la jungle de ses habits

Boltanski-Personnes-tas-2Jusqu’à ses un an, on tenait le coup, c’était relativement simple. A chaque anniversaire clé on passait à la taille suivante. Du 3 mois pour ses 1 mois, du 6 mois pour ses 3 mois, du 9 mois pour ses 6 mois, etc.

Puis certains vêtements sont devenus trop petits, plus vite. D’autres ont décidé de s’installer plus longtemps que prévu sur l’étagère, des CDI naturalisés. Au fil du temps, nous avons maintenant de tout dans notre placard ! Du 12 mois au 5 ans. Il y a les petits habits qui taillent grands, ceux que l’on affectionne trop pour les renvoyer, même s’ils laissent dépasser le nombril de Michoco. Il y a ceux qui se sont agrandis au fil du temps, à croire qu’ils sont basés sur l’ADN de Michoco. Il y a aussi les habits chinois destinés au marché africain (du très bas de gamme) qui indiquent une taille car c’est dans les normes internationales, mais cette taille ne correspond à rien, du moins, à rien de cohérent ! Il y a ceux qui ont vécu et ont rétréci au fil des lavages de leurs anciens propriétaires. Il faut dire que depuis plus d’un an je n’ai pas acheté un seul habit neuf à Michoco, je fonctionne sur la gentillesse de notre réseau, sur des lots trouvés d’occasion sur Ebay. Il y a aussi ceux que l’on nous a offerts pour les un an de Michoco mais qui nous vont maintenant, ou l’année prochaine car en Afrique on rentabilise un vêtement, donc la taille importe peu ! Il y a ceux qu’on nous a offerts récemment mais qu’on ne pourra pas porter car à force de vouloir faire des poupons bien apprêtés, on a oublié de nous demander dans quelle saison on vivait ! il y a ceux qui taillent petit aussi, naturellement.

Bref, finalement on ne tient plus compte des étiquettes. Heureusement avec nos habits de seconde main, de nombreuses étiquettes ont déjà été délavées ou découpées par des parents qui visiblement sont passés par là aussi ! Les jours de grand ménage, je vous avouerai que je les couperai bien toutes ces étiquettes qui ne correspondent à rien !

Mais après tout, je n’ai jamais aimé coller des étiquettes aux gens, pourquoi les étiquettes de nos vêtements aimeraient qu’on leur fasse subir ce sort ?

Je classe, j’évalue, j’estime. Même sans étiquette on est bien obligé de créer des catégories… Michoco l’a d’ailleurs bien compris. Saoulé par ces essayages imposés, il prend les devants et m’indique de manière expéditive : « là, là, pitit, gand gand, pitit, là maman ! »

Bref, chez nous il y a 3 catégories : ce qui ne va plus, ce qui va, ce qui ira plus tard !

 

La photo vient de ce site et traite de la création Personnes de Christian Boltanski au Grand Palais (exposition Monumenta 2010). L’art est partout…  je vous invite donc à cliquer pour une visite guidée de cette installation contemporaine !

Balade en bord de mer

S’il y a bien un endroit idéal pour nous changer les idées à deux pas de chez nous, c’est la plage de Yoff.

Je vous arrête tout de suite, ici pas de cocotiers, de transats ou de vendeurs de babioles touristiques, en revanche vous êtes au bon endroit pour une longue promenade les pieds dans l’eau et un bol d’air océanique. Idéal pour profiter de la vie locale, des gens aussi. Pour profiter de la vie. Pour prendre le temps.

Pour y accéder je préfère vous prévenir, il faudra s’armer de patience pour faufiler la voiture entre les commerces, les piétons, les moutons, les vendeurs de rue et taxis clandestins stationnés en double file, mais cette introduction a le mérite de vous plonger dans l’ambiance.

Garez-vous, ne regardez pas les détritus qui jonchent le sol, les eaux usées qui s’écoulent. Regardez loin, très loin : les vagues, l’horizon, le ciel.

Nous n’y allons pas régulièrement car ce n’est pas forcément évident avec un petit bout de chou de se promener sereinement au milieu des 874 grands gaillards qui se sont donnés rendez-vous pour leur partie de foot. ça joue fort, sérieux, ça cogne, ça shoote, ici on n’est pas là pour rigoler, on joue au foot. Les terrains sont en alignade, pas de limite en longueur ou en largeur, les matchs se télescopent en mode multi-balls à l’occasion ! Alors n’imaginez pas qu’ils vont stopper la partie pour une maman et son petit garçon qui n’a qu’une envie, courir lui aussi derrière le(s) ballon(s)…

Les plus jeunes escaladent les pirogues les plus hautes. Ils jouent à se faire peur, à se suspendre, à sauter, au rythme des tam-tam que leurs camarades moins téméraires ont improvisés avec des sauts en plastique ou des branches de bois.

Il n’y a que des curieux comme nous pour s’émerveiller de l’alignement des pirogues multicolores. Derrière les coups de pinceaux colorés, les lignes et les courbes décèlent des prières et mille autres secrets réservés aux pêcheurs et à leurs ancêtres.

Des pêcheurs retapent leur pirogue, au large d’autres sont de retour. Le bord de plage habituellement peu occupé commence à rassembler de plus en plus de monde. L’attroupement se transforme en cohue. Retour de pirogue. La mer avant d’être un rêve d’ailleurs pour quelques-uns d’entre eux est avant tout un gagne-pain. On tire les filets à la main. Femmes et enfants sont aux premiers postes, sauts ou bassines à la main, ils ramassent les plus belles pièces à une rapidité difficilement imaginable. Si vous comptez faire griller du poisson ce soir, attendez que les femmes aient négocié le prix de leur « pêche », elles iront s’installer un peu plus loin des vagues et vous pourrez prendre tout votre temps pour choisir auprès d’elles votre repas !

Les chatons préfèrent se cacher sous les coques en bois, ils attendront le retour au calme pour profiter des restes…

Chemin le plus court pour se déplacer d’un quartier à l’autre, la plage permet d’éviter le grand tour par le goudron, ses bousculades et ses bouchons. A pied ou en charrette, c’est la voie rapide du coin !

Déjà l’appel à la prière confirme que le soleil est couché. Dans quelques minutes il fera nuit noire car la nuit tombe très vite sous nos tropiques. Nous sommes les premiers à secouer le sable de nos pieds, mais les autres ne tarderont pas à nous suivre.

Il ne restera alors que quelques amoureux secrets qui profiteront de la discrétion de la pénombre pour se rencontrer et les chatons bien sûr, qui s’en lèchent déjà les babines !

Pas de chocolat pour Pâques mais du Ngalakh et des scouts !

Les jours passent et nous ne vous avons même pas raconté nos fêtes de Pâques à Dakar… Et pourtant ce n’est pas faute d’anecdotes à vous raconter sur le sujet…

Carême
20140420_152019 - CopieLa nounou de Michoco est catholique. Les sénégalais qu’ils soient musulmans ou chrétiens sont vraiment fervents et pratiquants. D’ailleurs on m’a déjà posé plusieurs fois la question : « c’est vrai qu’en France il y a des gens qui ne croient pas en Dieu ? mais ils croient en quoi alors ? ». La nounou de michoco a jeûné les 40 jours qui ont précédé Pâques… Vous vous souvenez, la période qu’on appelle le Carême ?! Au catéchisme quand j’étais petite on nous disait de ne pas manger des bonbons, et bien elle, elle n’a pas mangé du matin au soir… J’avais un peu peur qu’elle perde des forces et ne puisse pas s’occuper de michoco, mais finalement ça s’est bien passé. Il faut dire que la période est plus appropriée que les Ramadans qui ont lieu en ce moment en plein été… Les deux dernières semaines elle ne jeûnait que les mercredis et vendredis (je n’ai pas réussi à avoir une explication sur les jours) et dans tous les cas, elle ne jeûnait jamais le dimanche. En plus de jeûner, la personne doit avoir un bon comportement, faire des bonnes actions, et même si je suis très contente d’elle toute l’année, j’ai trouvé ce mois-ci très agréable. Michoco était un peu moins content lui car il n’avait pas de plat sénégalais à grignoter après son repas ! Il partait ouvrir le placard où elle range son plat et partait casquette sur la tête, plat sous le bras en direction de la porte pour aller lui acheter à manger !! Moi ça convenait très bien car je fais la guerre à la nourriture entre les repas… Mais je ne peux pas décemment lui demander de jeûner toute l’année, non ?

A la boulangerie
Michoco s’est émerveillé devant les décorations de notre boulangerie/pâtisserie préférée. Il faut dire qu’ils avaient mis le paquet (ils peuvent vu les prix pratiqués !!). Poules, œufs, lapins automates sur un pare-terre fleuri, petites barrières en bois, cabanons, animations musicales. Je crois bien que michoco s’est cru au Paradis ! Et comme cette boulangerie est toujours bondée, on a bien dû faire rire une centaine de clients et employés. Il allait de gauche à droite, courant comme un fou, montrant les décors, les chocolats, imitant la poule (il fait très bien la poule mon petit coq !), un grand moment de solitude pour moi !!

Ngalakh
20140421_091722Vu les prix (prendre les prix en France et les multiplier par 4…) et le timing (nos achats auraient passés 1 heure dans la voiture à bien fondre sur les sièges…), pas de chocolat pour cette année, mais c’était sans compter sur le Ngalakh (prononcer ngalar) livré à domicile par la nounou de Michoco. C’est une tradition au Sénégal, toutes les familles catholiques en préparent et le distribuent à leur famille, amis, voisins, connaissances, etc. Et là, attention les calories… Pâte d’arachide (grosso modo du beurre de cacahuètes), mélangé à du sucre, du miel, du pain de singe (le fruit du baobab) et du mil. Quand vous en mangez une cuillère, vous êtes calés pour la journée ! Michoco en mangeait un bol entier chaque matin et comme la nounou nous en a apporté des tonnes, on a eu beau le distribuer autour de nous, aux voisins, aux voisins des voisins, aux passants dans la rue, on a mis une semaine à le finir… Michoco n’a plus un ventre, mais une bedaine !! D’ailleurs le sevrage est difficile car lui qui adorait manger des fruits le matin, cherche partout sa dose de ngalakh sur la table maintenant…

Chasse aux œufs
Michoco est encore un peu petit. J’aurai bien aimé organiser une chasse aux œufs, mais me suis découragée toute seule  à cause d’idées toutes faites : Une chasse aux œufs c’est bien plus drôle à plusieurs et une chasse aux œufs doit se passer dans l’herbe fraîche. Finalement le jour J j’étais toute déçue de ne rien avoir organisé. Alors c’est sûr que chasser les œufs dans le sable entre 2 détritus et 3 bouts de ferrailles, c’est moi fun, mais on aurait forcement trouvé des petits camarades de jeux avec qui partager. L’année prochaine on ne m’y reprendra pas, je vais organiser THE chasse aux œufs ! et avant cela : un nettoyage de printemps de notre rue :)

Tenue chic
20140420_122251 - CopieLe dimanche nous sommes allés dans la famille de la nounou. Nous nous étions mis sur notre 31 pour l’occasion. Michoco portait un boubou tout neuf. Il a bien vu que c’était une tenue spéciale et n’était pas peu fier… Pour une fois, il a accepté de prendre la pause ! Les gens étaient contents de nous voir habillés en boubou, mais à part quelques jeunes garçons déjà passés chez le « raseur », quelques fillettes déjà tressées, chacun a gardé sa tenue pour le lundi de Pâques. Seuls les visiteurs qui venaient saluer la famille étaient habillés.
20140420_144943Les fêtes religieuses sont souvent l’occasion d’offrir aux enfants / de s’offrir une nouvelle tenue. Mais si nous arrivons à midi tapante tout bien sapés, les femmes attendent souvent la fin de la préparation des repas, le repas, la toilette des enfants… avant de s’habiller elles-mêmes (les hommes étant eux habillés depuis longtemps, mais partout sauf dans la maison) ce qui fait qu’elles portent leurs habits le soir seulement, à une heure où nous sommes déjà rentrés depuis longtemps !

Fête en famille
20140420_145412 - Copie  20140420_151840  20140420_135836 - Copie  20140420_151949 - Copie  Michoco était attendu comme le messie ! Bien entendu tout le monde le connaissait, et lui fait très vite connaissance ! Plusieurs familles partagent un même étage, la cuisine c’est dans le couloir pour le plus grand bonheur de Michoco qui essayait de jouer avec des bassines remplies d’eau, les toilettes sont partagés et chacun possède une chambre (dans laquelle on ne compte pas le nombre d’habitants, mais c’est « peuplé »).
Quand vous êtes invités quelque part, c’est un peu spécial car toute la famille s’affaire à la cuisine et vous vous retrouvez tout seul devant la télé, assis sur LA chaise de la chambre, avec l’interdiction formelle de lever le petit doigt ! Le décor de la chambre est bien entendu d’une kitchitude absolue, les ours en pluche servant de décor, photos jaunies encadrées au mur au milieu des Jésus-Christ crucifiés, des napperons et autres rideaux et fleurs synthétiques. L’après-midi passe au son (très fort le son) des télé-novelas sud-américaines, où j’apprend qu’Angelica qui sort avec Jeff est en fait la demi-sœur de Brad, le frère de Jeff !  20140420_150317Les gens sont joyeux, ça parle fort, entre, sort. Les enfants sont surexcités. Le volume de la télé ne fait qu’augmenter le volume des voix des enfants et celui des cris des mamans qui n’arrivent plus à suivre et montent encore le son…
Ce que j’adore c’est la tonne de tongs qui s’entassent devant la porte. A la fin de la journée, vous ne cherchez même plus les vôtres, vous prenez n’importe lesquelles pour sortir de la chambre !

Petits plats dans les grands
20140420_154235N’espérez jamais manger avant 15 ou 16 heures… La préparation du repas prend un temps fou. Bizarrement, moi qui apprécierais bien un bon plat de riz au poisson (le fameux thiebou diene, plat typique sénégalais), un yassa poulet (sauce aux oignons), le plat de fête est souvent un plateau de crudités avec poulet grillé et frites (je mange des salades de crudités tous les jours moi !!). On mange tous dans le même bol. C’est ma partie préférée du repas africain, surtout qu’après des heures d’attente, j’ai faim ! Ca et manger avec les doigts, mmmm ! Michoco a bien adoré aussi avec une préférence très marquée pour les grains de maïs et les frites !
20140420_162406Bien entendu, en tant qu’invité, on vous lance tous les morceaux de viande et d’ingrédients « rares » de votre côté du bol et tous vos partenaires de bol passent le repas à vous dire « mange ! », « Tu ne manges pas ? » Tu n’as rien mangé là ! » alors que vous avez déjà ingurgité 4 ou 5 fois plus qu’eux ! (ça ne vous rappelle pas votre grand-mère ?)
Le grand avantage au Sénégal : la pré-vaisselle !Il y a toujours quelqu’un pour finir les restes, même une fois le repas fini… Les enfants, souvent les plus petits qui ne parvenaient qu’à glisser un bras dans la meute d’enfants réunis autour d’un seul bol, s’écartent dans un endroit plus calme avec le bol laissé à l’abandon et ratissent tous les restes.

Scouts, toujours prêts !
20140420_154151Grands bruits, hurlements, tam-tams, les scouts débarquent. Les mamans ont crié sur eux car elles ont cru qu’on égorgeait quelqu’un, mais ont tout de même accepté de leur servir du repas. Michoco a été officiellement adopté en tant que mascotte des scouts du quartier !

20140420_162440C’est déjà l’heure de rentrer. Michoco est contraint (par la force) d’abandonner son nouveau tabouret préféré…
On embarque le petit dernier de la famille dans la voiture pour un tour de pâté de maison. Il est vraiment fier !
– « Tu veux aller où ? en Chine, en Espagne, au Mali ? »
-«  à Keur Massar ! me répond-il…
C’est le quartier d’à côté !

Joyeuses Pâques !