Royal de Luxe : Acte 1

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Il y a quelques semaines, entre deux lignes d’un programme culturel, je lis « le Royal Deluxe bientôt à Dakar ».

J’ai l’impression de rêver. C’est une compagnie de renom. Pourquoi un simple filet si discret ? Ils la jouent en mode teasing ? Si l’information est exacte, c’est vraiment génial !

« Les Nantais cultivent le mystère jusqu’au bout, ça fait partie de leur marque de fabrique », m’explique une connaisseuse.

L’info est bien confirmée dans le programme novembre-décembre de l’Institut français. La compagnie Royal Deluxe sera présente toute la semaine précédent le Sommet de la Francophonie pour des performances orignales autour du thème « Dakar Dakar ».

Le pitch : Un pilote, égaré du dernier Paris-Dakar ayant eu lieu en terre africaine (2007), finit par arriver à Dakar et décide d’y organiser une grande course de vélo statique. Un spectacle d’ouverture, des spectacles de quartier et un final, je trépigne déjà !

Michoco sur les épaules de Grand Choco, mon attelle de cheville et moi-même nous donnons tous rendez-vous place de l’Obélisque à l’heure dite. Pas un chat. Michoco passe sous les barrières de l’installation scénique qui se résume à une grande scène et deux chevaux en bois. Mis à part un organisateur hystérique, ça n’émeut pas grand monde et surtout pas les autres enfants de moins de trois ans qui se donnent à cœur joie de passer sous les mailles du filet et de faire criser leurs parents ET l’organisateur hystérique qui s’est adjoint entre temps d’une armoire à glace sénégalaise. 30 minutes de retard. Nous décidons de descendre l’avenue. Si parade il y a, mieux vaut être en bord de route que d’attendre une heure pour rien au point d’arrivée… C’est la fête, je sers les dents pour ma cheville, trop excitée, trop curieuse de découvrir enfin cette compagnie de rue dont tout le monde me parle tant depuis des années. A peine dans le taxi, la parade arrive à nous.

En fait la parade est vraiment limitée. Le fameux pilote du pitch circule dans une baignoire sur roulettes, il est suivi de quelques tirailleurs sénégalais (hommage centenaire à la participation des tirailleurs sénégalais à la guerre de 14-18), de voitures transportant des carcasses de voiture sur leur toit et d’une machine à cracher de la mousse, effet neige.

Bon. Je m’attendais vraiment à en recevoir plein les yeux. En 15 minutes la parade est pliée. Déambulation, arrivée sur la place et discours du pilote esseulé compris. La communauté française (qui compose 80% des spectateurs) reste pantoise, les rares sénégalais qui sont venus s’ajouter aux badauds s’éparpillent sans avoir compris à quoi ils assistaient. « Avec Royal Deluxe, c’est comme ça, ils aiment l’impro, on ne sait jamais quand ça sera grandiose » commentent certains.

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Michoco redemande encore de la neige, ramasse trois cotillons au sol… S’intéresse finalement au fourgon jaune fluo du Samu qui suivait le cortège par obligation règlementaire.

L’ambiance générale est à la déception.

Nous attendons maintenant le chanteur Ismaël Lô qui en seconde partie de programme doit donner un concert. Il ne vient pas. Après 30 minutes d’attente, la fanfare militaire comble un peu. Dans l’indifférence générale, une, deux, trois chansons très… militaires. Le silence à nouveau, l’attente. La place se vide du peu de courageux et fans d’Ismaël Lô. « Ismaël Lô est en route, il ne devrait plus tarder » nous annonce au micro une voix mi-désolée, mi-suppliante ce qui ne présage rien de bon. 30 minutes plus tard, toujours rien à l’horizon, ou si plutôt, à l’horizon le coucher du soleil…

Les connaissances nous saluent. C’est décidé, nous plions nous aussi bagage.

Au moment où nous contournons la place en voiture, je crois apercevoir un 4×4 qui entre dans l’enceinte de la scène. ça doit être lui. Sur la place une vingtaine de patients… Les premières notes de musique auront je l’espère attiré un nouveau public ? Pour nous, c’est raté !

Nous avons bien fait rire les connaissances qui n’ont pas voulu venir par peur de la foule et de la cohut !

Je n’ai pas pu me rendre aux spectacles de quartier cette semaine, et je vous avoue que je me tâte encore pour le « Grande Final » de samedi…

A votre avis le Royal Deluxe va-t-il nous sortir le grand jeu ?

 

Dakar se fait belle pour la francophonie

Le XVème Sommet de la Francophonie se tiendra ce week-end à Dakar. On en a entendu parlé il y a des mois, mais concrètement il ne s’est pas passé grand chose…

ça c’était avant cette semaine. Soyez rassurés, il est maintenant impossible de passer à côté de l’évènement ! Il était temps…

20141126_122014Dimanche soir nous avons déposé grand Choco à l’aéroport. Ils étaient entrain d’installer la porte à ouverture automatique du tout nouveau salon d’honneur spécial VIP. Michoco voulait coûte que coûte donner un coup de main aux techniciens, mais il était trop petit pour se trouver dans le champs du détecteur automatique… En même temps, je doute fort qu’un des chefs d’Etat ou autres membres de l’OIF mesure moins de 1 mètre… J’ai donc fait diversion pour que Michoco change de sujet… Vexé de n’avoir pu participer au contrôle technique des portes, il a bien fait remarquer aux ouvriers que leur tas de gravas était sale et que la peinture n’était pas faite. « teinture là maman, teinture ». C’était il y a 4 jours… espérons que la peinture aura enfin tapissé les murs et séché d’ici 2 jours !!!

Sur la VDN (voie de dégagement nord), une des voies rapides de Dakar, des montagnes de gravier se sont couchées sur les terre-pleins centraux. Quelques minuscules arbustes ont été déposés ci et là. En même temps un ficus au milieu d’un terre plein de 25 mètres de large, entouré de chaque côté de 2 double voies, d’allées de dégagement, de trottoirs et contre-allées, ça fait un peu cache misère… Mais bon je suis bon public : c’est mieux qu’avant ! Je fais donc remarquer à Grand choco qu’ils auraient pu le faire depuis très longtemps, mais il me répond « s’ils l’avaient fait depuis longtemps ça aurait été sale pour le jour J ». « Ah. » C’est vrai que vu comme ça on n’a qu’à plus rien faire dans la ville en attendant le prochain jour J. Le dernier sommet de la Francophonie au Sénégal avait eu lieu en 1989… 25 ans… 2039, ça va faire long pour attendre la prochaine réfection de trottoir, non ? Je salue tout de même le sens du détail de l’équipe technique puisqu’ils ont repeints les bordures de trottoirs en blanc, c’est vraiment très chic de loin ! (de près c’est… ni fait ni à faire ! Tiens d’ailleurs ça plairait drôlement à Papi choc ça…) Alors certes les vaches errantes n’ont plus de mauvaise herbe à brouter et ont déguerpies ailleurs mais au bout de quelques jours, les détritus commencent déjà à s’amonceler sur le terre-plein…

20141126_111904Michoco était aux anges de revoir sa pirogue préférée. Elle trône au milieu d’un rond point et je ne sais pour quelle raison elle avait été retirée. La voilà à nouveau ! Ah si, au jeu des 7 différences, je crois que l’inscription « Commune de Ngor bienvenue » a été repeinte. D’ailleurs le Maire de ma commune s’est lui offert sa photo sur le tout nouveau panneau lumineux qui est tellement éblouissant que l’autre soir j’ai bien failli râter l’entrée du rond-point… Depuis, je ne sors plus sans mes lunettes de soleil, même de nuit !

20141126_114111Le plus beau reste les drapeaux qui décorent les poteaux d’éclairage. Il y a pas mal de vent en ce moment et ils s’en donnent à cœur joie pour nous montrer leurs plus belles couleurs sur fond de ciel bleu. Mon cœur a eu un petit pincement en découvrant le drapeau français, le drapeau sénégalais, le drapeau de mes amis canadiens. Je n’ai pas vu le drapeau suisse et j’en suis venue à me demander si la Suisse est membre de l’OIF, je suis partie vérifier et OUI ! J’ai aussi vu pleins de drapeaux tout aussi chatoyants qu’inconnus : un rose, un avec un soleil, des drapeaux bleus. Un point très positif : le système d’attache des drapeaux est vraiment très bien fait. ça change des trois bouts de ficelle qui servent à accrocher des drapeaux chancelants et pas flottant pour un sou des visites présidentielles officielles plus classiques. J’espère donc qu’ils vont garder la technique à l’avenir ! S’ils pouvaient également trouver l’astuce pour faire fonctionner l’éclairage solaire de nuit, ça serait vraiment parfait car les poteaux sont nombreux, servent certes à accrocher une fois tous les trois mois quelques drapeaux mais n’ont jamais éclairé la rue !

20141126_122009Sur les panneaux d’affichage, c’est la bataille des lions ! Tous les présidents de la République sur la même affiche 4×3, quelle unité, quelle force de l’Histoire et de la Démocratie… Sauf que ça, c’est sur le papier… Abdoulaye Wade (ancien président au centre de l’image) a décidé de bouder l’invitation de l’actuel Président (Macky Sall à droite de l’image) à venir participer au Sommet pour saluer le travail de leur prédécesseur : Abdou Diouf (à gauche), lui aussi ancien Président de la République du Sénégal et actuel Secrétaire général de l’OIF qui va passer le relai cette année… Son excuse : il considère que son fils est pris en otage politique en prison depuis 2 ans. Bien entendu ça passionne beaucoup plus la presse sénégalaise que le contenu du Sommet ! Pas sûre que j’aurai envie de venir faire risette aux côtés de celui qui a mis mon fils en prison, en effet ! La promo de la biographie d’Abdou Diouf passe un peu à la trappe… Et Leopold Sédar Senghor est bien au-dessus de tout ça, lui, et ça a l’air d’ailleurs de bien le faire marrer du haut de son affiche !

logo-sommet-francophonie-dakarDepuis un ou deux mois, nos bouteilles d’eau minérale sont étiquetées aux couleurs de l’évènement, ce qui enthousiasme Michoco qui entre deux imitations du rugissement du lion francophone s’entraîne à répéter les couleurs, vert, jaune, rouge ! ça me change un peu du petit bébé sénégalais à qui il fallait systématiquement donner la becquée, une cuillère pour Michoco, une cuillère pour le bébé…

Bref, on commence vraiment à voir l’effervescence ici, il était temps ! Même si on n’est que très peu concernés, nous citoyens lambda de Dakar, par les activités du Sommet… L’accueil des chefs d’Etat aura lieu hors de Dakar dans le rutilant centre des congrès qui se trouve à quelques kilomètres de la ville, tout proche du tout nouvel aéroport qui lui n’aura pu être prêt pour l’évènement (et il manque visiblement plus qu’un coup de pinceau).

Et vous le Sommet de la Francophonie, vous en entendez parler ?

A toutes fins utiles pour les visiteurs francophones qui mettraient les pieds cette semaine à Dakar, voici un petit lexique de notre français d’ici, écrit à l’occasion de la semaine de la francophonie en mars dernier (c’est ici !).

Francophonie, vous avez dit cacophonie ?

Francophonie%20communicQuand on vit dans un pays francophone, parce que l’on parle tous « français » on pense que l’on va tous se comprendre…

Et bien non !

Les langues vivantes évoluent, s’acclimatent, s’adaptent à leur contexte, leur environnement, un peu comme les êtres humains en fait.

Quand je rentre en France, on me demande si je suis étrangère car j’ai un petit accent.

Force est de constater que j’ai pris l’accent du coin : l’Africain !

L’accent, les intonations, les façons de former les phrases, les interjections, dê !

Alors voici ce que cela peut donner :

Tous les jours je vais chez le boutiquier (épicier) grâce à la dépense (somme d’argent que l’on laisse à la femme pour les dépenses du jour au marché). Je lui demande si ça va. « Ca va un peu quand même » (toujours nuancer un peu sa réponse pour ne pas montrer que ça va très bien !!), et les activités ? « ah. On est là dê ! » (ça va ; l’interjection faisant partie intégrante de la réponse).
De retour à la maison, je dois linger (faire la lessive). Je n’ai plus d’omo (lessive), je prends mon bic (stylo) pour le rajouter à ma liste de courses. Puis je commande à la dibiterie (provient de débiter la viande). J’appelle mon beau (beau-frère, beau-père), « Viens manger ! » (toute personne qui passe alors que vous êtes entrain de manger, vous l’invitez à vous rejoindre). Il me dit qu’il arrive « tout de suite », il ne vient jamais… (tout de suite voulant souvent dire plus tard…).
Avant d’enfiler mon complet (ensemble, costume), je vérifie s’il n’est pas gâté (abimé). Je pars au garage (entendez gare routière). Ca dure (ça prend du temps), alors comme je ne trouve pas de clando (taxi clandestin) et que le 7 places (taxi collectif) a crevé ses venants (pneus d’occasion venant de France) je prends départ en car rapide (qui n’a de rapide que le nom, vous l’imaginez bien !!!), il déborde de bagots (bagages en tout genre de la valise à la chèvre en passant par les roues de vélo). J’arrive finalement vers seize heures moins (seize heures moins combien ? ben seize heures moins quoi ! qui se finit bien souvent en seize heures plus d’ailleurs (ça c’est mon expression personnelle que j’ai inventé pour survivre m’adapter à la vie d’ici…)), juste le temps de faire les salutations (dire bonjour) avant la descente (fin de la journée de travail). Je demande à monter la clim (en fait ça signifie baisser la température, faut comprendre si vous ne voulez pas finir congelé ou rôti…).
Au goudron (entendez route en asphalte), je droite (tourne à droite), une petite fille me demande de lui offrir une poupée toubab (toubab vient des arabes qui disaient toubib pour dire docteur, c’est devenu le blanc dans le langage courant), une dame me demande un soutien (une aide financière), un monsieur quelque chose pour faire du thé (une aide financière !), je leur réponds « y’a pas de problème » ou alors « on est ensemble » (une bonne façon de me débarrasser d’eux en somme…).
Je sors retrouver mon deuxième bureau (mon amant/ma maîtresse !) avec lequel je fais bien attention de ne pas me faire enceinter, car je ne voudrai pas tomber en état/être en grossesse (vous aurez compris je pense). Il arrive avec son frère même père, même mère, c’est l’homonyme de son père (il porte le même prénom que son père, pas son père même père même mère, son oncle car le frère de votre père est aussi votre père, vous me suivez ?!). Il est un peu plus court/long (petit/grand) que lui. Nous sommes bien décidés à nocer (faire la fête), ça tombe bien car ça ambiance bien ! Je bois du 4×5 (faites le calcul, vous allez comprendre…).
A côté de nous, des musulmans de gauche (pas très pratiquants) qui ne consomment pas que des sucrées (coca, fanta, toute boisson sucrée notamment gazeuse…) finissent bien cadavérés (saouls)… On leur conseille de laisser (d’arrêter). Ce sont des ivoiriens, ils demandent dans quel maki (bar) ils peuvent trouver des go (filles), ce sont des Burkinabés, ils demandent la route (disent au revoir) !

logo-sommet-francophonie-dakarSinon cette semaine, j’ai pas mal traîné avec 8 québequois et c’était tout à fait exotique pour moi : je suis allée magasiner (faire des courses) avec eux, ils m’ont un peu chicanée (taquinée) sur mon chum (mari) et sur une histoire de brassière (soutien-gorge), m’ont bien confirmé que j’étais sa blonde (femme) (suis châtain…) et ont beaucoup ri quand je leur ai demandé combien ils avaient de gosses (testicules en québequois !). Y’en a même un qui avait des bibites (idées noires !). Ils m’ont demandé ce que l’on faisait pour la fin de la semaine (week-end), je leur ai répondu que la semaine était déjà finie puisqu’on était en week-end ! Et puis je me suis vraiment sentie blonde… Sinon pour le reste, je n’ai pas toujours tout compris… mais on s’enverra des courriels pour rester en contact ! Attention, leur adresse s’écrit bien avec un a commercial et non un arobase !

J’aurai appris trois choses :
la semaine passée c’était la semaine internationale de la francophonie !
en novembre 2014 le Sommet de la francophonie se tiendra à dakar !
même en Géorgie il y a un institut français (la très belle illustration du haut est issu de leur site !)

Il faut maintenant que je programme des vacances au Maroc et en Belgique pour parfaire mon français…