Sur les murs de ma ville

La débrouille, la galère, la jeunesse, l’espoir, la colère…

Les murs sont à l’image de la ville, de sa vie : colorée, animée, de bric et de broc, non achevée, sale mais ensoleillée, poussiéreuse mais pleine de promesses, parfois abattue et découragée mais fière et engagée, ethnique et guindée à la fois, mixte mais unie, ségréguée, solidaire… Dakar !

Sur les murs de ma ville, il ne faudrait pas l’oublier, sont aussi inscrites les folies du passé. Son existence, son importance sont controversées, mais plus important : la symbolique est là, ces murs d’un autre siècle, qui à force devient de plus en plus lointain, soutiennent celle que l’on surnomme la « porte du voyage sans retour »…

Contre ces murs 900 à 1.500 esclaves auraient attendus quelques jours ou plusieurs mois leur départ pour un voyage… sans retour. Donner plus de chiffres précis à ce site touristique serait un peu anecdotique au regard de l’ampleur du « commerce ». Les historiens estiment que 42 millions d’africains ont été victimes de la traite négrière, 11 à 13 millions pour la traite transatlantique qui aurait nécessité quelques 54.200 traversées…

Nelson Mandela, Jean-Paul II, Barack Obama, nombreuses sont les personnalités et les touristes anonymes à avoir visité le site, versé quelques larmes, glissé leurs doigts le long des murs restaurés de la dernière maison des esclaves de l’Ile de Gorée, située à quelques encablures de Dakar.

Toucher ces murs comme pour mieux s’imprégner. Se mettre quelques secondes dans la peau de ceux qui ont vécu cette sombre histoire dont on ne parle pas assez dans l’Histoire. Pour se recueillir. Pour s’indigner. Pour ne jamais oublier… Pour essayer de ne pas refaire les mêmes erreurs…

 

Goree_petite_yaye

 

C’était ma participation aux Instantanés Singuliers de l’atmosphérique Marie Kléber sur le thème : « les murs de votre ville ». Toutes les autres sont regroupées .

 

Mais qui est ce fameux Valentin ?

saint valentinAujourd’hui Saint-Valentin est sur toutes les lèvres, mais qui est exactement Saint Valentin ?

Ne bougez plus, vous avez cliqué sur le bon lien, vous allez tout savoir grâce à mon ami wiki !

Saint-Valentin s’appelait Valentin de Terni. Un italien. Quand on vous dit que les italiens sont de grands machos romantiques…

Tout commence au IIIème siècle quand Claude le Gothique (très avenant comme nom…) a une grandiose idée : interdire le mariage lui permettra d’envoyer plus d’hommes à la guerre ! Quand on vous dit et répète qu’amour et guerre ne peuvent pas faire bon ménage…

Mais Valentin un moine (un prêtre ? ce n’est pas très clair) continue à n’en faire qu’à sa tête et à marier les chrétiens, malgré l’interdiction du souverain.

Rien que ça aurait pu suffire à le nommer saint patron des amoureux, mais l’histoire de s’arrête pas là !

Valentin refuse de se soumettre à la volonté de l’Empereur et se retrouve au cachot (au IIIème siècle ça ne devait pas être des plus confortables…). Il y rencontre la fille de son geôlier, comme quoi on fait des rencontres en prison ! Elle s’appelle Julia (à prononcer à l’italienne ça fait plus pittoresque), une aveugle de naissance. Ils deviennent amis et Julia demande à Valentin de lui décrire le monde. Pratique de décrire le monde quand on est au fin fond d’un trou… mais comme la fille est de toute façon aveugle, elle n’y voit que du feu ! D’ailleurs comme ça l’intéresse beaucoup et qu’elle est entrain de tomber amoureuse, elle apporte tous les soirs à manger à Valentin, ce qui arrange drôlement notre moine romantique car la cantine de la prison n’est pas vraiment fameuse. Jusqu’au jour où le miracle se produit ! Les témoins, qui ne sont plus là pour témoigner, disent avoir aperçu une lumière étincelante par la fenêtre de la cellule et Julia recouvre la vue !

Tout est bien qui fini bien, il se marièrent, vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants.

Furax, C2 le Gothique fait exécuter Valentin sur le champs le 14 février 269.

La famille de Julia se convertit au catholicisme en souvenir du romantique amoureux moine sauveur et il paraîtrait même que Julia plante près de la tombe de Valentin un amandier, arbre qui devient un des symboles de l’amour (là encore facile à dire car les témoins ne sont plus là pour témoigner !).

Le Pape Alexandre IV (de 1254 à 1261) aurait pu le nommer « patron des aveugles », mais allez savoir pourquoi il le nomme « patron des amoureux » et ce saint est fêté le… 14 février !

L’Histoire est un peu floue, on attribue aussi la fête à d’autres Valentin. Les pèlerins allemands en chemin vers Rome confondent même les mots Valentin et fallen (tomber en allemand) et lui donnent la réputation de guérir ceux qui ont fait une mauvaise chute. Euh… là il faut qu’ils m’expliquent la ressemblance entre ces deux mots ?? A défaut d’être tombés amoureux, on dirait qu’ils sont vraiment tombés sur la tête…

La Saint-Valentin n’est donc pas du tout une affaire commerciale, c’est une sombre histoire de prison, d’aveugle et de décapitation !!

Vous pourrez briller ce soir en société ou alimenter la conversation si votre dîner de la Saint-Valentin tourne au vinaigre…

Bonne fête les amoureux ;-)

Lat Dior, Roi du Cayor

lat-diorCe week-end au centre hippique Grand Choco s’est émerveillé devant un cheval qui s’appelait Lat Dior.

– Quoi, mais tu ne connais pas Lat Dior ???!
– Ben non, je ne connais pas Lat Dior…
– Mais on vous apprend quoi à l’école, c’est un personnage clé dans l’Histoire du Sénégal.
– Tu sais le Sénégal quand tu es en France… On te parle vite fait de triangle de commerce (le mot esclave étant presque tabou), de colonisation et décolonisation, encore plus rapidement des tirailleurs sénégalais (et encore…), au milieu de l’Histoire gréco-romaine, du Moyen-Âge, des Rois de France, de la Révolution française, des guerres mondiales, mais non, désolée, je ne connais pas Lat Dior…

Il nous alors a raconté l’histoire de ce Roi du Cayor.
C’était captivant et il avait les yeux qui brillaient de souvenirs de bancs de l’école, une école bien différente de la mienne quand j’y pense. On y a appris tous les deux que 2+2 font 4 et que les adjectifs qualificatifs se conjuguent en français en genre et en nombre avec le nom commun auquel ils sont rattachés, mais on y a aussi appris des choses si différentes, dont des morceaux d’Histoire. Au fond les noms divergent, les siens me font rêver, voyager, pleurer, mais ce sont toujours des histoires d’Empire, de territoire, de pouvoir, de domination, de méchants et de gentils selon le côté duquel on regarde les choses. Peu de femmes, beaucoup de sang et quelques gens éclairés (ou pas) qui gravent leur nom dans la pierre.

Je ne suis pas assez calée en Histoire sénégalaise pour savoir si l’histoire de ce personnage a vraiment compté dans l’Histoire ou si c’est l’Histoire qui avait besoin à un moment de se fabriquer ses histoires et ses héros. Mais là c’est un débat universel et on dérive sur la Philosophie, alors revenons à notre histoire !

Madame Gaou nous rappelle à sa sauce que ce mois-ci en Amérique du Nord c’est le mois de l’Histoire des Noirs. Oui Madame Gaou, mieux vaut un peu que rien du tout… mais oui : dans quel monde vivons-nous pour être obligé de donner une couleur à l’Histoire… Je vous invite à aller lire son article ici, tout y est dit !

– Tu vois, maintenant je connais Lat Dior. Les pommes Cayor auront un goût d’Histoire et je ne regarderai plus Malaw le cheval de notre quartier de la même manière depuis que je sais qu’il est l’homonyme d’un des chevaux de Lat Dior ! Alors heureusement que tu es là pour m’en parler. Tu raconteras à Michoco un jour, hein ?! Et demain si tu veux je te raconterai qui est Jean Jaurès.
– Jean qui ?!

Merci M’dame Gaou, moi aussi je vais m’atteler à ce que Michoco comprenne bien toutes les nuances de l’Histoire ;-)

 

Pour tout savoir sur Lat Dior (je sens que ça va en passionner certains !) : wikipédia, au-senegal (l’illustration vient d’ailleurs de là). Intéressant d’observer en poursuivant les recherches sur d’autres liens Google de voir comment chacun se raconte l’Histoire à sa façon…

le destin du zèbre

zèbre

Un jeune zèbre décide de partir voir le monde.

A force de traverser les steppes et les savanes, il se retrouve au milieu d’un troupeau de pur-sangs noirs. Ils sont élancés, fins, majestueux, ils sont impériaux et le zèbre, se retournant sur son échine zébrée, gonfle la poitrine. De son zébrage il ne voit que le noir. Il se sent chez lui ici. « Tu n’es pas noir, élancé, fin et majestueux comme nous » lui lancent les pur-sangs, « tu es blanc ».

Déçu, le zèbre poursuit son chemin, il atteint des prairies d’herbes vertes, continue sur les hauts plateaux et se retrouve au beau milieu d’un troupeau de chevaux sauvages blancs. Ils sont robustes, fougueux, ils ont la crinière soyeuse et le poil vif. Le zèbre, se retournant sur son échine zébrée, reprend du courage. De son zébrage il ne voit plus que le blanc. Il se sent chez lui ici. « Tu n’es pas blanc, robuste et fougueux, ta crinière n’a rien de soyeuse et ton poil n’est pas vif comme le nôtre » lui lancent les chevaux sauvages, « tu es noir ».

Le zèbre passe sa route, la larme à l’oeil. « Si je ne suis pas noir, si je ne suis pas blanc, que suis-je alors ? »

Il repart de plus belle à travers le monde, rencontre des troupeaux de zèbres blancs à rayures noires qui pensent qu’il est un zèbre noir à rayures blanches. Plus loin il fait la connaissance de zèbres noirs à rayures blanches qui lui affirment le contraire. Il aurait juré que ces deux troupeaux se ressemblaient traits pour traits, mais personne ne veut en entendre parler. D’ailleurs ces deux troupeaux ne se parlent plus depuis des décennies, chacun se trouvant plus beau, plus valeureux que l’autre sorte de zèbre…

« C’est à n’y rien comprendre, si je ne suis pas non plus blanc à rayures noires, ou noir à rayures blanches… Si seulement j’avais eu la chance de connaître mes parents… »

Seul au monde, le jeune zèbre dont personne ne reconnaît la filiation, se résigne à une vie d’ermite.

Sur sa route un vieux rhinocéros l’interpelle : « Tu as l’air bien triste ? Que t’arrive-t-il ? »  » Je ne sais pas de quelle couleur je suis, je ne sais pas d’où je viens, je ne sais pas où je vais », lui répond le jeune zèbre. Le vieux rhinocéros l’invite à s’assoir sous l’arbre à palabres, éclaircit sa voix et le regarde avec une profonde bienveillance.

« Tu as la plus belle parure du monde, les animaux noirs envient tes rayures blanches, les animaux blancs ne rêvent que de tes rayures noires, les animaux tout gris, comme moi, aimeraient te ressembler. Non seulement tu es élancé, fin, majestueux, impérial mais en plus tu es robuste, fougueux, ta crinière est soyeuse et ton poil est vif. J’ai connu ton père, j’ai connu ta mère, un pur sang et un cheval sauvage qui se sont tant aimés que leur couleurs se sont mélangées jusqu’à dessiner les lignes de leur destin sur ton pelage.

Ne te soucie pas de ce que peuvent penser les autres. Trouves-toi beau pour ce que tu es. Puises ta force dans chacune de tes ressemblances, dans chacune de tes différences. Et joues-toi de tes rayures. Si tu es fier de ce que tu es, tu seras accepté et pourras te faufiler aussi bien au milieu des troupeaux de pur-sangs, que parmi les chevaux sauvages. Les zèbres noirs et les zèbres blancs ne jureront que par toi également. Tes rayures te permettront de passer inaperçu ou de te faire remarquer à ta guise. Fin parmi les fins, fin parmi les robustes, robuste parmi les fins, ou robuste parmi les robustes, tu peux être ce que tu veux, quand tu le veux. Tu es partout chez toi.

Alors n’oublie jamais ceci : les lignes de ton Destin c’est toi qui les écris sur ta peau. »

 

à mon ami Philippe Barry et à mon fils, qui chaque jour m’inspirent le meilleur.

L’histoire du soir…

uneSemaine chez les parents oblige, on ressort les vieux livres !

Mon préféré : « 365 histoires, un conte pour chaque jour de l’année« . Il y a même la dédicace de ma marraine, je l’avais reçu pour mes 2 ans ! Ce livre est composé toutes petites histoires, avec la date du jour. Dur dur de résister pour ne pas lire la suivante avant le lendemain !! Il paraît qu’on me les a toutes racontées, je ne m’en souviens d’aucune… Mais c’est un plaisir de les redécouvrir.

derMichoco est encore petit, mais il adore déjà le livre (pourtant bien corné et re-scotché de partout), pas tant pour les histoires que pour les illustrations. C’est vrai qu’elles sont toutes simples, bien représentatives et il s’y retrouve : chien, poule, chat, chevaux, enfants, charettes, y’a de tout !

Juste pour le plaisir, une histoire choisie au hasard : Le tigre laineux

tigre

Le tigre laineux était perdu. Ca n’avait rien d’extraordinaire ! Ce drôle de tigre était si plein de laine et de sottise qu’il passait son temps à se perdre et que Guillaume ne savait jamais où le chercher.

Un jour, il l’avait retrouvé sur une étagère si haut perchée qu’il avait dû monter sur une chaise pour l’apercevoir. Un autre jour, sous son lit, où il mangeait de la poussière d’un air triste. Un autre jour encore, Guillaume, en ôtant le toit de son gros camion rouge, avait trouvé son tigre à l’intérieur.

Mais cette fois, il n’était ni sur l’étagère, ni sous le lit, ni dans le camion.

Ni dans l’armoire. Ni dans le coffre à jouets.

Guillaume se mit à gronder… ce qui est une excellente méthode pour appeler un tigre perdu. Puis à siffler… ce qui a le mérite de donner du cœur à l’ouvrage. Mais il eut beau fouiller, chercher, gronder, siffler, il ne vit pas l’ombre d’un tigre à l’horizon.

Enfin, au moment où il allait abandonner sa chasse, convaincu que son tigre avait disparu à jamais, Guillaume leva la tête et, par le plus grand des hasards, aperçut, accroché à la branche basse du grand chêne, son tigre qui semblait dire :

– Viens donc ! Je croyais que tu étais perdu !

Mais oui, il était là, toujours plein de laine et de sottise… impatient d’être retrouvé pour s’empresser de se perdre à nouveau.