Lat Dior, Roi du Cayor

lat-diorCe week-end au centre hippique Grand Choco s’est émerveillé devant un cheval qui s’appelait Lat Dior.

– Quoi, mais tu ne connais pas Lat Dior ???!
– Ben non, je ne connais pas Lat Dior…
– Mais on vous apprend quoi à l’école, c’est un personnage clé dans l’Histoire du Sénégal.
– Tu sais le Sénégal quand tu es en France… On te parle vite fait de triangle de commerce (le mot esclave étant presque tabou), de colonisation et décolonisation, encore plus rapidement des tirailleurs sénégalais (et encore…), au milieu de l’Histoire gréco-romaine, du Moyen-Âge, des Rois de France, de la Révolution française, des guerres mondiales, mais non, désolée, je ne connais pas Lat Dior…

Il nous alors a raconté l’histoire de ce Roi du Cayor.
C’était captivant et il avait les yeux qui brillaient de souvenirs de bancs de l’école, une école bien différente de la mienne quand j’y pense. On y a appris tous les deux que 2+2 font 4 et que les adjectifs qualificatifs se conjuguent en français en genre et en nombre avec le nom commun auquel ils sont rattachés, mais on y a aussi appris des choses si différentes, dont des morceaux d’Histoire. Au fond les noms divergent, les siens me font rêver, voyager, pleurer, mais ce sont toujours des histoires d’Empire, de territoire, de pouvoir, de domination, de méchants et de gentils selon le côté duquel on regarde les choses. Peu de femmes, beaucoup de sang et quelques gens éclairés (ou pas) qui gravent leur nom dans la pierre.

Je ne suis pas assez calée en Histoire sénégalaise pour savoir si l’histoire de ce personnage a vraiment compté dans l’Histoire ou si c’est l’Histoire qui avait besoin à un moment de se fabriquer ses histoires et ses héros. Mais là c’est un débat universel et on dérive sur la Philosophie, alors revenons à notre histoire !

Madame Gaou nous rappelle à sa sauce que ce mois-ci en Amérique du Nord c’est le mois de l’Histoire des Noirs. Oui Madame Gaou, mieux vaut un peu que rien du tout… mais oui : dans quel monde vivons-nous pour être obligé de donner une couleur à l’Histoire… Je vous invite à aller lire son article ici, tout y est dit !

– Tu vois, maintenant je connais Lat Dior. Les pommes Cayor auront un goût d’Histoire et je ne regarderai plus Malaw le cheval de notre quartier de la même manière depuis que je sais qu’il est l’homonyme d’un des chevaux de Lat Dior ! Alors heureusement que tu es là pour m’en parler. Tu raconteras à Michoco un jour, hein ?! Et demain si tu veux je te raconterai qui est Jean Jaurès.
– Jean qui ?!

Merci M’dame Gaou, moi aussi je vais m’atteler à ce que Michoco comprenne bien toutes les nuances de l’Histoire ;-)

 

Pour tout savoir sur Lat Dior (je sens que ça va en passionner certains !) : wikipédia, au-senegal (l’illustration vient d’ailleurs de là). Intéressant d’observer en poursuivant les recherches sur d’autres liens Google de voir comment chacun se raconte l’Histoire à sa façon…

dans le miroir du zèbre

zèbres métisses

extrait du livre Rire contre le racisme – collectif (Jungle, 2006)

Avant d’être inspirée pour écrire le Destin du zèbre (ici), je voulais surtout écrire un texte pour vous raconter une observation qui est devenue une drôle d’évidence.

Souvent les gens, inconnus, proches, familles, aiment commenter à qui ressemble votre enfant. « C’est le portrait de sa mère tout craché », « oh lala, qu’est-ce qu’il ressemble à son père ! » J’avoue que certains enfants sont vraiment des mini-photocopies de l’un de leurs parents, d’autres sont un savant mélange évolutif où chacun y voit ce qu’il veut.

Avec un papa noir et une maman blanche, nous avions de grandes chances pour que notre enfant se trouve dans la seconde catégorie… voire dans une troisième catégorie : il ne ressemble à personne !

Ce que je n’avais pas réalisé, c’est que dans le « chacun y voit ce qu’il veut », la question de nos origines respectives serait ultra-prépondérante.

99,99% des noirs trouvent que Michoco me ressemblent (sauf quand ils doivent le dire devant son papa, ça doit être un truc culturel de toujours dire devant le papa que son enfant lui ressemble !!).

99,99% des blancs trouvent que Michoco ressemble à son papa.

Et pour les gens concernés de près ou de loin par le métissage, c’est 50-50 !

Evidemment, entouré de noirs Michoco fait très blanc et entouré de blancs Michoco fait très noir… Et au milieu des métisses, Michoco fait très métisse !

En fait les gens voient en Michoco ce qui ne leur ressemble pas, ce qu’ils ne connaissent pas, les traits de l’Autre. Ils n’en sont pas à observer la forme de ses yeux, l’arrondi de son menton, l’incurvation de son nez ou l’épaisseur de son ossature. Ils ne le voient pas en détail, ils le voient en gros. Et en gros, ils ne se voient pas en lui, ils voient l’Autre !

Depuis que j’ai fait cette constatation, je m’amuse parfois à demander aux gens s’ils le trouvent noir ou blanc. Bizarrement, et alors que ça me semblait vraiment d’une évidence tellement… évidente, très peu me répondent « ben il est métisse ! ».

Les blancs le voient noir. La palme revient à ma grand-mère à qui j’ai envoyé une photo de Michoco et son cousin-jumeau sénégalais du même âge (ils ont un jour d’écart), elle était persuadée que Michoco était le bébé noir !!

Les noirs le voient blanc. D’ailleurs les enfants qui ne le connaissent pas dans la rue l’interpellent par un « toubab » (qui désigne les blancs). Quant aux adultes, quand je dis son nom de famille, ils s’étonnent « ah bon, il est sénégalais ?! ». Son papa étant rarement à nos côtés pour le confirmer, ils ne semblent y croire qu’à moitié !

J’ai dit 99,99% car une dame blanche est venue un jour, limite scandalisée, nous aborder Michoco et moi sur la plage : « il faudrait penser à le protéger du soleil Madame, vous allez lui abîmer la peau à le laisser bronzer comme ça ! ». ça devait être une Africaine refoulée !

Et bien vous savez quoi, moi je trouve surtout que Michoco ressemble avant tout à lui-même !

Mon unique !

Même s’il me ressemble beaucoup quand même…

Sauf quand il fait la mou comme son papa bien sûr !

Ou bien est-ce l’inverse ?!

Ah ah ;-)

le destin du zèbre

zèbre

Un jeune zèbre décide de partir voir le monde.

A force de traverser les steppes et les savanes, il se retrouve au milieu d’un troupeau de pur-sangs noirs. Ils sont élancés, fins, majestueux, ils sont impériaux et le zèbre, se retournant sur son échine zébrée, gonfle la poitrine. De son zébrage il ne voit que le noir. Il se sent chez lui ici. « Tu n’es pas noir, élancé, fin et majestueux comme nous » lui lancent les pur-sangs, « tu es blanc ».

Déçu, le zèbre poursuit son chemin, il atteint des prairies d’herbes vertes, continue sur les hauts plateaux et se retrouve au beau milieu d’un troupeau de chevaux sauvages blancs. Ils sont robustes, fougueux, ils ont la crinière soyeuse et le poil vif. Le zèbre, se retournant sur son échine zébrée, reprend du courage. De son zébrage il ne voit plus que le blanc. Il se sent chez lui ici. « Tu n’es pas blanc, robuste et fougueux, ta crinière n’a rien de soyeuse et ton poil n’est pas vif comme le nôtre » lui lancent les chevaux sauvages, « tu es noir ».

Le zèbre passe sa route, la larme à l’oeil. « Si je ne suis pas noir, si je ne suis pas blanc, que suis-je alors ? »

Il repart de plus belle à travers le monde, rencontre des troupeaux de zèbres blancs à rayures noires qui pensent qu’il est un zèbre noir à rayures blanches. Plus loin il fait la connaissance de zèbres noirs à rayures blanches qui lui affirment le contraire. Il aurait juré que ces deux troupeaux se ressemblaient traits pour traits, mais personne ne veut en entendre parler. D’ailleurs ces deux troupeaux ne se parlent plus depuis des décennies, chacun se trouvant plus beau, plus valeureux que l’autre sorte de zèbre…

« C’est à n’y rien comprendre, si je ne suis pas non plus blanc à rayures noires, ou noir à rayures blanches… Si seulement j’avais eu la chance de connaître mes parents… »

Seul au monde, le jeune zèbre dont personne ne reconnaît la filiation, se résigne à une vie d’ermite.

Sur sa route un vieux rhinocéros l’interpelle : « Tu as l’air bien triste ? Que t’arrive-t-il ? »  » Je ne sais pas de quelle couleur je suis, je ne sais pas d’où je viens, je ne sais pas où je vais », lui répond le jeune zèbre. Le vieux rhinocéros l’invite à s’assoir sous l’arbre à palabres, éclaircit sa voix et le regarde avec une profonde bienveillance.

« Tu as la plus belle parure du monde, les animaux noirs envient tes rayures blanches, les animaux blancs ne rêvent que de tes rayures noires, les animaux tout gris, comme moi, aimeraient te ressembler. Non seulement tu es élancé, fin, majestueux, impérial mais en plus tu es robuste, fougueux, ta crinière est soyeuse et ton poil est vif. J’ai connu ton père, j’ai connu ta mère, un pur sang et un cheval sauvage qui se sont tant aimés que leur couleurs se sont mélangées jusqu’à dessiner les lignes de leur destin sur ton pelage.

Ne te soucie pas de ce que peuvent penser les autres. Trouves-toi beau pour ce que tu es. Puises ta force dans chacune de tes ressemblances, dans chacune de tes différences. Et joues-toi de tes rayures. Si tu es fier de ce que tu es, tu seras accepté et pourras te faufiler aussi bien au milieu des troupeaux de pur-sangs, que parmi les chevaux sauvages. Les zèbres noirs et les zèbres blancs ne jureront que par toi également. Tes rayures te permettront de passer inaperçu ou de te faire remarquer à ta guise. Fin parmi les fins, fin parmi les robustes, robuste parmi les fins, ou robuste parmi les robustes, tu peux être ce que tu veux, quand tu le veux. Tu es partout chez toi.

Alors n’oublie jamais ceci : les lignes de ton Destin c’est toi qui les écris sur ta peau. »

 

à mon ami Philippe Barry et à mon fils, qui chaque jour m’inspirent le meilleur.