Jeu

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Pendant que les autres se jaugent à la course, s’entraînent à dribler ou vont se frotter aux plus grands, lui parcourt la brousse à la recherche de matériel. Une brindille, du rônier, une branche de bambou, des feuilles, un bout de corde, quelques pierres.

Chaque fois qu’un avion passe au-dessus du village, il se concentre au maximum pour tout regarder, les ailes, les hélices, la taille des hublots…

Les coucous se font rares dans le coin, mais il n’en perd pas une miette. Depuis qu’il a 6 ans il a dû en voir une dizaine.

Ceux qui ont voyagé ont raconté, il faisait nuit depuis longtemps mais il avait réussi à se faire oublier dans l’obscurité, il avait tout entendu, les toilettes à l’intérieur, les dames qui servaient du vin. Un jour il s’est fait punir par le maître, il était sorti en plein milieu de la classe mais ça valait la peine, il l’avait bien vu dans ces détails, et celui-là avait fait deux tours au-dessus du village.

20150101_105300Couper les ailes aux bonnes dimensions, confectionner les hélices, créer un double pont, comme dans ce catalogue qu’un touriste avait laissé derrière lui.

Fait de bric et de broc son avion commence vraiment à ressembler à quelque chose.

Les autres enfants s’approchent peu à peu. Lui reste concentré sur sa tâche.

Du haut de ses 10 ans sa passion à lui c’est fabriquer des jouets. Voiture, vélo, cerf-volant, animaux n’ont pas de secrets pour lui.

Le comble de l’histoire il s’appelle Noël…

Après tout, c’est peut-être le fils du père Noël ?

Il m’a finalement offert cet avion, demandant s’il pourrait avoir un ballon en échange ! J’ai bien entendu transmis la demande au Père Noël ;-)

 

C’était ma participation au Projet 52 de Ma’, semaine 21, retrouvez les autres contributions sur le thème du « jeu » ici !

Vert ou bleu

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A l’heure où les arbres côtoient le ciel, comment osez-vous nous demander de choisir entre le vert et le bleu ?

Djémé s’est allongée à côté de moi, sous le grand manguier, dans la cour déserte.

A cette heure chacun a trouvé sa place et n’en bougera plus pour quelques heures. Il fait chaud, très chaud pour ne pas dire trop chaud…

On n’entend plus que les mouches voler, l’expression est donc vraie !

Le vert des feuilles du manguier bruisse à peine. Le bleu du ciel est stoïque. Bleu stoïque, ça devrait être le nom d’une couleur tiens !

Une fois de plus on dirait que le temps s’est arrêté ici.

Si ce n’est cette mouche qui vole, se pose, chatouille, bourdonne. Quelle est agaçante…

Je compte les minutes au fil des pages. Djémé trace des dessins sur la terre qu’elle efface pour mieux recommencer. Je sais qu’elle aimerait me tresser, mais je n’ai pas le courage de supporter ses mains moites sur ma tête transpirante. Demain peut-être.

Les feuilles vertes sont trop denses pour laisse passer quelques touches de bleu. Tant mieux, si le bleu ne transperce pas le vert, le soleil non plus ne pourra pas passer.

Je tourne la tête et me laisse vite illuminer par tout ce bleu. Il est encore tôt.

Tuer le temps. Jusqu’à ce que le vert devienne moins vert. Jusqu’à ce que le bleu devienne moins bleu.

Vert, bleu, bleu, vert, à cette heure de l’après-midi, comment osez-vous nous demander de choisir ?
Ils vont de pair. Un point c’est tout.

Fin du chapitre, dois-je tourner une autre page ou fermer les yeux ?

 

C’était ma participation au projet 52 de Ma’, les autres contributions de la semaine 22 sont réunies ici.

Se déplacer

 

 

 

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Cette semaine, je vous laisse imaginer l’histoire de cette image…

Elle contient ce proverbe brésilien : « La bonne volonté raccourcit le chemin ». Je publierai celles que vous voudrez bien me faire parvenir par email, par lien sur vos blogs, par lettre ou carte postale si vous êtes inspirés !

A vos plumes ;-)

 

C’est ma participation pour la 16ème semaine du projet 52 de Ma’ sur le thème « se déplacer ». Mon histoire viendra peut-être un jour… Les autres contributions sont réunies ici.

 

 

Fleur

Ils s’étaient rencontrés quatre jours auparavant. Dans ce fin fond du bout de l’Afrique.

Elle n’aurait pas du être là.

Lui non plus.

En tout cas pas à cet instant ni dans ce lieu précis. Improbable.

Quand on leur parle de destin, aujourd’hui encore, tous les deux sourient.

La foudre avait déjà frappé. Ensuite tout était allé vite. Des regards complices, des paroles qui virent aux éclats de rire, des doigts qui se cherchent à la lueur d’un feu de camp, des soirées qui se prolongent sous les étoiles. Plus personne autour d’eux et temps qui suspend sa course folle. Naturellement. Evidemment.

Au bout de deux heures déjà elle savait qu’ici elle avait mis les pieds chez elle. A des milliers de kilomètres de son chez elle. A des années lumières de son univers.

Lui avait donné un sens à toute sa vie, à son retour auprès de sa famille ici après quelques années à se chercher à Dakar. S’il n’avait pas été là, comment l’aurait-il rencontrée ?

Au bout de trois heures, les plus observateurs du village avaient déjà remarqué que ces deux-là, on ne les sépareraient pas comme ça…

Magie ou bizarrerie de l’alchimie humaine ?

Elle avait frissonné contre son torse, à quelques mètres d’une vache venue s’abreuver. Il l’avait demandé en mariage le lendemain au pied d’un poteau de foot. Elle n’avait rien répondu. Elle n’avait pas compris qu’il était parfaitement sérieux et sûr de son choix. Elle s’était contentée de fermer les yeux et d’inspirer profondément l’air de la nuit, hermétique à ce qui avait bien pu arriver avant ou à ce qui les attendrait demain. Vivre le temps présent.

Le lendemain elle découvrait absente les secrets de fabrication des fameux jus de bissap et de bouye si célèbres au Sénégal. Elle rangeait dans son sac à malice les fleurs de coton et de kapokier, les quelques pierres et écorces ramassées en route, mais elle tournait très, trop souvent la tête vers le chemin. Le revoir…

Même si il lui semblait qu’il était parti une éternité, il ne tarda pas à arriver. Une petite fleur de bougainvillier à la main. Si fragile, mais plus forte que tous les mots du monde. Je t’aime, tu m’as manqué, j’ai pensé à toi, tu es belle… Ici on n’offre pas de fleurs aux femmes. Mais pour elle, qui venait de si loin, avec sa peau si claire, qui s’extasiait devant toutes les choses de la nature, il s’était dit qu’elle apprécierait sans doute. Un large sourire, accompagné d’un regard timide, pour ne pas dire pudique, et une fleur tendue. Un sincère merci, le cœur tambourinant et la gerbe vite accrochée dans son fichu.

Demain elle repartirait loin. Très loin. Quelque part où lui, qui aurait pourtant pu partir lui cueillir la lune, n’était pas autorisé à aller.

Une vague histoire de papiers…

Comme si l’amour qui chamboule tout sur son passage en avait quelque chose à faire des papiers, si ce ne sont ceux qui conservent entre deux pages d’herbiers les fleurs de bougainvilliers et les souvenirs que l’on n’oublie jamais !

 

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C’était ma participation au projet 52 de Ma’ sur le thème « fleur ». Toutes les autres sont réunies ici.

Sur les murs de ma ville

La débrouille, la galère, la jeunesse, l’espoir, la colère…

Les murs sont à l’image de la ville, de sa vie : colorée, animée, de bric et de broc, non achevée, sale mais ensoleillée, poussiéreuse mais pleine de promesses, parfois abattue et découragée mais fière et engagée, ethnique et guindée à la fois, mixte mais unie, ségréguée, solidaire… Dakar !

Sur les murs de ma ville, il ne faudrait pas l’oublier, sont aussi inscrites les folies du passé. Son existence, son importance sont controversées, mais plus important : la symbolique est là, ces murs d’un autre siècle, qui à force devient de plus en plus lointain, soutiennent celle que l’on surnomme la « porte du voyage sans retour »…

Contre ces murs 900 à 1.500 esclaves auraient attendus quelques jours ou plusieurs mois leur départ pour un voyage… sans retour. Donner plus de chiffres précis à ce site touristique serait un peu anecdotique au regard de l’ampleur du « commerce ». Les historiens estiment que 42 millions d’africains ont été victimes de la traite négrière, 11 à 13 millions pour la traite transatlantique qui aurait nécessité quelques 54.200 traversées…

Nelson Mandela, Jean-Paul II, Barack Obama, nombreuses sont les personnalités et les touristes anonymes à avoir visité le site, versé quelques larmes, glissé leurs doigts le long des murs restaurés de la dernière maison des esclaves de l’Ile de Gorée, située à quelques encablures de Dakar.

Toucher ces murs comme pour mieux s’imprégner. Se mettre quelques secondes dans la peau de ceux qui ont vécu cette sombre histoire dont on ne parle pas assez dans l’Histoire. Pour se recueillir. Pour s’indigner. Pour ne jamais oublier… Pour essayer de ne pas refaire les mêmes erreurs…

 

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C’était ma participation aux Instantanés Singuliers de l’atmosphérique Marie Kléber sur le thème : « les murs de votre ville ». Toutes les autres sont regroupées .

 

Animal

La légende veut que celui qui possède un nid de caméléon n’aura, tout au long de sa vie, jamais à se soucier d’argent. Posséder un nid de caméléon garantirait richesse et prospérité infinie à son heureux propriétaire.

Le nid seul ne suffit pas. Il faut aussi détenir le secret. Une formule, une potion, une récitation, on ne sait pas. C’est un secret vraiment très… secret.

Cette histoire d’animal est avant tout une histoire d’homme.

Deux hommes pour être plus précis.

Le premier a trouvé un nid. Il a traqué des jours durant un caméléon avec l’espoir que celui-ci finisse par rentrer au bercail, puis il a attendu que le coloré ressorte de chez lui pour lui dérober, avec le plus grand soin bien entendu, la fameuse maisonnette. Tout heureux au début, il a commencé à mal dormir, à s’inquiéter qu’on vienne lui voler son merveilleux trésor, pourtant bien gardé sous les bagages dans le fond de sa case. Il a douté aussi : à qui en parler, à qui ne pas en parler ? En rêvant de sa richesse future, il ne faisait rien, maigrissait à vue d’œil et s’appauvrissait de jour en jour.

Le second connaît le secret. Du moins c’est ce qu’il dit. Il a longtemps remué la brousse du sol au plafond pour dénicher le précieux graal, mais si les caméléons se font plus que discrets, c’est à se demander où ils construisent leur habitat. En trouver un relèverait du miracle. Et puis c’est bien connu… comme les trèfles à 4 feuilles, quand on cherche, on ne trouve pas ! En rêvant de sa richesse future, il ne faisait rien, maigrissait à vue d’oeil et s’appauvrissait de jour en jour.

Les deux hommes n’ont jamais réussi à tomber d’accord. Question de confiance. Question d’ego. Question de vanité ou de cupidité.

Il était d’actualité que le premier vende le nid au second mais ce dernier ne possédait pas d’argent, il comptait rembourser le propriétaire à l’activation du secret. Le propriétaire n’a jamais accepté. Etait-ce vrai ? L’acheteur n’allait-il pas en profiter pour aller revendre le nid à un autre et empocher une rondelette somme au passage ?

Le second a tenté à son tour de vendre son secret au premier. Mais le premier n’allait-il pas le berner ? Et puis après tout, quelle preuve irréfutable que ce tas de paille soit réellement un nid de caméléon ?

Et quel prix fixer à une promesse inestimable ?

Le premier n’avait plus confiance dans le secret du second. Le second n’avait plus confiance dans l’objet du premier. Chacun avait peur qu’en cas d’échec on l’affuble de tous les reproches.

Ils ont bien pensé à partager, mais lequel du secret ou de l’objet était le plus important ?

L’histoire ne nous dit pas si le nid ou le secret sont toujours gardés, si les deux pauvres hommes se croisent encore les jours de marché, mais le caméléon, fort surpris de n’avoir pas retrouvé son habitat, n’a de son côté sans doute pas chômé pour se reconstruire depuis un autre nid, encore mieux camouflé !

 

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C’était ma participation au projet 52 de Ma’ sur le thème « animal ». Les autres contributions sont réunies ici. Impossible de remettre la main sur la photo du nid de caméléon (je soupçonne d’ailleurs une action mystique…), la statue a été taillée sur place par mon ami Gilou, qui m’a fait l’honneur (bien accompagné) de venir fouler la terre des fils du caméléon !

Demain

Les anciens râlent. « Ce n’est plus ce que c’était, les jeunes ne s’investissent pas comme nous. Ah, de notre temps… »

Les jeunes rêvent de rappeurs, de stars de hip-hop, de football. Pourtant, bercés depuis leur plus tendre enfance dans le dos de leur maman au rythme des chants et danses de leur ethnie, ils sont au rendez-vous. Des nuits entières à taper la cadence, à célébrer des rites, à perpétrer la tradition.

Chaque génération intègre un peu d’elle-même dans les costumes ancestraux. Des fils de scoubidou, une paire de « plastiques » blanches, des lunettes de soleil aux verres fumés, des chaussettes de foot, un billet épinglé à la coiffe, des coiffures qui se permettent quelques extravagances aussi ou au contraire des crânes plus sages car ce n’est plus très à la mode au Sénégal un homme tressé…

Les anciens commentent à voix haute mais quand on leur demande si les premiers fils du caméléon portaient du plastique ou des chaînes métalliques, ils sourient en silence et se replongent dans leurs souvenirs de jeunesse, quand les vieux pestaient déjà contre eux et leurs futiles ornementations, leur total non-respect du sacré et des valeurs…

Demain les jeunes reprendront un à un tous les éléments devenus au fil du temps partie intégrante de leur tenue traditionnelle et l’agrémenteront à leur sauce du moment.

Demain quoi qu’en dise les vieux, on continuera de danser et de célébrer jusqu’à l’aube sur la place du village car cette culture est bien VIVANTE !

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C’était ma participation au projet 52 de Ma’ sur le thème « demain », et les autres sont toutes regroupées ici, et ce dès aujourd’hui !

Les coquettes

20150318_112410_resizedAujourd’hui elle se sentait comme ces petites chinoises du siècle dernier aux pieds ridiculement enlacés. Ou comme ces petits rats de l’opéra qui rêvaient de poser leurs orteils sur des steaks bien frais.

Dès qu’on dépassait les 6 mois, cela devenait plus insupportable. La peau frottait, les ongles se cognaient, les sangles s’enfonçait dans la chaire jusqu’à la meurtrir.

Ses pieds étaient confinés. Ils avaient passés plusieurs mois libres. Libres de respirer, libres de gesticuler, libres de s’étaler.

Plus au nord les gens se sentaient peut-être moins libres, plus contraints et n’en souffraient pas plus que ça car c’était comme ça que leurs pieds étaient dressés, domptés, rendus dociles.

Cette année, elle avait résisté aux matinées un peu fraîches. Les soirées à l’extérieur c’étaient faites rares. Et puis pas de retour vers le grand froid au programme, pas de voyage là où ce n’est plus une question de choix ou de confort, mais plutôt une question de survie…

Ce matin, elle avait voulu sortir ces petites ballerines achetées en solde l’été dernier et jamais encore portées. La chaleur faisait timidement son retour. Bientôt il ne serait plus question de les enfiler jusqu’à l’année prochaine.

Ce matin, dès qu’elle y avait glissé le pied, elle sentait que c’était une belle erreur, que ses pieds avaient bien trop pris leur aise pour accepter sans rechigner cette petite coquetterie.

Maudites chaussures fermées…

Classique

Plus qu’un classique. LE rendez-vous de la journée !

Du matin au petit soir, il ne se passe pas grand chose. Chacun vaque à ses occupations à la maison, dans les champs. Les habitations sont éloignées les unes des autres. Certains ne croiseront personne tout au long de la journée. Ou d’un salut de main de loin seulement.

Dès que le soleil commence à décliner, les jeunes ont rendez-vous au terrain pour les entraînements de football, les « moins jeunes » au « casino ».

Casino, ou clando, vous pouvez utiliser les deux. C’est le « bar » du village !

Bar est un bien grand mot puisqu’il n’y a pas de bâtiment. Ce lieu dédié a d’ailleurs plusieurs fois déménagé pour cause d’ébriété exagérée, de chipotage de familles. Il change de temps en temps d’emplacement, mais tous ses consommateurs s’y donnent toujours rendez-vous. Et où qu’il se tienne, il a toujours lieu ! Bar éphémère qui en pleine journée ne laisse aucune trace de son activité de la veille…

Quelques troncs d’arbres en guise de bancs, l’ombre des branches sert de toit. On s’assoie tous en alignement, ceux qui « entrent » au casino font le tour pour saluer tout le monde puis rejoignent un petit groupe.

Chacun ou presque vient avec son saut de 4×5.

4×5 ? faites le calcul !

Du vin de palme plus ou moins fermenté, plus ou moins chaud, que chacun s’échange, partage. Les tournées générales se passent dans le même gobelet en plastique. De grosses tasses d’1/2 litre qui passent de mains en mains. Les vapeurs montent vite à la tête !

Tout le monde fait d’ailleurs bien attention à faire circuler le contenant par la poignée car il est plongé directement dans le saut du précieux breuvage qu’il ne faudrait pas souiller…

Quelques buveurs en profitent pour vendre des cigarettes qu’ils étalent sur un minuscule tissu à même le sol. Quelques dosettes de gin aussi (conditionnées comme des mister freeze). Pour trouver les consommateurs d’alcool fort il faut souvent passer derrière une case. Si le vin se partage avec plaisir, le cocktail se consomme en comité restreint !

Au casino, on retrouve tout le village, du moins la partie chrétienne du village qui consomme de l’alcool sans complexe. Les peulhs (de confession musulmane) ne fréquentent pas l’endroit, sauf quelques conseillers élus qui profitent du regroupement. Même les chiens, fidèles compagnons, viennent s’enivrer de l’ambiance. Bien vrai que naturellement les consommateurs se regroupent par afinité, ce qui revient souvent à se regrouper par classe d’âge (les femmes âgées d’un côté, les hommes plus jeunes de l’autre…), mais c’est seulement par habitude, rien d’empêche personne de « naviguer » d’un banc à l’autre, d’un coin à l’autre du clando. C’est le moment par excellence des palabres, des transmissions d’information, des taquineries, des réunions. Une institution. Sans clando je crois bien que tout le village serait perdu ! Lieu de sociabilité de prédilection, mieux vaut tout de même passer tôt s’il s’agit d’une information importante. Pour les affaires « privées » on s’écarte de quelques mètres pour tenir de petits conciliabules, sur lesquels tout le monde tombe bien vite d’accord, le verre de l’amitié aidant. Après fermentation et consommation, les esprits s’échauffent un peu plus vite… mais toujours dans une ambiance bon enfant !

La nuit est déjà tombée sur le village, au loin le bruit de fond se poursuivra jusque tard dans la nuit, certains en oubliant même de rentrer manger… D’autres oubliant jusqu’au chemin pour rentrer jusqu’à chez eux !

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C’était ma participation au projet 52 de Ma’, toutes les autres contributions sur le thème « classique » sont regroupées ici.

Jolis vœux du bout de la nuit [bai jia bei]

Ils ont de suite adhéré au projet.

Je n’ai pas eu besoin de réexpliquer (sauf de répéter 100 fois de ne surtout pas découper un habit neuf !). Ils ont compris et aimé l’idée.

Je n’ai pas eu besoin d’en reparler, chacun était à l’heure pour livrer son  tissu et son vœu.

Il reste encore beaucoup d’amis à solliciter au village bien sûr, mais ce n’est pas  notre dernier voyage…

Alors bien sûr je n’avais aucune attente sur la qualité des cartes de vœux, on a déchiré dans les pages des cahiers, écrit pour ceux qui ne savaient pas écrire mais le cœur y était. Nous avons reçu des morceaux de 5 cm, d’autres de 1 mètre, mais on en fera notre affaire !

20150304_201823_resizedMême les enfants ont adoré le concept. Il ont eux aussi immédiatement compris, aimé l’idée et bien entendu voulu y participer ! C’est à la lueur de la torche, à quatre autour d’un cahier qu’il ont dessiné et signé de leur nom. Les autres sont déjà couchés, la prochaine fois ! Papis en CP confond encore les p avec des q… Souleyman, grande section ne sait absolument pas écrire une seule lettre de son prénom. Maïmouna CE2 ne s’en sort pas trop mal mais elle ne peut pas écrire le mot vélo, école ou voiture dans son vœu, seulement son prénom et son nom. Je remarque tout de même qu’ils utilisent les couleurs avec facilité, ce n’était pas le cas des enfants du même âge il y a quelques années ! Il y a encore du boulot, mais ce soir, alors qu’on profite d’une agréable brise fraîche, on n’est pas à l’école, alors place au vœux… Quelle rigolade ! Ils souhaitent à Michoco de conduire un vélo, non une voiture, le débat est lancé !! Et ne pas oublier de bien apprendre à l’école… On note tout ! Et on parle de leurs vœux à eux aussi : conduire un vélo, apprendre à l’école, pour la voiture, le mot est lancé mais personne n’ose trop y croire, pourquoi pas une moto… Moi je leur souhaite des ailes pour qu’ils osent croire à leurs rêves !

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20150314_145453_resizedChez les plus grands, il y a ceux qui maîtrisent parfaitement l’arabe et qui n’osent pas le coucher sur papier. Quel dommage… Les langues locales sont des langues orales, pas mieux de ce côté-là donc, même si elles ont été codifiées en langue écrite, pour le vœu de Michoco ce sera en français… re-dommage… Longue vie, bonne santé, bon travail, argent, très classiques mais utiles pour mon petit bonhomme. On aurait tendance à peut-être souhaiter du bonheur avant tout, mais il a l’air d’être plus évident par ici, alors on n’y pense même pas !

20150314_145541Au moment des adieux , le papa de mon homonyme s’éclipse pour revenir quelques minutes plus tard avec… un magnifique vœu ! Je suis assez bluffée, je le taquine : « en fait tu n’es pas maçon, tu es poète !! ». Ecriture magnifique, mots bien choisis, j’étais déjà émue de partir, mais alors là… « Je veux quand Michoco grandisse qu’il soit partenaire avec tout le monde, un homme célèbre à travers le monde entier et qu’il soit ami de tous les hommes. Surtout un homme sentimental. Bonne chance. » Sentimental, je sais qu’il l’est aussi…

Finalement, c’est assez universel, on souhaite toujours un peu aux autres ce que l’on est ou ce que l’on voudrait soi-même être ou avoir !