La tête de l’emploi

Je ne sais pas si j’ai la tête de l’emploi, mais j’ai décidé de postuler sur un poste. L’annonce est… venue à moi. Pur hasard !

J’aurai pu chercher des offres pour travailler dans une ONG, un organisme international, un service public, un commerce, une boîte privée, un journal, une agence. Oui, je sais, je suis plutôt polyvalente !! Ou ne pas chercher du tout puisque j’ai déjà un travail qui me permet de manger et faire manger mon fiston…

Grosso modo : des heures de bureaux, des réunions, des mails à envoyer, à répondre, des courriers à soumettre à la hiérarchie ou à demander à son équipe, des idées à défendre, des déplacements sur le terrain, des deadlines à respecter (ou à retarder), des bilans comptables à rendre, des appels à projets à poster… Je connais !

Là pas du tout. Ce n’est pas n’importe quel emploi, c’est un métier auquel je n’avais jamais pensé, pour moi en tout cas ! Au moins ça m’obligerait à me creuser sacrément les méninges. C’est pour un remplacement de… Prof !!!

swag-de-prof-en-5-looks-jeune-et-branche-lolol-54991Se retrouver toute seule devant des élèves plus ou moins motivés d’apprendre, plus ou moins contents d’être là. Ha ha !

Certains pensent en plus que j’ai la fibre. Re-ha ha !

Alors voilà, moi je trouve que je n’ai pas vraiment la tête de l’emploi. Quoique, faut-il vraiment avoir une tête particulière pour être prof ? Qu’est-ce que je vais bien pouvoir leur raconter… Rien que d’y penser, moi qui ne suis jamais la dernière à fanfaronner, ça me rendrait presque timide ! Dis-donc en fait c’est vachement sérieux comme métier…

Aucune idée de ce que cela donnera… pour ça il faudrait déjà que je commence par écrire une lettre de motivation au lieu de rêvasser sur mon blog !!!

 

L’image vient d’un article très approprié : « SWAG DE PROF : 5 looks pas mal cool pour les jeunes professeures ! » parce qu’en plus il faudra que je pense à comment m’habiller, pffff…. Heureusement que ce n’est pas encore fait ;-)

Lat Dior, Roi du Cayor

lat-diorCe week-end au centre hippique Grand Choco s’est émerveillé devant un cheval qui s’appelait Lat Dior.

– Quoi, mais tu ne connais pas Lat Dior ???!
– Ben non, je ne connais pas Lat Dior…
– Mais on vous apprend quoi à l’école, c’est un personnage clé dans l’Histoire du Sénégal.
– Tu sais le Sénégal quand tu es en France… On te parle vite fait de triangle de commerce (le mot esclave étant presque tabou), de colonisation et décolonisation, encore plus rapidement des tirailleurs sénégalais (et encore…), au milieu de l’Histoire gréco-romaine, du Moyen-Âge, des Rois de France, de la Révolution française, des guerres mondiales, mais non, désolée, je ne connais pas Lat Dior…

Il nous alors a raconté l’histoire de ce Roi du Cayor.
C’était captivant et il avait les yeux qui brillaient de souvenirs de bancs de l’école, une école bien différente de la mienne quand j’y pense. On y a appris tous les deux que 2+2 font 4 et que les adjectifs qualificatifs se conjuguent en français en genre et en nombre avec le nom commun auquel ils sont rattachés, mais on y a aussi appris des choses si différentes, dont des morceaux d’Histoire. Au fond les noms divergent, les siens me font rêver, voyager, pleurer, mais ce sont toujours des histoires d’Empire, de territoire, de pouvoir, de domination, de méchants et de gentils selon le côté duquel on regarde les choses. Peu de femmes, beaucoup de sang et quelques gens éclairés (ou pas) qui gravent leur nom dans la pierre.

Je ne suis pas assez calée en Histoire sénégalaise pour savoir si l’histoire de ce personnage a vraiment compté dans l’Histoire ou si c’est l’Histoire qui avait besoin à un moment de se fabriquer ses histoires et ses héros. Mais là c’est un débat universel et on dérive sur la Philosophie, alors revenons à notre histoire !

Madame Gaou nous rappelle à sa sauce que ce mois-ci en Amérique du Nord c’est le mois de l’Histoire des Noirs. Oui Madame Gaou, mieux vaut un peu que rien du tout… mais oui : dans quel monde vivons-nous pour être obligé de donner une couleur à l’Histoire… Je vous invite à aller lire son article ici, tout y est dit !

– Tu vois, maintenant je connais Lat Dior. Les pommes Cayor auront un goût d’Histoire et je ne regarderai plus Malaw le cheval de notre quartier de la même manière depuis que je sais qu’il est l’homonyme d’un des chevaux de Lat Dior ! Alors heureusement que tu es là pour m’en parler. Tu raconteras à Michoco un jour, hein ?! Et demain si tu veux je te raconterai qui est Jean Jaurès.
– Jean qui ?!

Merci M’dame Gaou, moi aussi je vais m’atteler à ce que Michoco comprenne bien toutes les nuances de l’Histoire ;-)

 

Pour tout savoir sur Lat Dior (je sens que ça va en passionner certains !) : wikipédia, au-senegal (l’illustration vient d’ailleurs de là). Intéressant d’observer en poursuivant les recherches sur d’autres liens Google de voir comment chacun se raconte l’Histoire à sa façon…

Gros plan

J’ai réfléchi toute la semaine pour me décider… Sous quel angle axer ce « gros plan », le thème imposé de la semaine 2 du projet 52.

J’étais vraiment partagée entre mon idée de départ que ce projet me permette de vous parler de mon Afrique et cette envie, ce besoin, presque viscéral, de prendre part aux évènements qui ont secoué la semaine… partagé aussi entre l’envie de faire dans la légèreté car on en a bien besoin, et celle d’être sérieuse car la situation est grave.

Je vous présente un gros plan sur ces tablettes de Coran. Oui au XXIème siècle le mots ‘tablette’ peut encore désigner autre chose que ‘tablette numérique’ ! Une photo que j’aime beaucoup qui me rappelle des moments tendres et joyeux.

tablettes

Durant les vacances, Michoco et moi-même avons eu la chance de pouvoir prendre part aux leçons coraniques dans notre « maison ».

Les cours se tiennent sur une natte, à l’ombre d’un arbre et selon les disponibilités de notre « maître coranique », un parent éloigné qui a rejoint la concession familiale avec ses deux enfants suite à des difficultés dans sa vie urbaine. Il consacre bénévolement quelques heures de ses journées à transmettre son savoir.

Les enfants de la maison (âgés de 13 à 5 ans) n’ont jamais eu l’occasion d’apprendre auparavant car personne ne maîtrise suffisamment pour pouvoir enseigner. Par ailleurs, et contrairement à la majorité du Sénégal, le village est à grande majorité chrétienne, sans mosquée et avec donc peu de musulmans pratiquants. Entre pratiquer une religion et pouvoir l’enseigner il y a encore un autre fossé, d’autant plus que le Coran s’apprend en arabe, une langue qui n’est pas pratiquée dans la vie courante. Notre maître maîtrise un peu mieux son sujet, il n’est pas allé à l’école française, c’est l’école coranique qu’il a suivi dans sa jeunesse, avant de partir en tant qu’apprenti pour être formé au métier de boulanger.

L’enseignement du Coran se fait sur des tablettes en bois, sur lesquelles le maître écrit des versets avec une plume et de l’encre noire faite à base d’écorce de manguier que l’on fait mariner et bouillir toute la nuit. Cette encre est suffisamment durable pour pouvoir passer et repasser son doigt sur les textes afin de mémoriser et suffisamment effaçable pour s’estomper et laisser place à d’autres mots, d’autres textes au fur et à mesure de l’apprentissage.

Nous commençons par apprendre les lettres, les sons, et à les répéter. A force on reconnaît certaines lettres identiques ce qui permet d’avancer plus rapidement dans le texte.

Tous âges, tous niveaux. Sur la natte chacun est avec sa tablette mais il y a une vraie hiérarchie sous le maître coranique. Les plus avancés font répéter et corrigent ceux qui n’ont pas encore leur niveau, les novices écoutent et enregistrent ce que répètent les plus grands. Michoco joue le jeu et rapidement il capte des sons qu’il répète à qui veut bien l’écouter. « Sou-ra-tou… »

Lassé il se lève et quitte le cours, emportant avec lui quelques tablettes au passage dans le but d’entraîner certains de ses amis hors de la natte ! (Je rappelle qu’il a deux ans…) Les plus jeunes élèves font de même. Le cours est ouvert, il n’est pas imposé, on n’y vient ou pas, on y reste plus ou moins longtemps, mais je remarque que tous les enfants sont vraiment pressés de venir sur la natte quand leur maître s’installe, surtout par soif d’apprendre. Les enfants peuvent se lever, sortir et revenir du cours assez librement. Un Montessori du Coran ! La notion de plaisir dans l’apprentissage, c’est important ! Certains ont fait beaucoup de progrès, ils ont laissé les lettres, les syllabes et récitent déjà à voix haute les vrais mots. Pas de pression, chacun avance à son rythme, et ce peu importe l’âge. D’ailleurs personne n’est complexé.

C’est un peu difficile de se concentrer car tout le monde parle à voix haute en répétant des lettres, des sons, des mots différents… Mais ça met dans l’ambiance !

J’aimerai que Michoco en grandissant ait l’occasion d’apprendre le Coran dans ces conditions. En groupe. De tous niveaux. Sans contrainte. Juste avec l’envie de prendre part au groupe, l’envie de découvrir et le plaisir de progresser. Les filles et les garçons sont mélangés, les mamans ou autres adultes sont parmi eux également, nous sommes tous des apprenants. Je ne sais pas encore si cela sera applicable à notre mode de vie à Dakar, je suis encore marquée par le récit d’une toubab à dakar qui racontait que le maître de son aîné possédait une grosse corde d’escalade pour corriger les indisciplinés…

Notre maître a vraiment envie de partager son savoir. Il est patient. Il aime ce qu’il fait, le fait avec plaisir. Les enfants le respecte, mais il est bienveillant, compréhensif aussi. Il cherche le dialogue et malgré son français limité il a à cœur de partager ses connaissances, d’échanger avec moi, avec tous.

Nous dialoguons sur la nécessité de passer par le « par cœur » pour mémoriser les lettres, les mots en arabe, mais aussi l’importance de traduire et faire comprendre ce que ces mots signifient, que les apprenants puissent avoir un débat sur le sens des textes qu’ils sont entrain d’ingurgiter, une réflexion. Cela me tient beaucoup à cœur, d’autant plus que la culture d’apprentissage dans les écoles au Sénégal est encore beaucoup basée sur du par cœur et un respect total de l’enseignant, ce qui laisse peu de place jusqu’à un certain âge à la réflexion et au libre arbitre. Ce n’est pas évident d’apprendre une religion dans une langue complètement inconnue… sans en maîtriser le moindre sens qui plus est… Certes il y a des choses à connaître par cœur, en commençant par les prières, mais ce n’est pas tout de savoir réciter l’intégralité du Coran par cœur, c’est également important de pouvoir en comprendre le sens car aujourd’hui je trouve que beaucoup de musulmans au Sénégal (pas tous bien entendu) ne connaissent pas ou très mal leur religion. Ceux qui ont une étude poussée du Coran sont capables d’aller chercher des références, de pouvoir prendre des positions sur des questions éthiques, sociales ou morales. Pour ma part, j’aime beaucoup aller poser des questions aux imams, ils ont toujours su prendre le temps de me répondre et, même si elles peuvent être débattues, leurs réponses étaient éclairées et ont alimenté ma propre réflexion.

J’ai aimé l’ouverture d’esprit de mon « maître », qui est à la hauteur de l’ouverture d’esprit de 99,99% des séngélais que j’ai eu à côtoyer. Il est très content que ses enfants suivent l’école française et il voit les deux enseignements comme allant de paire, et non l’un contre l’autre. Une belle leçon à laquelle j’aurai aimé que les sectaires fous du Nigéria assistent avant d’envoyer pour seul escadron de la mort une fillette de 10 ans, sans doute kidnappée, volée à sa famille, dont l’unique crime aura été celui d’aller s’assoir sur les bancs d’une école…

Le dialogue a bien évidemment eu lieu avant les attentats mais mon « maître » d’une semaine aborde lui-même le sujet de l’intégrisme et m’explique très clairement qu’il ne comprend pas les terroristes, pas non plus les femmes qui portent le voile intégral, que pour lui ce n’est pas sa religion, il a bien relu les textes à ce sujet. Si au fin fond du bout du monde on ne fait pas l’amalgame, je pense qu’il est de l’ordre du possible, du raisonnable de ne pas faire l’amalgame ailleurs, non ?!

Bref, voilà mon gros plan sur un bel échange, des moments très plaisants, et l’envie de créer d’autres occasions pour poursuivre cet apprentissage et les débats !

 

 

Pour découvrir les autres « gros plans » du projet 52, c’est !

Je précise pour les lecteurs de passage que ce texte est issu uniquement mon vécu, mon expérience et convictions personnelles et que d’aucune manière il ne cherche à juger ou à généraliser la manière dont on enseigne le Coran, ni ici, ni ailleurs, ni nul part. Cet enseignement, comme toute forme d’enseignement, doit sans doute revêtir multiples aspects et facettes.