Mes fêtes préférées

IMG_20150925_151657Un échange de boubou la veille pour le lendemain avec une amie, et me voilà vêtue comme si je portais un habit neuf (sans le stress du couturier qui gâte votre couture à la dernière minute).

Un foulard entourant mes cheveux le matin. Le premier essai est toujours le plus réussi, surtout ne rien changer !

Pour agrémenter le tout, des perles sur le front, un collier du fond de la Mauritanie, des boucles discrètes et comme par magie mon fils qui a tout compris m’offre deux jolies fleurs blanches cueillies devant la maison, tout juste ce qui manquait à ma tenue…

La bonne idée de la semaine : avoir fait cadeau de notre mouton = une famille heureuse et une seconde (michoco et moi) ravie de ne pas être bloqués pendant 3-4 heures en plein soleil pour cause de logistique de sacrifice, dépeçage, découpage, partage et congelage de mouton…

Des novices à entraîner dans notre sillage pour les initier aux traditions du pays.

Des voisins salués au hasard des portes entrebâillées, occupés à leur mouton, surpris que l’on soit déjà prêts mais heureux de nos salutations matinales.

Des enfants désœuvrés dans chaque maison, impatients que la fête commence enfin, conviés à faire le tour du quartier avec nous.

Une invitation à passer manger quand on veut. ça tombe bien nous ce qu’on veut c’est aller faire la sieste et passer après, plus tard !

Des étrennes pour les tout-petits, qui, ravis, ont même le droit d’acheter une sucette à l’épicerie pour fêter l’évènement.

Une séance d’essayage de grands boubous de princesse sénégalaise chez une voisine qui magiquement partage mes mensurations au centimètre près !

Une soirée pyjama improvisée, hors-thème mais très sympa pour les petits comme les grands.

Le lendemain soir, un barbecue de mouton, à point et salé aux embruns, en bien charmante compagnie.

Une visite chez des amis le surlendemain. Surprise : comme ils ont tous grandi… Et il y en a même un nouveau qui pousse dans le ventre de madame !

Des ondes positives et des vœux venus de toute la planète.

 

Bilan du week-end :

Ne pas subir ce qui ne nous plait pas (l’attente, la chaleur, le manque d’organisation, les obligations de préséance, le paraître), mais prendre les devants en faisant exactement ce qui nous chante !

ça tombe bien, c’est la fête !

Ne pas être déçue, ne pas être dans l’attente, ne pas pleurer ce que l’on n’a pas mais se réjouir de ce que l’on a, saisir les opportunités comme elles viennent, profiter de l’instant présent, vivre nos envies, juste pour partager notre sourire.

Décidemment mes fêtes préférées sont celles qui ne sont pas préparées à l’avance !

C’était ma fête de Tabaski (Aïd) il y a quelques jours.

Avec du retard, mais comme on dit au Sénégal : Deweneti !*

 

 

* qui signifie en wolof : bonne année ! /  que l’on se retrouve (pour fêter ensemble) l’année prochaine !

Si vous voulez voir ma tête et ma tenue en entier, ça se passe sur le compte instagram « petite_yaye » ;-)

Lendemain de fête

Si les quelques jours qui précèdent la fête ne sont que stress, dépenses inconsidérées et frustrations (petit rappel ici), le jour de la fête il en est tout autrement !

Vers 9h – 9h30, les mosquées se remplissent pour la Prière de la Tabaski. C’est une prière rapide, en quelques minutes c’est déjà terminé et à part de brèves (mais chaleureuses) salutations, personne ne s’attarde vraiment. Chacun veut regagner au plus vite son domicile pour égorger son mouton ! C’est tout de même une belle occasion d’assister au plus beau défilé de boubous de l’année (pour ceux qui ont récupéré leur couture à temps !).

A 9h45 on entend le dernier chant des moutons. Ils sentent probablement leur heure venir, ils se répondent les uns aux autres, d’une maison à l’autre, bêêêêêêeeeeee, même les plus calmes poussent la chansonnette, dont le nôtre !

PaperArtist_2014-10-06_10-12-38J’ai baptisé notre mouton de tabaski « TABASCO Ier » ! Nous n’avions jamais eu de mouton à nous pour la fête Michoco et moi. Michoco était bien étonné de le découvrir en bas de notre maison… Bien sûr il avait souillé tout notre perron dans la nuit, mais comment lui en vouloir, lui qui va être sacrifié dans quelques heures, pour ne pas dire minutes… Nous le saluons mais je n’ai pas envie de m’attacher plus que ça, car c’est une amitié qui finira mal…
Certaines personnes s’attachent d’ailleurs tellement à leur mouton qu’elles n’osent pas l’égorger pour la fête et préfère acheter un autre… Non pas que ce soit la bête la plus attachante du monde, mais à force de vivre ensemble au quotidien, je peux comprendre !

Nous qui avions prévu de passer voir des amis dans la matinée, nous sommes assignés à domicile pour cause d’égorgement de mouton !

Heureusement nous avons trouvé en la personne du cordonnier du quartier le bourreau de notre animal. C’est un travail fastidieux car une fois égorgé il faut encore le dépecer de la tête aux pieds, trier les morceaux. L’occasion pour nous de naviguer entre notre mouton sur le perron et les moutons des voisins sur les perrons d’à côté. Michoco n’est pas plus traumatisé que ça. Il commence par « dodo ton » et au fur et à mesure que le mouton ne ressemble plus du tout à un mouton il alterne « miam miam », « manger » et viande ! Il a bien compris le concept…

PaperArtist_2014-10-06_10-33-11Le voisinage se salue, on se souhaite bonne fête, on répartit aussi la viande. Chacun tient à s’offrir un peu de sa viande, on échange donc quelques côtelettes de Tabasco Ier contre un jaret du mouton voisin ! On remet aussi de la viande à des voisins plus éloignés qui n’ont pas eu les moyens d’égorger un mouton, on en donne aux talibés qui circulent dans le quartier, on prépare des sachet de viande qu’on distribuera à d’autres dans la journée. Avec Michoco, on se fait griller un petit morceau de foie, le reste de notre part je la congèle car pas de cuisine pour nous aujourd’hui, nous sommes invités !

Jusqu’à 14 heures, ça s’affère dans les chaumières, on grille, on mijote, chauffe, dore, remue et recouvre… L’attraction principale de la journée sera bien le repas !

PaperArtist_2014-10-06_10-01-50On enfile nos beaux boubous, les rues sont calmes, Michoco est fier dans sa tenue et pressé d’enfiler ses chaussures ! Dans la rue tout le monde prend le temps de se souhaiter bonne fête, de se congratuler sur sa tenue. Bien sûr, nous ne passons pas inaperçus !

Dans les maisons aussi, chacun passe dire bonjour pour quelques minutes à des amis, des parents. Les enfants sont fiers avec leurs jolies tenues, leur coiffure toute fraîche et leur chaussures neuves. Petit à petit les parents se mettent à l’aise, la chaleur aura eu raison de leur tenue flamboyante. Les garçons troquent leurs marakistes (babouches) pour leurs tongs puis leur boubou pour un tricot de corps et enfilent finalement un short de foot ! Seules les petites filles continuent à jouer au jeu des salutations bien apprêtées entre maisonnées ! Vers 18h, crevés, les garçons qui repassent dans leur maison on maintenant le droit d’enfiler leur tenue « occidentale » toute neuve : chemisette à carreaux, jeans et baskets. Ils reprennent leur tour du quartier pour récolter quelques étrennes !

On ne fait rien de plus que les autres jours, on discute, reste assis devant la télévision, on boit un coca, on rit, on transpire, on envoie des sms, répond au téléphone, mais on se sent tous comme des rois, des reines et des princesses !

A la tombée de la nuit, les jeunes troquent définitivement leurs habits traditionnels pour des habits plus modernes, les sonos affinent leurs tests sons, les soirée dansantes vont afficher complet cette nuit. Demain, c’est férié !

On va pouvoir passer la journée à repenser à cette belle journée, replier les boubous dans leurs emballages, dégraisser la cuisine, saluer les amis oubliés et rêver de la prochaine Tabaski !

à l’approche de LA fête

20141002_123001_resizedDakar se vide peu à peu de son contenu principal : ses habitants, ses véhicules et ses moutons.

Dimanche se sera LA fête.

Ici on l’appelle Tabaski, ailleurs on dit fête de l’Aïd (Aïd el kébir pour les spécialistes) ou encore Fête du mouton, Fête du sacrifice, Grande fête. C’est la fête la plus importante du calendrier musulman, c’est le « Noël de l’Islam » pour vous donner une image, même si cette fête ne célèbre pas la naissance du prophète Mahomet.

Alors petit cours théologique car il n’est jamais mauvais de s’instruire : Pour ceux qui l’ignorent, cette fête commémore la soumission d’Ibrahim (Abraham dans la tradition juive et l’ancien testament chrétien) à son Dieu, symbolisée par l’épisode où il accepte d’égorger son alors unique fils Ismaël sur l’ordre de Dieu. Pour ceux et celles qui ont fait du catéchisme, ça doit vous rappeler quelque chose, non ? Après son acceptation de l’ordre divin, le Dieu envoie l’archange Gabriel (Djibril dans le Coran) qui substitue au dernier moment l’enfant par un mouton qui servira d’offrande sacrificielle. Ouf ! Sauvé ! c’était moins une… En souvenir de cette soumission totale d’Ibrahim à son Dieu, les familles musulmanes sacrifient un animal selon les règles en vigueur. (source : Wikipédia)

En Occident ce sacrifice pose quelques problèmes logistiques… J’ai en d’autres temps et en d’autres lieux (banlieue parisienne) eu à expliquer à certaines familles qu’égorger un mouton dans un hall d’immeuble ne se faisait pas… que de l’emmener vivant dans son appartement pour l’égorger dans la baignoire non plus !

Au Sénégal, nous n’avons pas ce problème logistique ! Les moutons vivent dans les cours, sur les terrasses ou devant les portes des maisons toute l’année (dont un très bruyant juste en dessous de notre fenêtre, grrr…), alors un de plus ou un de moins… Plus on est de fou, plus on rit jaune, n’est-ce pas ? Pour le sacrifice et le dépeçage aussi c’est plus simple ! ça se fait directement dans la rue, on creuse un petit trou dans le sol pour que le sang s’y accumule, on jette les viscères sur le tas d’ordures, et hop ! ça paraît presque propre !

De toute façon, il y a très peu de « vrais » dakarois et donc assez peu de sacrifices à Dakar. Tout le monde rentre au village. Vous avez beau être né à Dakar, vos parents aussi. Quand on vous demande d’où vous venez vous avez toujours un nom de bled paumé à citer. Et bien c’est là que vous irez passer la fête. C’est une fête de famille. Les transports en commun sont assaillis, ils font le plein en direction de leur propre destination pour aller fêter et ne reviennent qu’après (voir bien après…) la fête. Si vous n’avez pas votre véhicule, bon courage pour trouver ce jour-là un taxi, un bus ou un car rapide dans Dakar, il n’y en a plus…

Comme les Sénégalais sont très prévoyants, ils commencent à chercher leur mouton 72h voire 24h avant la fête, à vouloir coudre leur boubou 3 heures avant la fête, et à se coiffer parfois après même que la fête soit passée !!! C’est un peu comme si le 25 décembre à 10h du matin il vous fallait trouver : votre tenue, votre dinde (qu’il faudra faire cuire, vos invités sont attendus à 12h30, hum hum…), les cadeaux que le père noël devait livrer pour vous la veille, et passer chez le coiffeur (qui lui-même a environ les mêmes impératifs que vous !).

Joyeux bazar, joyeuse cohue !

J’adore ce que j’appelle « l’économie d’opportunité » qui se développe autour de la fête : les vendeurs de rue sortent les machettes couteaux spécialement adaptés (ou pas) à l’égorgement de moutons (made in China), les cordonniers de rue se font aiguiseurs, les soudeurs se transforment en vendeurs de barbecue de toute taille et de toute sorte allant du petit fourneau tout simple à l’imitation made in Africa du BBQ WW32000R 2.0 : tonneau recyclé et coupé en deux, refermable avec une poignée galvanisée, assorti d’une cheminée d’évacuation, de niveaux de posage de la grille, de système d’accrochage de vos couverts et plateaux inférieurs intégrés ! (je regrette de ne pas avoir pris ça en photo pour vous… j’ai même failli m’arrêter au bord de la route pour l’acheter, mais je me suis ravisée : 5 kg de charbon pour faire cuire mon steak de 10 cm², merci, mais non merci !)

Ah oui… revenons à nos moutons (ah ah !), j’oubliais le nerf de la guerre : vous devez aussi partir à la recherche de l’argent que vous n’avez pas pour payer toutes ces dépenses superflues.

Hier soir j’assistais d’une oreille à une scène assez rocambolesque. Un monsieur est venu supplier mon voisin de lui rembourser son argent. Il devait être environ minuit (une heure très correcte pour venir sonner chez quelqu’un, hein ?!). Le voisin au lieu de l’envoyer bouler ou de lui rendre son argent, lui explique que lui-même a des problèmes, que telle personne lui doit telle somme et le supplie de venir l’aider à chercher son argent ! Bras-dessus bras-dessous, ils sont partis pleins d’espoirs. Mais l’histoire ne nous dira pas si ils ont pu récupérer leur argent. Ayant moi-même vu Grand choco revenir bredouille plusieurs soirs de suite, je ne le pense pas ! (au moins grand choco a la chance d’avoir une banquière personnelle à taux zéro en ma gentille personne…).

Les couturiers sont à pied d’œuvre jour et nuit. Ne passez pas les voir à 3h du mat’, ils sont en plein rush, entourés par une horde de harpies aux chignons décrêpés qui leur invectivent de s’occuper de LEUR coupon avant celui des autres ! Vous achetez souvent des robes à 300 ou 500 euros pour une fête vous ?! Je comprends que ça les rende un peu hystériques ces pauvres dames… Mais toute cette pression, ça doit limiter la créativité de leur souffre-douleurs couturiers…

Les marchands de mèches, tissus, cadeaux pour enfants, vêtements, aliments festifs battent leur plein. Ceux qui ont réussi à récolter la somme nécessaire à couvrir leurs besoins pour la fête ferment boutique, laissant un peu plus de chance aux autres d’en faire de même ! Les dépenses sont déraisonnables. Iriez-vous à mettre jusqu’à 4, 6, 8 fois votre salaire mensuel dans une fête ? A prendre un crédit ? Non ! et bien les Sénégalais, oui !

La spéculation autour des moutons prend des ampleurs hallucinantes : 800, 1.000, 1.500 euros pour un seul mouton. Mais vous avez beau essayer de raisonner les gens, c’est à qui aura le plus beau… Ah la culture du paraître, je vous jure… Les années où j’ai « organisé » Grand choco (acheter un mouton 3 mois à l’avance, faire coudre son boubou 2 mois à l’avance, acheter les cadeaux le mois précédent et gérer les détails restants sur les 4 dernières semaines), il a déclaré : « ah c’était super, cette année je n’ai pas senti la charge de la Fête ! » mais il a recommencé sa grande gabegie désorganisée et ruinante les années d’après, me faisant remarquer que c’était mieux quand IL s’organisait. Etant donné qu’on ne passe même pas la fête avec lui, je me suis lassée de tout faire à sa place…

Soudain vous recevez des appels de gens qui ne vous ont pas appelé depuis à peu près un an (tiens c’était juste avant la dernière fête, comme c’est bizarre…), certains qui vous ignorent habituellement vous annoncent mielleusement qu’ils veulent partir au village (ça veut dire en fait : donne-moi l’argent pour payer mon transport !). D’autres préfèrent fuir physiquement le pays et n’arriver qu’au petit matin de la fête sur la pointe des pieds ! C’est ce qu’à dû faire Grand choco l’année où quelqu’un avait eu la bonne idée de lancer la rumeur qu’il allait arriver avec un camion poids-lourd rempli de moutons à distribuer à toute sa ville !

Ah oui, et puis j’oubliais : les policiers aussi sont bien présents, à l’affût de la moindre petite infraction (ou non) qui pourrait leur permettre de constituer un petit pécule de back-chiches pour financer leur fête ! ça doit être plus efficace que les commerçants car ils ont déjà quitté Dakar eux !

Bref, encore une fois la nature humaine réserve bien des surprises… Ce n’est pas typique à l’Afrique, on observe les mêmes dérives autour de Noël en Europe alors que pour moi la fête doit avant tout garder son caractère familial, le plaisir d’être ensemble et de partager dans la simplicité des préceptes religieux et/ou des valeurs humaines qu’on a envie de lui donner…