E X C I S I O N

excision

 

Aïssatou a près de 70 ans, elle a pratiqué l’excision toute sa vie. C’est son métier : exciseuse. Sous son couteau, des centaines de fillettes ont perdu leur innocence. Puis des ONG sont venues chez elle, une, deux, trois puis 50 pour lui expliquer qu’il fallait arrêter, que maintenant elle allait aller en prison si elle poursuivait. Elle était d’accord, mais c’était son gagne-pain. Comment va-t-elle nourrir ses propres enfants ? Subvenir à leurs besoins si elle n’a plus de travail ?

Doudou est malien, il a la trentaine. Il est guide touristique et souvent les touristes l’interroge sur cette pratique, surtout que tout le long de la route, ils passent devant des centres de traitement de la fistule. Horrifiés les touristes s’insurgent comment peut-on exciser les femmes jusqu’au risque qu’elles urinent et défèquent par le vagin, qu’elles soient répudiées de leur communauté ? Il a une copine, avec qui il a des rapports sexuels, mais quand on lui demande si elle est excisée, il dit que oui, que sa femme aussi et ses filles seront excisé car c’est la coutume, sans savoir trop ce que c’est d’être excisé.

Ibrahima est guinéen, marié. En fait lui ce n’était pas trop son problème. Excision ou pas excision il ne sait pas vraiment faire la différence. Mais sa femme ne montre aucun plaisir lors de leur rapport sexuel, ce n’est pas comme dans les films qu’il a vu sur l’ordinateur de son cousin en ville, sur internet. Il rencontre des filles hors de son mariage et découvre le plaisir de donner du plaisir à une femme, ça n’a rien à voir.

Adama est une toute jeune fille, elle ne va plus à l’école. Elle a envie d’en parler autour d’elle, elle n’a pas peur ou pas honte, elle a mal. Mais on lui dit de se taire, on la frappe même pour qu’elle retourne à ses tâches ménagères.

Elhadji est un homme important sur la scène politique. Publiquement il lutte contre l’excision, parraine la journée mondiale de l’excision, soutient les ONG locales. Mais au fond, lui il a bien été circoncis. Pourquoi tout ce pataquès ? Excision, circoncision, c’est un peu la même chose, non ?! D’ailleurs, ce n’est pas son affaire, c’est une affaire de femmes. Il aurait bien trop honte d’aborder le sujet en famille. Il n’en parlera ni avec sa femme, ni avec sa mère ou sa belle-mère, ni avec sa fille aînée de 8 ans.

Mariama a plus de 40 ans maintenant. Lors d’un débat pour la Journée du 8 mars, ses larmes roulent. Elle raconte son excision, son infibulation (le fait de recoudre les lèvres supérieurs afin de fermer tout accès au vagin), le mariage forcé à 14 ans et sa nuit de noce viol dans la foulée, où avant de la pénétrer il a fallu la découdre. C’était la 3ème femme d’un mari de 30 ans son aîné qu’elle a rencontré pour la première fois le jour de ce viol justement, 5 ans de viol, de peur et de souffrance, avant de réussir à s’enfuir pour essayer de se reconstruire. Des années après, elle en tremble encore la nuit.

Jean-Jacques a 35 ans, il est infirmier. Il pratique en brousse et a suivi de nombreuses grossesses et accouchements faute de sage-femmes d’Etat sur place. Il met en place des causeries dans les villages alentours, mais il vient d’une autre ethnie, d’une autre région. Quelle est la portée de ses mots face au poids des traditions, de la pression sociale ?

Sira a 24 ans, elle ne sait pas qu’elle est excisée. Elle ne se souvient de rien, personne ne parle de ça autour d’elle et elle n’a aucun point de repère pour comparer. C’est lors des complications de sa première grossesse qu’on lui explique. On lui parle de clitoris, de petites lèvres qu’on lui aurait coupé. Elle ne comprend pas. Elle est simplement comme toutes les autres jeunes filles de son village alors pourquoi elle a perdu l’enfant qu’elle a porté 9 mois dans son ventre, elle ?

Petite Yaye vient d’un autre pays, un pays où les femmes sont plus libres, où l’on peut parler ouvertement d’intimité, de sexualité, où elle n’a jamais eu à s’inquiéter de ce sujet. Les risques de l’excision sont connus, tout cela paraît une aberration totale. A elle, à tout ceux qu’elle connaît. Depuis qu’elle vit en Afrique, elle aborde plus souvent le sujet, mais avec sa belle-famille c’est plus difficile, elle a peur qu’on lui dise de se mêler de ses affaires, que son imagination ne soit que le centième de la réalité. Elle a peur d’être confrontée à des gens qui ne comprendraient pas que c’est mal, elle ne voudrait pas ne plus pouvoir regarder sa belle-mère, ses belles-sœurs en face, elle a peur de pleurer encore plus. Alors elle attend le bon moment, sachant qu’il faudra bien aborder le sujet un jour, avant que ces nièces ne grandissent de trop… C’est inévitable, c’est trop grave. Heureusement elle a beaucoup de neveux et très peu de nièces…

Ndeye a 6 ans. L’histoire de ces personnages elle ne la connaît pas, le mot excision non plus mais depuis quelques semaines ça parle à voix basse dans sa maison, le ton monte parfois et sa maman ne la laisse plus jamais seule.

Aujourd’hui, c’est la journée internationale contre l’Excision.

 

Je n’ai pas voulu vous faire un article informatif, vous rappeler les lois, les risques en matières de santé, je pense qu’on partage tous le même avis sur le sujet, qu’il y a des sites internet très bien fait, mais je tiens à préciser que j’ai croisé chacun de ces personnages dans ma vraie vie…
A écouter de toute urgence : l’émission santé du 6.02.2015 sur RFI.

(l’illustration vient d’ici. Désolée, elle est volontairement choquante mais il faut aussi arrêter de se voiler la face ou se protéger derrière des tabous)