaire dans le livret de famille de son pays.

C’est blessant pour le parent étranger qui n’apparaît pas sur le livret à la page « père » ou « mère », page condamnée à rester vide… Le parent étranger n’a le droit qu’à un report de son nom dans une « mention marginale », littéralement dans la marge d’un coin de feuille du livret donc…

livret de famille page pere-mereDeux petits exemples pratiques : Imaginez le jour où vous devez inscrire votre enfant à l’école et où vous présentez un livret de famille de mère ou père célibataire alors que vous êtes une famille « normale » (je pèse mes mots)… Imaginez le jour où en cours d’instruction civique on demande aux enfants d’étudier leur propre livret de famille et que vous deviez expliquer à votre enfant pourquoi la page « père » ou « mère » est vierge, vous qui vous battez pour la tolérance, le respect, l’acceptation des différences, qui militez contre les discriminations et le racisme…

J’aimerai comprendre pourquoi, si l’on peut reporter le nom du parent étranger en mention marginale, on ne peut pas le faire sur la page « père » ou « mère » ? Comment il est possible de pouvoir transmettre son nom de famille à son enfant et ne pas pouvoir apparaître comme son « parent » sur son livret de famille ? Comment on peut être redevable d’une pension en cas de séparation du couple et ne pas être reconnu dans le livret de famille ? J’aimerai savoir comment en 2014 en France, à l’heure où le mariage n’est plus un passage « obligé » pour constituer sa famille, on ne puisse pas trouver une procédure administrative qui permette de reconnaître l’extrait d’acte de naissance étranger du parent étranger sur le livret de famille français, sachant que le second parent et les enfants sont français, sachant que le nom du parent étranger apparaît bien sur l’acte de naissance français de son enfant ?

Si je me pose ces questions, ce n’est pas pour ouvrir des droits pour l’ « étranger », mais bien pour que les familles concernées soient « symboliquement » reconnues comme telles par la France.

Avez-vous déjà été sollicité sur cette question ? Avez-vous eu à débattre de ce sujet à l’Assemblée Nationale ?

Que peut-on faire pour faire évoluer la loi et les démarches administratives en la matière ?

Je vous remercie d’avance de l’attention que vous porterez à ma requête et reste à votre entière disposition.

Je vous prie d’agréer, Monsieur le Député, l’expression de mes sentiments les meilleurs.

 

Deux articles de blogueuses sur le sujet :

– celui qui m’a fait sauté au plafond récemment : Ma fille n’a pas de mère de « Happy countdown, une maman belge à Paris ».

– un autre trouvé sur internet au cours de mes recherches : Livret de famille avec parent né à l’étranger de « des mômes, des livres, des casseroles, et des vélos, la vie d’une traductrice mère de famille nombreuse »

Et promis : je vous tiendrai au courant si mon Député me répond !

 

dans le miroir du zèbre

zèbres métisses

extrait du livre Rire contre le racisme – collectif (Jungle, 2006)

Avant d’être inspirée pour écrire le Destin du zèbre (ici), je voulais surtout écrire un texte pour vous raconter une observation qui est devenue une drôle d’évidence.

Souvent les gens, inconnus, proches, familles, aiment commenter à qui ressemble votre enfant. « C’est le portrait de sa mère tout craché », « oh lala, qu’est-ce qu’il ressemble à son père ! » J’avoue que certains enfants sont vraiment des mini-photocopies de l’un de leurs parents, d’autres sont un savant mélange évolutif où chacun y voit ce qu’il veut.

Avec un papa noir et une maman blanche, nous avions de grandes chances pour que notre enfant se trouve dans la seconde catégorie… voire dans une troisième catégorie : il ne ressemble à personne !

Ce que je n’avais pas réalisé, c’est que dans le « chacun y voit ce qu’il veut », la question de nos origines respectives serait ultra-prépondérante.

99,99% des noirs trouvent que Michoco me ressemblent (sauf quand ils doivent le dire devant son papa, ça doit être un truc culturel de toujours dire devant le papa que son enfant lui ressemble !!).

99,99% des blancs trouvent que Michoco ressemble à son papa.

Et pour les gens concernés de près ou de loin par le métissage, c’est 50-50 !

Evidemment, entouré de noirs Michoco fait très blanc et entouré de blancs Michoco fait très noir… Et au milieu des métisses, Michoco fait très métisse !

En fait les gens voient en Michoco ce qui ne leur ressemble pas, ce qu’ils ne connaissent pas, les traits de l’Autre. Ils n’en sont pas à observer la forme de ses yeux, l’arrondi de son menton, l’incurvation de son nez ou l’épaisseur de son ossature. Ils ne le voient pas en détail, ils le voient en gros. Et en gros, ils ne se voient pas en lui, ils voient l’Autre !

Depuis que j’ai fait cette constatation, je m’amuse parfois à demander aux gens s’ils le trouvent noir ou blanc. Bizarrement, et alors que ça me semblait vraiment d’une évidence tellement… évidente, très peu me répondent « ben il est métisse ! ».

Les blancs le voient noir. La palme revient à ma grand-mère à qui j’ai envoyé une photo de Michoco et son cousin-jumeau sénégalais du même âge (ils ont un jour d’écart), elle était persuadée que Michoco était le bébé noir !!

Les noirs le voient blanc. D’ailleurs les enfants qui ne le connaissent pas dans la rue l’interpellent par un « toubab » (qui désigne les blancs). Quant aux adultes, quand je dis son nom de famille, ils s’étonnent « ah bon, il est sénégalais ?! ». Son papa étant rarement à nos côtés pour le confirmer, ils ne semblent y croire qu’à moitié !

J’ai dit 99,99% car une dame blanche est venue un jour, limite scandalisée, nous aborder Michoco et moi sur la plage : « il faudrait penser à le protéger du soleil Madame, vous allez lui abîmer la peau à le laisser bronzer comme ça ! ». ça devait être une Africaine refoulée !

Et bien vous savez quoi, moi je trouve surtout que Michoco ressemble avant tout à lui-même !

Mon unique !

Même s’il me ressemble beaucoup quand même…

Sauf quand il fait la mou comme son papa bien sûr !

Ou bien est-ce l’inverse ?!

Ah ah ;-)

le destin du zèbre

zèbre

Un jeune zèbre décide de partir voir le monde.

A force de traverser les steppes et les savanes, il se retrouve au milieu d’un troupeau de pur-sangs noirs. Ils sont élancés, fins, majestueux, ils sont impériaux et le zèbre, se retournant sur son échine zébrée, gonfle la poitrine. De son zébrage il ne voit que le noir. Il se sent chez lui ici. « Tu n’es pas noir, élancé, fin et majestueux comme nous » lui lancent les pur-sangs, « tu es blanc ».

Déçu, le zèbre poursuit son chemin, il atteint des prairies d’herbes vertes, continue sur les hauts plateaux et se retrouve au beau milieu d’un troupeau de chevaux sauvages blancs. Ils sont robustes, fougueux, ils ont la crinière soyeuse et le poil vif. Le zèbre, se retournant sur son échine zébrée, reprend du courage. De son zébrage il ne voit plus que le blanc. Il se sent chez lui ici. « Tu n’es pas blanc, robuste et fougueux, ta crinière n’a rien de soyeuse et ton poil n’est pas vif comme le nôtre » lui lancent les chevaux sauvages, « tu es noir ».

Le zèbre passe sa route, la larme à l’oeil. « Si je ne suis pas noir, si je ne suis pas blanc, que suis-je alors ? »

Il repart de plus belle à travers le monde, rencontre des troupeaux de zèbres blancs à rayures noires qui pensent qu’il est un zèbre noir à rayures blanches. Plus loin il fait la connaissance de zèbres noirs à rayures blanches qui lui affirment le contraire. Il aurait juré que ces deux troupeaux se ressemblaient traits pour traits, mais personne ne veut en entendre parler. D’ailleurs ces deux troupeaux ne se parlent plus depuis des décennies, chacun se trouvant plus beau, plus valeureux que l’autre sorte de zèbre…

« C’est à n’y rien comprendre, si je ne suis pas non plus blanc à rayures noires, ou noir à rayures blanches… Si seulement j’avais eu la chance de connaître mes parents… »

Seul au monde, le jeune zèbre dont personne ne reconnaît la filiation, se résigne à une vie d’ermite.

Sur sa route un vieux rhinocéros l’interpelle : « Tu as l’air bien triste ? Que t’arrive-t-il ? »  » Je ne sais pas de quelle couleur je suis, je ne sais pas d’où je viens, je ne sais pas où je vais », lui répond le jeune zèbre. Le vieux rhinocéros l’invite à s’assoir sous l’arbre à palabres, éclaircit sa voix et le regarde avec une profonde bienveillance.

« Tu as la plus belle parure du monde, les animaux noirs envient tes rayures blanches, les animaux blancs ne rêvent que de tes rayures noires, les animaux tout gris, comme moi, aimeraient te ressembler. Non seulement tu es élancé, fin, majestueux, impérial mais en plus tu es robuste, fougueux, ta crinière est soyeuse et ton poil est vif. J’ai connu ton père, j’ai connu ta mère, un pur sang et un cheval sauvage qui se sont tant aimés que leur couleurs se sont mélangées jusqu’à dessiner les lignes de leur destin sur ton pelage.

Ne te soucie pas de ce que peuvent penser les autres. Trouves-toi beau pour ce que tu es. Puises ta force dans chacune de tes ressemblances, dans chacune de tes différences. Et joues-toi de tes rayures. Si tu es fier de ce que tu es, tu seras accepté et pourras te faufiler aussi bien au milieu des troupeaux de pur-sangs, que parmi les chevaux sauvages. Les zèbres noirs et les zèbres blancs ne jureront que par toi également. Tes rayures te permettront de passer inaperçu ou de te faire remarquer à ta guise. Fin parmi les fins, fin parmi les robustes, robuste parmi les fins, ou robuste parmi les robustes, tu peux être ce que tu veux, quand tu le veux. Tu es partout chez toi.

Alors n’oublie jamais ceci : les lignes de ton Destin c’est toi qui les écris sur ta peau. »

 

à mon ami Philippe Barry et à mon fils, qui chaque jour m’inspirent le meilleur.

jetlag

670px-Avoid-Jet-Lag-Step-3En Afrique on ne change pas d’heure.

C’est vrai que le changement d’horaire a été instauré à la base en occident pour les économies d’énergie. Ici un petit coup de coupure généralisée et c’est réglé…

Alors au début ça fait très bizarre car il fait chaud, comme en été en France, mais il fait nuit tôt (autour de 19h30) ! Quand il fait 40 degrés, vous vous imagineriez bien sur une terrasse entrain de faire durer l’apéro ou bien d’attendre le coucher de soleil, et il fait nuit… ça demande un petit effort d’acclimatation. Mais on s’adapte.

Toute l’année, à 15-20 minutes prêt, le soleil se lève et se couche à la même heure. Logique puisqu’on est plus prêt de l’équateur.

Pour revenir sur le changement d’heure, vous allez me dire, quelle adaptation alors que vous ne changez pas d’heure chez vous ?

Et bien figurez-vous que j’ai bien mis deux bonnes semaines à m’adapter au changement de l’heure française !

Comme quoi, même à 6.000 km, j’ai encore un pied en France…

En hiver nous avons une heure de moins qu’en France et en été 2 heures de moins.

C’est peu, c’est peu être pour cela que je ressens plus le changement ? Une heure de moins, sachant qu’avec un bébé on se lève tôt et on se couche tôt, ce n’est rien. 2 heures, ça demande une réorganisation des liens avec la France :

– Les chaînes de télé française vous propose tout avec deux heures de moins… Les télé-novelas sud américaines et les débats africains sans fin ne me passionnant pas plus que ça, je suis donc souvent sur la télé française le soir. Force est de constater que 18h30 pour le film de soir, ça fait tôt !! 19h30 c’était parfait : c’est pile l’heure où michoco se couche et ça me permettait de me coucher tôt après les programmes de première partie de soirée. Tôt OK, mais de là à se coucher à 21h, il ne faut pas exagérer non plus… Je me suis mise, suite au changement d’heure, à regarder, après une demie-première moitié de soirée, la seconde partie de soirée, ce qui nous amène tard, très tard… Après m’être couchée tôt, trop tôt (mon sommeil n’est plus ce qu’il est, conditionnée par michoco, au bout d’un nombre d’heure minimum salvateur, impossible de me rendormir, grrrrr), après m’être endormie tard, très tard… Je m’endormais sur le canapé à la moitié de la 2ème partie de soirée cathodique ! J’ai bien mis deux semaines pour retrouver mon rythme naturel et renouveler mes intérêts télévisuels pour pouvoir rejoindre mon lit vers 22h au plus tôt (accompagnée d’un bouquin), 23h au plus tard.

– Les petites habitudes de Skype sont chamboulées aussi. Mes interlocuteurs cherchaient Michoco. « Mais il dort ! »….. « ah bon ? »…. « Mais vous mangez ? »….. « Ben oui ! Ici il est 12h30… ». ça y est, nous avons réussi à retrouver un rythme et à rétablir la communication !

– Les réponses sur le blog, les articles des autres bloggeuses venaient perturber mon temps de travail, il a fallu que je me refasse un petit planning et que je m’y tienne !

Une chose n’a pas changé malgré le changement d’heure : je n’arrive toujours pas à joindre mon petit frère, ni à me rappeler quelle heure il est chez lui quand je veux le joindre : il habite en Asie !

Francophonie, vous avez dit cacophonie ?

Francophonie%20communicQuand on vit dans un pays francophone, parce que l’on parle tous « français » on pense que l’on va tous se comprendre…

Et bien non !

Les langues vivantes évoluent, s’acclimatent, s’adaptent à leur contexte, leur environnement, un peu comme les êtres humains en fait.

Quand je rentre en France, on me demande si je suis étrangère car j’ai un petit accent.

Force est de constater que j’ai pris l’accent du coin : l’Africain !

L’accent, les intonations, les façons de former les phrases, les interjections, dê !

Alors voici ce que cela peut donner :

Tous les jours je vais chez le boutiquier (épicier) grâce à la dépense (somme d’argent que l’on laisse à la femme pour les dépenses du jour au marché). Je lui demande si ça va. « Ca va un peu quand même » (toujours nuancer un peu sa réponse pour ne pas montrer que ça va très bien !!), et les activités ? « ah. On est là dê ! » (ça va ; l’interjection faisant partie intégrante de la réponse).
De retour à la maison, je dois linger (faire la lessive). Je n’ai plus d’omo (lessive), je prends mon bic (stylo) pour le rajouter à ma liste de courses. Puis je commande à la dibiterie (provient de débiter la viande). J’appelle mon beau (beau-frère, beau-père), « Viens manger ! » (toute personne qui passe alors que vous êtes entrain de manger, vous l’invitez à vous rejoindre). Il me dit qu’il arrive « tout de suite », il ne vient jamais… (tout de suite voulant souvent dire plus tard…).
Avant d’enfiler mon complet (ensemble, costume), je vérifie s’il n’est pas gâté (abimé). Je pars au garage (entendez gare routière). Ca dure (ça prend du temps), alors comme je ne trouve pas de clando (taxi clandestin) et que le 7 places (taxi collectif) a crevé ses venants (pneus d’occasion venant de France) je prends départ en car rapide (qui n’a de rapide que le nom, vous l’imaginez bien !!!), il déborde de bagots (bagages en tout genre de la valise à la chèvre en passant par les roues de vélo). J’arrive finalement vers seize heures moins (seize heures moins combien ? ben seize heures moins quoi ! qui se finit bien souvent en seize heures plus d’ailleurs (ça c’est mon expression personnelle que j’ai inventé pour survivre m’adapter à la vie d’ici…)), juste le temps de faire les salutations (dire bonjour) avant la descente (fin de la journée de travail). Je demande à monter la clim (en fait ça signifie baisser la température, faut comprendre si vous ne voulez pas finir congelé ou rôti…).
Au goudron (entendez route en asphalte), je droite (tourne à droite), une petite fille me demande de lui offrir une poupée toubab (toubab vient des arabes qui disaient toubib pour dire docteur, c’est devenu le blanc dans le langage courant), une dame me demande un soutien (une aide financière), un monsieur quelque chose pour faire du thé (une aide financière !), je leur réponds « y’a pas de problème » ou alors « on est ensemble » (une bonne façon de me débarrasser d’eux en somme…).
Je sors retrouver mon deuxième bureau (mon amant/ma maîtresse !) avec lequel je fais bien attention de ne pas me faire enceinter, car je ne voudrai pas tomber en état/être en grossesse (vous aurez compris je pense). Il arrive avec son frère même père, même mère, c’est l’homonyme de son père (il porte le même prénom que son père, pas son père même père même mère, son oncle car le frère de votre père est aussi votre père, vous me suivez ?!). Il est un peu plus court/long (petit/grand) que lui. Nous sommes bien décidés à nocer (faire la fête), ça tombe bien car ça ambiance bien ! Je bois du 4×5 (faites le calcul, vous allez comprendre…).
A côté de nous, des musulmans de gauche (pas très pratiquants) qui ne consomment pas que des sucrées (coca, fanta, toute boisson sucrée notamment gazeuse…) finissent bien cadavérés (saouls)… On leur conseille de laisser (d’arrêter). Ce sont des ivoiriens, ils demandent dans quel maki (bar) ils peuvent trouver des go (filles), ce sont des Burkinabés, ils demandent la route (disent au revoir) !

logo-sommet-francophonie-dakarSinon cette semaine, j’ai pas mal traîné avec 8 québequois et c’était tout à fait exotique pour moi : je suis allée magasiner (faire des courses) avec eux, ils m’ont un peu chicanée (taquinée) sur mon chum (mari) et sur une histoire de brassière (soutien-gorge), m’ont bien confirmé que j’étais sa blonde (femme) (suis châtain…) et ont beaucoup ri quand je leur ai demandé combien ils avaient de gosses (testicules en québequois !). Y’en a même un qui avait des bibites (idées noires !). Ils m’ont demandé ce que l’on faisait pour la fin de la semaine (week-end), je leur ai répondu que la semaine était déjà finie puisqu’on était en week-end ! Et puis je me suis vraiment sentie blonde… Sinon pour le reste, je n’ai pas toujours tout compris… mais on s’enverra des courriels pour rester en contact ! Attention, leur adresse s’écrit bien avec un a commercial et non un arobase !

J’aurai appris trois choses :
la semaine passée c’était la semaine internationale de la francophonie !
en novembre 2014 le Sommet de la francophonie se tiendra à dakar !
même en Géorgie il y a un institut français (la très belle illustration du haut est issu de leur site !)

Il faut maintenant que je programme des vacances au Maroc et en Belgique pour parfaire mon français…