Horizon

C’était un jour où il n’y avait pas encore le réseau au village. Il fallait escalader la colline et faire les 100 pas, portable en main, bras tendu bien haut pour le trouver.

Parfois debout sur la grosse pierre, parfois un peu plus haut près du tamarinier, parfois totalement absent, il était joueur.

Le réseau.

Celui du village voisin plutôt, qu’on ne réussissait à capter que d’ici. Sur 1 mètre carré très précis de cette colline perdue au beau milieu d’hectares de nature sauvage, de champs et de hameaux microscopiques.

Ce jour-là il n’avait pas de crédit pour appeler, ni même pour bipper. Indega était venu se poster, au cas où… De toute façon il n’avait rien de mieux à faire…

Il s’assit sur la grosse pierre et prit le temps de scruter l’horizon. Cette ligne que formaient les collines et le ciel, à peine dentelée par la nature, et le sentier qui fendait la crête. Portable en main, ses souvenirs l’envahissaient petit à petit. Le chemin de l’école, celui des champs, le terrain de foot, la clairière où l’on avait enterré son père, celle où il avait goûté pour la première fois le sucré des lèvres de sa promise.

A l’heure où le soleil décline, la lumière devient si douce.

Plus bas, à peine visibles, les toits de paille. Chez Emile. Chez Tacky. Et là, la vieille Niary.

En bas, c’est l’heure où l’on s’agite. En haut, on n’entend que le silence, et la nature.

Ses yeux reprennent le chemin de l’horizon, toujours pensif. De quoi sera fait l’avenir ?

La sonnerie criarde le fait sursauter à en faire tomber son téléphone.

  • Allo Indega ?
  • Oui allo ?
  • Indega tu m’entends ?
  • Oui je t’entends, je t’entends !
  • Allo ?
  • Oui oui je t’endends, et toi ?
  • Tu es là ?
  • Oui, oui, alors ?
  • Alors c’est bon, tu es pris, on t’attend à Dakar !

La conversation avait déjà été coupée par le réseau capricieux, mais Indega prit une grand inspiration, son horizon allait changer. En route pour l’université…

horizon

C’était ma participation au projet 52 de Ma’ sur le thème horizon. Toutes les autres sont réunies ici.

J’en profite pour vous dire que je suis ravie d’être de retour par ici, je vous souhaite à tous mille horizons tous plus beaux, surprenants, rassurants, délirants, fous, éblouissants pour cette année à venir !