une main qui fait du bien

sénégal gilles janvier 2014 10136h30.

J’ouvre les yeux. Je suis perdue. J’ai la tête qui tourne. Fort. Vite. La nausée monte, des crampes de ventre aussi.

Ça ne va pas. J’essaies de refermer les yeux. Ça ne va pas mieux. Mes jambes sont engourdies.

Je frissonne, je grelotte. Je voudrais sortir de ce corps qui me fait mal.

Je tâtonne sous la couette à la recherche d’un repère.

Je trouve une main chaude. Je l’enlace, elle me répond en serrant un peu mes doigts.

Je comprends que je suis malade, que je le serai toute la journée, mais je me sens mieux. Un peu. Beaucoup.

Je me sens mieux et je pense à mon petit loup. Je pense à lui qui m’appelle parfois (très rarement) à 5h, 6h ou 6h30 à au lieu de ses 7h30, 7h45 ou 8h habituels.

Quand ça arrive je râle, me plains, m’agace alors qu’il se réveille seul, perdu, peut-être en grelottant, en transpirant ou en ayant mal au ventre. Il se réveille probablement d’une manière qui ne lui plaît pas. Je devrais savoir qu’il cherche un repère, que ce repère, c’est moi. Je me lève, j’y vais toujours, mais sans conviction, et en râlant contre la journée qui commence mal, alors que lui a tout simplement besoin de la main de sa maman, de sa chaleur, de sa voix pour savoir que même si ça ne va pas, ça va aller quand même !

Pardon mon petit loup de ne pas toujours savoir être à l’écoute de tes besoins, des besoins tout simples, des besoins tout doux.

 

(la photo est de mon ami Gil)

Publicités

dans le miroir du zèbre

zèbres métisses

extrait du livre Rire contre le racisme – collectif (Jungle, 2006)

Avant d’être inspirée pour écrire le Destin du zèbre (ici), je voulais surtout écrire un texte pour vous raconter une observation qui est devenue une drôle d’évidence.

Souvent les gens, inconnus, proches, familles, aiment commenter à qui ressemble votre enfant. « C’est le portrait de sa mère tout craché », « oh lala, qu’est-ce qu’il ressemble à son père ! » J’avoue que certains enfants sont vraiment des mini-photocopies de l’un de leurs parents, d’autres sont un savant mélange évolutif où chacun y voit ce qu’il veut.

Avec un papa noir et une maman blanche, nous avions de grandes chances pour que notre enfant se trouve dans la seconde catégorie… voire dans une troisième catégorie : il ne ressemble à personne !

Ce que je n’avais pas réalisé, c’est que dans le « chacun y voit ce qu’il veut », la question de nos origines respectives serait ultra-prépondérante.

99,99% des noirs trouvent que Michoco me ressemblent (sauf quand ils doivent le dire devant son papa, ça doit être un truc culturel de toujours dire devant le papa que son enfant lui ressemble !!).

99,99% des blancs trouvent que Michoco ressemble à son papa.

Et pour les gens concernés de près ou de loin par le métissage, c’est 50-50 !

Evidemment, entouré de noirs Michoco fait très blanc et entouré de blancs Michoco fait très noir… Et au milieu des métisses, Michoco fait très métisse !

En fait les gens voient en Michoco ce qui ne leur ressemble pas, ce qu’ils ne connaissent pas, les traits de l’Autre. Ils n’en sont pas à observer la forme de ses yeux, l’arrondi de son menton, l’incurvation de son nez ou l’épaisseur de son ossature. Ils ne le voient pas en détail, ils le voient en gros. Et en gros, ils ne se voient pas en lui, ils voient l’Autre !

Depuis que j’ai fait cette constatation, je m’amuse parfois à demander aux gens s’ils le trouvent noir ou blanc. Bizarrement, et alors que ça me semblait vraiment d’une évidence tellement… évidente, très peu me répondent « ben il est métisse ! ».

Les blancs le voient noir. La palme revient à ma grand-mère à qui j’ai envoyé une photo de Michoco et son cousin-jumeau sénégalais du même âge (ils ont un jour d’écart), elle était persuadée que Michoco était le bébé noir !!

Les noirs le voient blanc. D’ailleurs les enfants qui ne le connaissent pas dans la rue l’interpellent par un « toubab » (qui désigne les blancs). Quant aux adultes, quand je dis son nom de famille, ils s’étonnent « ah bon, il est sénégalais ?! ». Son papa étant rarement à nos côtés pour le confirmer, ils ne semblent y croire qu’à moitié !

J’ai dit 99,99% car une dame blanche est venue un jour, limite scandalisée, nous aborder Michoco et moi sur la plage : « il faudrait penser à le protéger du soleil Madame, vous allez lui abîmer la peau à le laisser bronzer comme ça ! ». ça devait être une Africaine refoulée !

Et bien vous savez quoi, moi je trouve surtout que Michoco ressemble avant tout à lui-même !

Mon unique !

Même s’il me ressemble beaucoup quand même…

Sauf quand il fait la mou comme son papa bien sûr !

Ou bien est-ce l’inverse ?!

Ah ah ;-)

le destin du zèbre

zèbre

Un jeune zèbre décide de partir voir le monde.

A force de traverser les steppes et les savanes, il se retrouve au milieu d’un troupeau de pur-sangs noirs. Ils sont élancés, fins, majestueux, ils sont impériaux et le zèbre, se retournant sur son échine zébrée, gonfle la poitrine. De son zébrage il ne voit que le noir. Il se sent chez lui ici. « Tu n’es pas noir, élancé, fin et majestueux comme nous » lui lancent les pur-sangs, « tu es blanc ».

Déçu, le zèbre poursuit son chemin, il atteint des prairies d’herbes vertes, continue sur les hauts plateaux et se retrouve au beau milieu d’un troupeau de chevaux sauvages blancs. Ils sont robustes, fougueux, ils ont la crinière soyeuse et le poil vif. Le zèbre, se retournant sur son échine zébrée, reprend du courage. De son zébrage il ne voit plus que le blanc. Il se sent chez lui ici. « Tu n’es pas blanc, robuste et fougueux, ta crinière n’a rien de soyeuse et ton poil n’est pas vif comme le nôtre » lui lancent les chevaux sauvages, « tu es noir ».

Le zèbre passe sa route, la larme à l’oeil. « Si je ne suis pas noir, si je ne suis pas blanc, que suis-je alors ? »

Il repart de plus belle à travers le monde, rencontre des troupeaux de zèbres blancs à rayures noires qui pensent qu’il est un zèbre noir à rayures blanches. Plus loin il fait la connaissance de zèbres noirs à rayures blanches qui lui affirment le contraire. Il aurait juré que ces deux troupeaux se ressemblaient traits pour traits, mais personne ne veut en entendre parler. D’ailleurs ces deux troupeaux ne se parlent plus depuis des décennies, chacun se trouvant plus beau, plus valeureux que l’autre sorte de zèbre…

« C’est à n’y rien comprendre, si je ne suis pas non plus blanc à rayures noires, ou noir à rayures blanches… Si seulement j’avais eu la chance de connaître mes parents… »

Seul au monde, le jeune zèbre dont personne ne reconnaît la filiation, se résigne à une vie d’ermite.

Sur sa route un vieux rhinocéros l’interpelle : « Tu as l’air bien triste ? Que t’arrive-t-il ? »  » Je ne sais pas de quelle couleur je suis, je ne sais pas d’où je viens, je ne sais pas où je vais », lui répond le jeune zèbre. Le vieux rhinocéros l’invite à s’assoir sous l’arbre à palabres, éclaircit sa voix et le regarde avec une profonde bienveillance.

« Tu as la plus belle parure du monde, les animaux noirs envient tes rayures blanches, les animaux blancs ne rêvent que de tes rayures noires, les animaux tout gris, comme moi, aimeraient te ressembler. Non seulement tu es élancé, fin, majestueux, impérial mais en plus tu es robuste, fougueux, ta crinière est soyeuse et ton poil est vif. J’ai connu ton père, j’ai connu ta mère, un pur sang et un cheval sauvage qui se sont tant aimés que leur couleurs se sont mélangées jusqu’à dessiner les lignes de leur destin sur ton pelage.

Ne te soucie pas de ce que peuvent penser les autres. Trouves-toi beau pour ce que tu es. Puises ta force dans chacune de tes ressemblances, dans chacune de tes différences. Et joues-toi de tes rayures. Si tu es fier de ce que tu es, tu seras accepté et pourras te faufiler aussi bien au milieu des troupeaux de pur-sangs, que parmi les chevaux sauvages. Les zèbres noirs et les zèbres blancs ne jureront que par toi également. Tes rayures te permettront de passer inaperçu ou de te faire remarquer à ta guise. Fin parmi les fins, fin parmi les robustes, robuste parmi les fins, ou robuste parmi les robustes, tu peux être ce que tu veux, quand tu le veux. Tu es partout chez toi.

Alors n’oublie jamais ceci : les lignes de ton Destin c’est toi qui les écris sur ta peau. »

 

à mon ami Philippe Barry et à mon fils, qui chaque jour m’inspirent le meilleur.

chers messieurs qui êtes assis sur vos chaises

20140912_181237_resizedChers messieurs qui êtes tranquillement assis sur vos chaises,

Je ne sais pas si vous vous adressez à moi parce que je suis blanche,

Je ne sais pas si vous vous adressez à moi parce que vous pensez que c’est la première fois que j’emprunte cette rue (même si on passe devant vous chaque jour),

Je ne sais pas si vous vous adressez à moi pour vous donner de l’importance aux yeux des autres,

Je ne sais pas si vous vous adressez à tout le monde ainsi,

Je ne sais pas si c’est votre manière d’essayer de nouer le contact,

Parfois j’ai l’impression que c’est une manière de me faire sentir qu’ici c’est chez vous.

Je ne sais pas si vous vous en rendez compte ou pas,

Je ne sais pas ce que vous faîtes dans la vie car je vous vois toujours assis, sous un arbre, devant une porte de maison, au coin d’une rue,

Vous n’êtes ni très vieux ni vraiment jeunes,

Les vieux s’adressent à nous avec plus de sagesse,

Les jeunes s’amusent de la fougue de Michoco,

Sûrement êtes-vous aigris de votre vie, désabusés, inoccupés,

Mais j’en ai marre de vos remarques permanentes et continuelles à l’endroit de mon fils et ma façon de l’éduquer.

OUI il a le droit de toucher le sable. Notre rue, notre quartier, la grande majorité de notre ville, de notre pays est en sable. Un enfant de 20 mois peut prendre entre ses doigts une poignée de sable, il ne va pas mourir d’avoir touché du sable, en rentrant à la maison il se lave les mains, en touchant du sable il apprend à se frotter les mains ensuite, il fait la distinction entre le sable et les détritus qui jonchent la rue, il voit qu’il a le droit de toucher le sable mais qu’il n’a pas le droit de se rouler dedans en pleine rue, il comprend qu’il y a des tas de sable qui servent aux chantiers de construction, il observe les différentes textures de sable.

OUI il a le droit de porter sa poupée au dos. Porter un enfant n’est pas réservé aux femmes. Beaucoup d’hommes sur la planète portent des enfants. Vous n’avez pas connus ce plaisir sûrement. On a dû vous interdire de jouer à la poupée, mais Michoco a des poupées et il a le droit de jouer avec. D’ailleurs quand il n’est pas pris par ses voitures, ses livres, son train, il s’en occupe très bien, il pense à leurs couches, leurs repas, leur sommeil, et parfois l’envie lui prend de les emmener en promenade. Dans le pays où nous vivons les bébés sont portés au dos, il est donc naturel que les enfants cherchent à devenir grand et aient eux aussi envie de porter leur « bébés » au dos. Au lieu de l’incriminer, de le cantonner dans un rôle, de le faire se sentir coupable, vous devriez être fiers. Fiers de voir se perpétuer ce portage africain. Fier d’imaginer que si on laissait plus de garçons porter des poupées au dos, il y aurait sans doute moins de guerre sur terre.

OUI il a le droit de monter sur une margelle. Il a conscience de ses capacités, des dangers, et lui donner confiance en lui augmente ces capacités. Vous ne le connaissez pas et vous préjugez déjà de ses possibilités ou bien préjugez-vous d’avance de mes capacités à être mère ?

OUI il a le droit de ne pas savoir lire. Il a 20 mois, alors 20 mois ça ne vous parle pas forcément, mais en tout cas il a moins de deux ans et il n’est né avec la capacité de savoir lire ! Il est comme tous les autres enfants, il apprendra, quand son temps sera venu. Mais je ne peux même pas vous répondre car vous demandez à un enfant de 2 ans la capacité d’un enfant de 8 ans et vous prenez un autre enfant de 10 ans pour un bébé de 3 ans. La notion des âges semble être un concept un peu obscur pour vous. Peut-être n’avez-vous jamais été vraiment impliqué dans l’éducation d’un enfant. Peut-être auriez-vous tout simplement besoin de lunettes, mais je ne suis pas ophtalmo !

OUI il a le droit d’observer les chevaux, les chats, les chiens, les moutons. Ils font partie de notre quotidien, ils habitent dans le quartier tout comme nous. Alors plutôt que de leur jeter des pierres comme font les autres enfants, ce qui a pour conséquences de rendre les animaux agressifs et dangereux, il me semble plus intelligent de « cohabiter », les saluer, s’intéresser à leur mode de vie, à leur façon de manger, de faire pipi. Je conçois que vous n’aimez pas les animaux, mais nous on les aime bien !

OUI il a le droit de s’habiller léger. Nous vivons dans un pays où il fait chaud, et ce n’est pas parce que vous préférez la beauté, l’apparence au confort que je dois faire porter des sweets à manches longues et à capuche par 40 degrés. Non, avec un short et un marcel il ne va pas prendre froid, ne vous inquiétez pas pour lui. Et quand bien même il tomberait malade, ce n’est pas vous qui allait le veiller la nuit, si ?

OUI il a le droit d’observer les fleurs. Nous savons que certaines fleurs ont des épines, mais ça nous fait plaisir de les regarder, de les sentir, de les toucher. On peut comprendre que ce n’est pas votre truc, mais laissez-nous tranquille !

OUI il a le droit de venir vous parler. Ou pas. Ce n’est pas parce Michoco vient vous dire bonjour un jour qu’il doit passer vous dire bonjour tous les jours. Parfois il a envie de converser avec vous, parfois il est pris dans autre chose et un petit geste de la main suffit. On n’a pas d’obligations envers vous. Si ce n’est un minimum de politesse, ce que je m’efforce de lui inculquer. Maintenant si vous tenez absolument à nous parler, vous pouvez aussi vous lever et venir à notre rencontre au lieu de nous siffler comme des chiens.

On dit qu’en Afrique ça prend tout un village pour éduquer un enfant…

Quand Michoco était bébé, c’était les vieilles femmes. Il ne fallait pas le porter devant en écharpe, il fallait lui donner à téter toutes les 3 minutes 50, il fallait faire si, pas ça. La couche comme ça, le bonnet comme si. Quoi à 2 semaines vous ne lui faîtes pas porter de chaussures ? Nous on sait, pas toi… et blabla bla et blabla bla… Et voilà que Michoco grandissant vous vous y mettez aussi ?!

Je veux bien que vous lui transmettiez votre langue, vos coutumes, vos rires, vos débats, vos histoires, vos salutations, un peu de vous, certains de vos secrets, mais s’il vous plaît, vos conseils de rue gardez-les parfois pour vous !  Réfléchissez avant de parler. Se permet-on de vous dire que vous êtes trop couvert, que vous seriez mieux assis sur une chaise verte ou que vous risquez de tomber sur les pierres à côté de vos pieds ?!

Michoco a soif de vivre, soif de découverte, soif des autres, de tout ce qui l’entoure. Il s’en nourrit pour grandir. Notre promenade de fin d’après-midi est un plaisir. Notre petit plaisir à tous les deux que nous partageons avec joie au hasard de nos rencontres avec les gens, les enfants, les vieux, les jeunes, les commerçants, les fleurs, les animaux, etc. J’épanche sa soif, je lui donne envie, je fais de mon mieux pour l’accompagner dans ses aventures et ses apprentissages. Peut-être préféreriez-vous qu’il soit comme vous, les fesses assises sur une chaise à longueur de journée ?

Je veux bien accepter, écouter, entendre les remarques de ceux qui apporteront leur petite pierre à l’édifice, qui se lèveront pour nous montrer quelque chose, qui se mettront à la portée de Michoco pour lui expliquer quelque chose, qui auront quelque chose à partager, à nous transmettre.

Sur ce, Messieurs qui ne lèveraient pas les fesses de vos chaises, je vous laisse, j’ai un petit arbuste à arroser…

 

il a lâché ma main et j’ai su

plume en volA la seconde où nous avons franchi la porte de l’école, j’ai su.

J’ai su que tout se passerait bien

A cette seconde précise, j’ai oublié la panique ce matin car le gardien nous avait enfermé à l’intérieur de la maison. J’ai oublié l’engueulade avec grand choco à propos du gardien et des clés de la maison. J’ai oublié que Michoco n’a pas voulu avaler une goutte de son biberon. J’ai oublié l’énergie qu’il m’a fallu déployer pour que tout se passe de manière agréable, fluide et efficace dans cette nouvelle organisation matinale.

A cette seconde précise où nous avons passé la porte de l’école, il a lâché ma main.

Il a lâché ma main et j’ai su.

Je suis devenue sûre, intimement persuadée que tout se passerait bien.

Pour lui.

Pour moi.

Il a pris son envol, et je n’avais pas peur.

Je l’ai laissé ouvrir ses ailes. S’éloigner de moi.

Je n’ai pas retenu sa main dans la mienne, j’ai juste laissé ses doigts glisser le long de ma paume pour profiter de cette dernière caresse. Une plume. Une caresse que je n’oublierai jamais. Celle de sa première rentrée à l’école.

Peu importe ce que je pourrais dire, faire, nous avons déjà fait notre rentrée. Au moment même où il a franchi la porte de l’école. Au moment même où il a lâché ma main. Au moment même où je l’ai laissé aller.

une dose d’ocytocine et d’opioïdes apaisants ?

illustr-isabellefilliozatDepuis quelques temps j’ai découvert une nouvelle couleur : le rouge colère !

Comme à chaque difficulté que je pressens être une « phase » dans l’évolution de Michoco, je ressors ma petite bible : « J’ai tout essayé ! » d’Isabelle Filliozat

Page 81 : Il hurle à la moindre frustration

je lis le premier paragraphe :

Que son frère lui prenne un jouet ou que vous lui refusiez quelque chose, la perte vous semble minime, mais pour son cerveau encore immature et incapable de relativiser, c’est un drame.

C’est lui ! Elle ne le connait pas, mais elle parle de Michoco ! Lui reprendre un stylo des mains, c’est comme le poignarder en plein cœur. Refuser de lui donner un objet, mieux vaut sortir les boules quiès… Michoco s’affirme, sait ce qu’il veut et ce qu’il ne veut pas et le fait savoir… C’est fatiguant car je garde la même ligne de conduite sur les choses autorisées, interdites, les limites sont claires, mais Michoco pique des colères, hurle, pleure jusqu’à en être inconsolable, de grosses larmes roulent sur ses joues, viennent éclabousser le carrelage. Il veut un câlin et me repousse en même temps avec ses pieds. Il veut que je lui sèche les larmes et en même temps repousse ma main avec vigueur.

En pensant à la glace qu’il espérait, son cerveau a fabriqué de la dopamine et des enképhalines, molécules du plaisir et de l’anticipation de la récompense. Quand vous refusez de la lui donner, le taux de ces molécules chute brutalement et déclenche une réaction d’agression vers le premier objet ou la première personne présents. L’enfant frappe ou crie en manière de protestation par simple immaturité des circuits dans la zone du plaisir, de l’agression et les zones qui maîtrisent les impulsions. La perte active les centre de la douleur dans le cerveau et provoque une chute fulgurante du taux de peptides opioïdes. Il a besoin d’apprendre à traverser ces émotions sans en avoir peur.

Après plusieurs tentatives : refus, compassion, consolation, explication, ignorance, dérision, diversion, je tournais en rond et mes nerfs étaient en pelote… Les conseils de ma petite bible m’ont fait du bien. S’ils n’ont pas réglé complètement la situation, il m’ont donné un autre éclairage, une autre façon de penser et de voir la chose.

Manifester de l’empathie sera plus efficace que de consoler. Il a le droit de pleurer ! Il a vraiment mal et son cerveau est sous stress. Le pleur décharge la tension. Une fois la forte vague passée, vous pouvez diriger son attention vers autre chose. Si l’émotion le déborde ou se montre intense, vous interviendrez en le prenant dans vos bras pour le recharger en ocytocine et opioïdes apaisants.

J’apprends même dans la note de bas de page que « chimiquement proches de la morphine, les peptites opioïdes, synthétisés dans le corps cellulaire du neurone, sont qualifiés de morphine endogènes ou d’endorphines. Ces peptites interviennent essentiellement dans le contrôle de la douleur. » Waouh… ça va loin cette affaire !

Finalement à renfort d’empathie, de « oui, je comprends, tu as le droit d’être en colère », puis d’ocytocine et d’opioïdes apaisants, les crises semblent durer moins longtemps, être moins fréquentes. Est-ce moi qui les supporte mieux ? les comprend mieux ? J’arrive parfois à devancer ses crises en lui expliquant que je comprends qu’il a envie de ça, mais qu’actuellement ce n’est pas possible et en lui proposant une solution alternative ou une autre activité, avant que ça déborde.

Une petite victoire sur cette couleur du diable… Ma dose d’ocytocine et de peptites à moi !

 

couv-isabellefilliozat-jaitoutessayeJe conseille à tout parent la lecture du livre d’Isabelle Filliozat, illustré par Anouk Dubois :
« J’ai tout essayé ! » Opposition, pleurs et crises de rage : traverser la période de 1 à 5 ans, 5,99€ aux éditions Poche Marabout.
Un petit bouquin illustré et rempli d’éclairages et surtout bourré de petites astuces pratiques et très concrètes pour désamorcer les bombes !

mon interview parentalement… incorrecte !

titre_6234856

 

J’aime bien l’idée qu’on est avant tout des parents imparfaits…

Je me suis donc prêtée au petit jeu de « l’interview parentalement… incorrecte » que je vous invite à venir découvrir ici !

Si à votre tour vous voulez vous prêtez au jeu… ne vous gênez pas, je serai ravie de lire vos réponses !

 

ps : Bien entendu ça n’enlèvera rien au fait que vous êtes tous parfaits à mes yeux ! (parfaitement imparfaits…)

ps 2 : Je précise que les réponses de papi chic et mamie choc m’intéresseraient tout particulièrement !!! y’a pas d’âge pour répondre ;-)

 

bien dans ses pompes !

Hier j’ai eu droit à un super défilé… de chaussures !

Michoco a découvert qu’il pouvait enfiler les chaussures et marcher avec !

En fait, cela fait plusieurs jours qu’il tente désespérément avec les tongs de tout son entourage (oui, on est un peu en mode tongs toute l’année ici, vous aviez oublié ??!). Il faut bien avouer que marcher avec des tongs, ce n’est pas évident du tout, alors imaginez-vous avec des tongs taille 218, c’est pire que de marcher avec des palmes…

Il s’était donc découragé de l’essayage de tongs, jusqu’au retour de son papa… car les chaussures de papa, c’est le pied !

Comme on s’est bien amusé, on partage les 3 modèles essayés, pourquoi s’arrêter à un seul ?

20140515_164633

Chaussures de ville…

20140515_165340

Chaussures du week-end…

20140515_175648

Chaussures d’été…

Elles lui vont toutes comme un gant, non ?

Il a découvert qu’en plus c’était drôle ! Et qu’en plus tout le monde le regardait !

C’est vraiment sympa d’observer michoco imiter son entourage ! La présence de son papa lui donne l’occasion de pleins de nouvelles imitations…

En ce moment il demande aussi à choisir ses chaussures. Le matin par exemple, si je lui enfile ses nus-pieds, il fait non de la tête et me montre ses baskets ! L’après-midi, c’est l’inverse ! Un incontournable : ses chaussons, bien qu’on les abandonne de plus en plus pour rester pieds nus, petit à petit le thermomètre grimpe… On passe au moins 10 minutes devant les chaussures où il me désigne une par une à qui appartienne les chaussures. Il fait même exprès de faire des erreurs parfois, rigolant dans sa barbe, pour me faire des petites blagues… (et vérifier si je suis bien entrain de suivre ce qu’il me dit… « oui chéri, ce sont les chaussures de maman… » … « oui chéri… ce sont… zzzzzzzz… ronflements, soupirs… hein ? euh… oui chéri, ça c’est à papa »… )

Bientôt la saison des bottes de pluie ! Et là il pourra essayer les miennes ! (parce que Papa il est bien gentil, mais quand il part, il emmène ses chaussures avec lui !)

l’étoile filante et la petite graine

256ptIl y a deux ans déjà !

Le 1er janvier 2012, vers minuit trente, « madame a accouché, elle est à la maison mais on ne trouve pas l’infirmier ». C’est une connaissance. Sa femme vendait au petit marché qui s’était formé pour la saint-sylvestre il y a à peine 2 heures… et elle a déjà accouché ?? J’accompagne mon ami agent de santé habilité. On s’arrête au dispensaire prendre une lame de rasoir, de l’alcool, des compresses. 20 minutes de marche pour rejoindre une maman et un tout nouveau bébé encore attaché ! On arrive sous un toit de paille, des murs en cailloux, à la lueur d’une lampe torche, au fin fond du bout du monde (puis tourner au 3ème champs à droite après le baobab).

Je coupe le cordon ombilical ! J’avais déjà eu la chance de vivre plusieurs naissances au village, mais un bébé de la nuit du nouvel an, c’est trop magique ! Surtout que celui-là a toute une histoire, son deuxième prénom c’est « signature » (un jour je vous raconterai !).

Les autres enfants reviennent se coucher à côté de la maman et de leur nouveau petit frère. On est bien loin de notre technologie, nos procédures… On laisse la famille. Retour sous le silence des étoiles. Petit vœu : moi aussi je veux un bébé pour 2012 ! J’avais déjà prévu mon coup puisque j’avais arrêté mon contraceptif le mois d’avant. Mais un vrai vœu de nouvel an, avec de vraies étoiles filantes, c’est la classe !

Mémo S_09Ca s’engage plutôt mal, le premier trimestre 2012 trouve le Sénégal (et grand choco) en pleine campagne présidentielle… Par mont et par vaut, mon coup de vent chocolaté se pointe tous les 36 du mois au mauvais moment, mois 1 raté, mois 2 à l’eau, mois 3 abonné absent…

Dis-donc grand choco, mon rétro-planning 2012… x ième mois + 9 mois à venir = 2013… ça ne va pas du tout ça !

Mois 4. Je lui écris un petit mémo envoyé sur son tout nouveau joujou smartphone, nous sommes vendredi 13 avril, quoi de mieux pour appeler la chance ? Je m’y prends quelques jours en avance, espérant que cette fois-ci il ne va pas me filer entre les doigts au dernier moment ! Pour bien faire, je le kidnappe et l’enferme dans une chambre d’hôtel en France, histoire d’être sûre que cette fois-ci il n’aura plus d’excuses pour ne pas passer à la casserole au bon moment !!! Là vous allez croire que je suis un tyran, mais j’ai fait ça en douceur et il était parfaitement consentant !

Au moins ce mois-ci il y a un résultat à attendre !

Retour à Dakar. La grand-mère de grand choco est hébergée chez nous pour subir une opération de la cataracte, la maman et l’oncle de grand choco l’accompagnent. A peine entrée dans la chambre pour la saluer, elle me dit que je vais avoir un bébé très bientôt, et que ce sera un garçon. Je ne me rappelle plus si c’était avant ou après son opération des yeux, mais quelle claire-voyance !

Quelques jours passent, je traque tous les signes annonciateurs, mais je crois qu’ils sont plus le fruit de mon imagination que de réels symptômes… Je piaffe d’impatience… Mais règles c’est pour demain, mais je ne peux plus attendre. Je file au toilettes. J’avais déjà acheté un test de grossesse (complètement zinzin la fille…).

PaperCamera2012-04-28-08-45-06Le test est positif !

Grand choco est sous la couette, il dort. Mon cerveau se déconnecte. Mes mains tremblent, je refais la mise au point sur le résultat du test. 2 traits. Je dois faire au moins 28 aller-retours entre la chambre et la salle de bain (notre salle de bain est dans notre chambre, ce qui facilite les déplacements !). Prends le test dans les mains, le repose, reviens, souris, souffle, repars. Le prends en photo. Relis la notice.

Je réussis à reprendre un peu mes esprits (juste un peu car je crois que jusqu’à présent, deux ans plus tard, je n’ai pas encore réalisé !!!). Je me glisse sous la couette, glisse ma main dans celle de grand choco. Elle est toute chaude sa main. « Chéri ? Mmmmmm… ? Tu vas être papa ! Ah bon ? silence (mais il me tient toujours la main et son « ah bon ? » avait des trémolos dans la voix !). C’est sûr ça ? » Je lui glisse le test dans la main. Il ouvre un œil, sourit et se rendort.

Rendez-vous est pris avec une mini-crevette (qui s’appellera bien plus tard michoco) pour… mi-janvier 2013 !

Finalement Michoco est bien venu en 2012 ! Le 21 décembre, vous savez, le jour annoncé comme la fin du monde / début d’une nouvelle aire par les incas mayas. Et nous sommes sortis de la maternité le 24 décembre en début de soirée, un vrai cadeau de Noël !

Alors, vous pensez toujours que les étoiles n’y sont pour rien ??!