Fillette aujourd’hui, femme demain

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Cette fillette est peut-être juste une image, parmi tant d’autres, pour vous.

Vous pourriez la retrouver sur les pages d’une brochure de l’UNICEF en faveur de la scolarisation des filles ou sur un catalogue touristique pour vous vendre un séjour en Afrique.

Moi je la connais, je l’ai même vu naître ! Elle porte d’ailleurs mon prénom. Sacré hommage, sacrée responsabilité aussi de savoir qu’un enfant porte votre prénom… Je connais ses parents, sa maison, ses voisins, ses amis, son enseignant, son infirmier. Quand elle me voit arriver, elle ne se trompe pas, elle me connaît aussi et chante notre prénom de loin.

Je la regarde courir sur le chemin, rire et s’amuser de la nature, taquiner les autres enfants, chanter, danser et je souris à mon tour.

Je souris car elle n’a pas toutes les chances de son côté, mais elle vit en sécurité. Pour l’instant si ce n’est une raison économique, elle est libre de pratiquer la religion de ses parents, elle est libre d’aller à l’école, de s’habiller comme elle veut (peut), libre de se soigner, de sortir, libre de rire. Elle a le droit de penser, de parler, de ne pas être d’accord, de ne pas vouloir, de réfléchir.

Il y a encore beaucoup à faire, mais elle a plus de chances que sa maman avec qui je ne peux échanger qu’un bonjour ou un signe de la tête.

Beaucoup de jeunes filles arrêtent encore l’école trop tôt au village, pour cause de grossesse précoce notamment, elles disent qu’elles reprendront, mais la vie après un enfant n’est pas aussi simple… Mais d’autres vont à l’université, sont premières de leur classe, ont des rêves qu’elles réaliseront, ou pas.

8 ans que je viens passer une partie de mon temps libre dans ce village. C’est beaucoup, c’est peu et en cette journée internationale du droit des femmes, cette journée symbolique du 8 mars, je ne peux que constater les étonnants progrès :

En matière de santé : les femmes peuvent accoucher sous  une ampoule électrique, ça ne paraît rien, mais c’est une garantie d’une meilleure prise en charge. Elles sont suivies durant leur grossesse, pour les vaccins, les soins de toute la famille par des professionnels formés pour cela, elles peuvent le faire sur place au lieu de se déplacer sur des kilomètres pour atteindre un dispensaire. Elles peuvent même bénéficier de prises en charge avec l’organisation de mutuelles de santé. Avant ce n’était pas le cas, sacré changement…

En matière d’éducation : Non seulement il y a maintenant des enseignants pour chaque niveau de primaire, mais aussi une classe d’éveil pour les plus petits. La cantine s’organise pour permettre aux élèves de rester la journée à l’école, bien pratique pour ceux qui sont encore à 4, 5, 6 kilomètres… On peut continuer le collège au village, avant il fallait aller à 12 kilomètres de l’école primaire (donc 16, 17, 18 pour les cas les plus éloignés…), le lycée se trouve à 12 kilomètres, avant il fallait aller à 80 kilomètres, et quelques années plus tôt, pour ma génération par exemple, à 315 kilomètres… Autant dire que ça ne laissait pas beaucoup de chances aux filles de percer dans les études…

En matière de développement économique, de qualité de vie : les heures passées à aller puiser l’eau nécessaire à la vie quotidienne diminuent, la pénibilité avec… Certaines faisaient 2 heures de marche, même les hommes s’y mettaient…L’eau se trouve maintenant à 5, 20 minutes de la maison. Non loin de là, on a aussi des moulins pour piler en quelques minutes ce que l’on mettait des heures et des muscles à réduire en farine. Autant de temps gagné pour développer une autre activité, pour s’occuper du jardin maraîcher qui est maintenant grillagé, évitant ainsi que tout le travail ne soit anéanti par les dégâts du bétail. La route est encore difficile, mais là où il fallait 8 à 10 heures pour rejoindre la grande ville, on ne met plus que 3-4 heures en transport local, 2 heures à moto ou en véhicule performant. Un mini-bus fait même la navette une fois par semaine, il y a 8 ans on n’osait y rêver… C’est tout bête mais ça facilite le commerce, pouvoir vendre le fruit de son travail plus facilement : karité, fonio, pain de singe… et accéder à des denrées jusque là inconnue (du poisson !).

Quelques exemples parmi d’autres…

Il y a 8 ans je chantonnais main dans la main avec d’autres fillettes sur ce même chemin, que de souvenirs… Elles sont des adolescentes timides ou extraverties aujourd’hui. Le chemin lui n’a pas changé, je reconnais chaque pierre, chaque arbre et pourtant les possibilités se sont si vite multipliées !

Attention, tout n’est pas rose, loin de là. Les équilibres sont très très précaires, les victoires infimes et fragiles. Il  y a aussi des échecs et de grosses remises en question sur le bienfondé de ce développement.

Mais je suis fière d’avoir apporté ma modeste contribution, ma petite pierre à l’édifice, à côté de bien d’autres, pour ces changements dont les femmes et les fillettes sont les premières bénéficiaires car partout dans le monde les femmes sont toujours les premières victimes de l’obscurantisme, de la pauvreté, des violences, les premières bénéficiaires du développement aussi, il n’y a pas photo.

Aujourd’hui je laisse de côté les grands discours (forts utiles au demeurant) et trinque à ces petites pierres pour cette fillette qui porte mon prénom et qui aura un jour je le souhaite encore plus de droits, plus de chance, plus d’opportunités que moi !

Aujourd’hui je trinque… et demain je me remets au boulot !

Balade en bord de mer

S’il y a bien un endroit idéal pour nous changer les idées à deux pas de chez nous, c’est la plage de Yoff.

Je vous arrête tout de suite, ici pas de cocotiers, de transats ou de vendeurs de babioles touristiques, en revanche vous êtes au bon endroit pour une longue promenade les pieds dans l’eau et un bol d’air océanique. Idéal pour profiter de la vie locale, des gens aussi. Pour profiter de la vie. Pour prendre le temps.

Pour y accéder je préfère vous prévenir, il faudra s’armer de patience pour faufiler la voiture entre les commerces, les piétons, les moutons, les vendeurs de rue et taxis clandestins stationnés en double file, mais cette introduction a le mérite de vous plonger dans l’ambiance.

Garez-vous, ne regardez pas les détritus qui jonchent le sol, les eaux usées qui s’écoulent. Regardez loin, très loin : les vagues, l’horizon, le ciel.

Nous n’y allons pas régulièrement car ce n’est pas forcément évident avec un petit bout de chou de se promener sereinement au milieu des 874 grands gaillards qui se sont donnés rendez-vous pour leur partie de foot. ça joue fort, sérieux, ça cogne, ça shoote, ici on n’est pas là pour rigoler, on joue au foot. Les terrains sont en alignade, pas de limite en longueur ou en largeur, les matchs se télescopent en mode multi-balls à l’occasion ! Alors n’imaginez pas qu’ils vont stopper la partie pour une maman et son petit garçon qui n’a qu’une envie, courir lui aussi derrière le(s) ballon(s)…

Les plus jeunes escaladent les pirogues les plus hautes. Ils jouent à se faire peur, à se suspendre, à sauter, au rythme des tam-tam que leurs camarades moins téméraires ont improvisés avec des sauts en plastique ou des branches de bois.

Il n’y a que des curieux comme nous pour s’émerveiller de l’alignement des pirogues multicolores. Derrière les coups de pinceaux colorés, les lignes et les courbes décèlent des prières et mille autres secrets réservés aux pêcheurs et à leurs ancêtres.

Des pêcheurs retapent leur pirogue, au large d’autres sont de retour. Le bord de plage habituellement peu occupé commence à rassembler de plus en plus de monde. L’attroupement se transforme en cohue. Retour de pirogue. La mer avant d’être un rêve d’ailleurs pour quelques-uns d’entre eux est avant tout un gagne-pain. On tire les filets à la main. Femmes et enfants sont aux premiers postes, sauts ou bassines à la main, ils ramassent les plus belles pièces à une rapidité difficilement imaginable. Si vous comptez faire griller du poisson ce soir, attendez que les femmes aient négocié le prix de leur « pêche », elles iront s’installer un peu plus loin des vagues et vous pourrez prendre tout votre temps pour choisir auprès d’elles votre repas !

Les chatons préfèrent se cacher sous les coques en bois, ils attendront le retour au calme pour profiter des restes…

Chemin le plus court pour se déplacer d’un quartier à l’autre, la plage permet d’éviter le grand tour par le goudron, ses bousculades et ses bouchons. A pied ou en charrette, c’est la voie rapide du coin !

Déjà l’appel à la prière confirme que le soleil est couché. Dans quelques minutes il fera nuit noire car la nuit tombe très vite sous nos tropiques. Nous sommes les premiers à secouer le sable de nos pieds, mais les autres ne tarderont pas à nous suivre.

Il ne restera alors que quelques amoureux secrets qui profiteront de la discrétion de la pénombre pour se rencontrer et les chatons bien sûr, qui s’en lèchent déjà les babines !