Les coquettes

20150318_112410_resizedAujourd’hui elle se sentait comme ces petites chinoises du siècle dernier aux pieds ridiculement enlacés. Ou comme ces petits rats de l’opéra qui rêvaient de poser leurs orteils sur des steaks bien frais.

Dès qu’on dépassait les 6 mois, cela devenait plus insupportable. La peau frottait, les ongles se cognaient, les sangles s’enfonçait dans la chaire jusqu’à la meurtrir.

Ses pieds étaient confinés. Ils avaient passés plusieurs mois libres. Libres de respirer, libres de gesticuler, libres de s’étaler.

Plus au nord les gens se sentaient peut-être moins libres, plus contraints et n’en souffraient pas plus que ça car c’était comme ça que leurs pieds étaient dressés, domptés, rendus dociles.

Cette année, elle avait résisté aux matinées un peu fraîches. Les soirées à l’extérieur c’étaient faites rares. Et puis pas de retour vers le grand froid au programme, pas de voyage là où ce n’est plus une question de choix ou de confort, mais plutôt une question de survie…

Ce matin, elle avait voulu sortir ces petites ballerines achetées en solde l’été dernier et jamais encore portées. La chaleur faisait timidement son retour. Bientôt il ne serait plus question de les enfiler jusqu’à l’année prochaine.

Ce matin, dès qu’elle y avait glissé le pied, elle sentait que c’était une belle erreur, que ses pieds avaient bien trop pris leur aise pour accepter sans rechigner cette petite coquetterie.

Maudites chaussures fermées…