Deuxième femme

femme-africaine-triste-720x340C’est en la voyant ce matin, perdue dans ses pensées, accroupie sur les marches de la porte d’entrée, recouverte de son voile pour se protéger de la fraîcheur du matin, que j’ai compris.

Il y a 6 ou 8 mois de cela j’ai entendu des éclats de voix dans la cour des voisins.

Des bruits, des cris, des pleurs, il y en a souvent qui se mêlent aux rires et aux discussions animées, mais un éclat de voix comme celui-ci c’était la première et la dernière fois.

J’ai entendu des menaces de quitter la maison. Par la fenêtre j’ai vu une mère qui tirait ses enfants jusqu’à ce que ses parents fassent barrage de leurs corps devant le portail.

Je n’ai pas entendu sa voix à lui, le mari, mais il était là, serein, à attendre dans le salon que sa femme revienne à la raison, ou qu’on la fasse revenir à la maison/raison.

J’ai appris peu de temps après qu’il avait décroché un emploi à Bamako. En Afrique ce n’est pas rare de devoir quitter le foyer familial pour aller occuper un emploi mieux qualifié, mieux payé, qui permettra de subvenir aux besoins de la famille.

Il a quitté depuis quelques mois la maison maintenant, il reviendra pour des congés, dans un an peut-être ou pour la prochaine fête religieuse, mais le loyer est payé, le bol est servi aux heures des repas, les factures sont honorées.

Ce matin, en croisant le regard mélancolique de ma voisine,  j’ai enfin compris ce que personne ne m’a dit, ce qui ne se raconte pas : il y a aussi derrière cet unique éclat de voix qui résonne encore dans la nuit, derrière cette absence du mari, une deuxième femme…

 

(l’image vient de )