la couleur de mon ciel

Chère Marie,

On ne se connaît pas, ou si peu, ou bien peut-être si bien, je ne sais plus…

On se croiserait dans la rue comme deux parfaites inconnues et pourtant on se parle presque tous les jours, dans quel monde vivons-nous ?

Quand tu me demandes quelle est la couleur de mon ciel, j’ai envie de me confier. Plus à toi qu’à d’autres, peut-être parce que notre relation ne nous engage que par claviers interposés, ça rend les choses plus simples, peut-être parce que je sais que toi, plus que quiconque, tu me comprendras sans doute, sûrement.

Et puis après tout c’est toi qui a posé la question, tu l’as bien cherché, je le prends comme une perche tendue…

Alors voilà, la couleur de mon ciel…

mon ciel

Si tu viens dans mon pays, tu me feras remarquer que le ciel est toujours bleu chez moi. Tu lèveras la tête, fermeras les yeux, éblouie par le soleil cinglant de midi et laisseras la brise océanique caresser ta peau de tout ce bleu. Tu te diras que la vie et belle, que les vacances s’annoncent belles aussi. Tu me demanderas quel est le meilleur endroit pour aller admirer le coucher du soleil, à l’heure où le ciel devient flamboyant et se mélange avec la mer. Un ciel de paradis. Quelle ironie du sort…

Mon ciel est lourd comme mon cœur. Chargé comme mes yeux. Menaçant comme toujours.

Mon ciel n’a même pas d’horizon en ce moment. Pas d’horizon, pas d’avenir. Rien sur quoi se raccrocher pour se rassurer, se dire qu’après la pluie vient forcément le beau temps. ça fait bien trop longtemps qu’il est ainsi.

Bien sûr il a parfois des éclaircies, de brèves embellies. « Bref » c’est le mot, ça ne dure jamais, c’est juste pour pouvoir s’assombrir de plus belle.

Mon ciel est tout sauf serein, et c’est vraiment épuisant.

Je m’attèle à le rendre beau, à le rendre bleu, à profiter de chaque millimètre carré de bon qu’il m’offre. Mais un énorme nuage noir me suit où que j’aille, il me fait peur. Pour moi, pour mon fils. Pourra-t-on continuer à vivre ici ? Pourra-t-on réussir à vivre sous ce ciel que tous les autres voient bleu ? Pourra-t-on partir d’ici ? Arrivera-t-on à chasser ce ciel gris de notre vie ? Arrivera-t-on à laisser ce ciel derrière nous quand on prendra un bateau pour partir ailleurs ? Où… je ne sais pas. Nous suivra-t-il où que l’on aille ? A quoi bon partir alors ?

J’aimerai que mon ciel m’accorde une énorme tempête qui détruise tout sur son passage, qui ne laisse aucune trace du passé et nettoie l’horizon. Le ciel serait d’un bleu renouveau, plein de promesses, plein de rires, de douceur et de bonheur, il serait serein, reposant, il serait motivant et donnerait envie de créer un monde meilleur chaque matin, pour tout mieux reconstruire. Il serait simple, et nous aiderait à ne pas nous prendre tout le temps au sérieux. Mais la tornade qui vit dans mon monde ne fonctionne pas comme ça, elle veut surtout détruire les gens, les ternir, les assombrir et ne leur rend qu’un ciel plus gris après son passage car tout est et doit être grave.

Puis petit à petit, quand j’aurai reçu une bonne dose de bleu, dont j’ai tant besoin, j’aimerai tout simplement un ciel qui change de couleur au grè des vents car c’est ça aussi la vie. Le ciel n’est pas toujours bleu, mais c’est aussi bien ainsi : parfois bleu, parfois gris ou même noir, mais c’est un ciel sous lequel on avance main dans la main, avec une confiance inébranlable en nous, en demain.

Je me sens si seule sous mon ciel.

Je me réfugie sous un ciel étoilé, si étoilé qu’on ne voit même plus la nuit. Ce ciel là je ne les ai vu que dans deux endroits, deux chez moi, mes montagnes enneigées et mes collines asséchées. Mais même à l’abri des étoiles, le soleil finit toujours par se lever, réveillant avec lui ce ciel si pesant.

Tu me diras alors en choisissant tes mots un à un que tu me comprends si bien, que c’est à moi de peindre un ciel en accord avec ma palette, que c’est à moi de rendre mon ciel à mon image, que ça fait mal, que ce n’est pas juste.

Bref, tu voulais qu’on te fasse rêver, vraiment désolée… si l’image fait rêver, la réalité un peu moins.

En ce moment, Maire, mon ciel, comme tu t’en doutes, est tout sauf bleu même avec les meilleures lunettes roses.

 

C’est ma participation au rendez-vous des « instantanés singuliers » de l’Atmosphérique Marie Kléber sur le thème « la couleur de votre ciel », pour connaître tous les détails et modalités, découvrir les autres participations, c’est ici.

 

Une tornade vit dans mon monde

tornade

Une tornade vit dans mon monde.

Je crains son arrivée autant que je l’attends.

Je redoute son départ souvent, m’en réjouis parfois.

Car une tornade, pour la survivre, il faut résister, s’accrocher, tenir la branche des deux bras, ne rien lâcher.

On la sent arriver. Parfois plus vite que prévu, parfois dans l’attente, on n’y croit plus.

On a beau se préparer, renforcer les barricades, consulter la météo, le vent se fait plus appuyé, la tornade arrive et vous n’y pouvez rien.

Vous ne pouvez pas influencer sa direction, régler son intensité ou changer sa durée.

C’est fatiguant une tornade. Toute son énergie, toute son attention, ça demande tout, ça vous prend tout. Et ça vous laisse quoi ?

Je voudrais être dompteuse de tornade, mais ne peux que me glisser dans ses coups de vents, apprivoiser ses masses thermiques, faire avec ses bourrasques.

Pourtant la tornade qui vit dans mon monde est vraiment fascinante. Ne le sont-elles pas toutes ?

En un battement de cils, elle efface toutes les colères, toute la rancœur accumulée contre elle.

Dans ses bras, elle apaise tous mes doutes et me remplis de joie.

Dans son souffle, je m’endors sereine.

Rien de tel qu’un passage de tornade pour vous fabriquer un monde tout neuf, un ciel bleu et un air pur.

C’est beau.

Mais derrière elle, la tornade laisse un grand vide, le néant.

Sans force, comment trouver le courage de tout reconstruire après son passage ? Encore, encore, encore.

L’envie de vivre dans un monde sans tornade me vient souvent.

J’arrive à voir au cœur du ventre de la tornade, au fond de ses yeux. Elle aimerait être un soleil, une rosée, une brise parfois. Elle est emprisonnée dans sa propre tornade.

Et je ne sais pas dompter sa tornade non plus.

Pourtant je l’aime. Trop souvent pour le pire, mais quand c’est pour le meilleur alors j’oublie.

La tornade est venue. Elle a tout renversé sur son passage encore. Elle est repartie encore.

(photo : meteocity.com)