Pas digérées

TristesseJe ne peux pas dire que je n’ai pas profité de mon voyage à Hong Kong, mais avec mon retour sur Dakar, je me rends compte que je n’ai pas encore digéré les raisons de mon départ, pour le moins surprise…

Jeudi, à la veille des vacances, je discute tranquillement avec Grand Choco de nos plans de vacances pour Michoco et moi : une petite semaine dans sa ville pour profiter de la grand-mère (et l’arrière-grand-mère), des cousins, des tatas, puis une petite semaine dans mon village pour retrouver les amis et avancer sur les projets de mon association. Avec les 2 jours de voyage et le week-end pour se remettre dans le rythme de Dakar, les 15 jours seront vite passés. J’ai fait ainsi pour Noël, j’ai fait ainsi pour février et c’était super, tant pour Michoco que pour moi.

Il pète les plombs, m’interdis d’aller au village, prétextant les ragots qu’il m’avait rapporté à mon retour des précédentes vacances : que je couche avec du monde au village. Je croyais la question réglée puisque nous avions pris le temps d’en discuter en mars. Je croyais ses doutes dissipés, surtout qu’il est entouré de gens malveillants qui ne cherchent qu’à se faire mousser auprès de lui, un ragot croustillant à lui servir et à colporter au passage c’est très couru… Les gens aiment tellement parler, sur tout et surtout sur n’importe quoi… Bref, je le croyais au-dessus de tout ça. Et je pensais qu’il me faisait confiance.

Rien ne réussit à le calmer. Je peux aller à K. si je veux, mais pas dans mon village. C’est lui qui décide. Point à la ligne…
Moi je ne me vois pas partir à 12 heures de voiture pour ne pas partager mon temps entre ces deux lieux : sa famille et « ma » famille sénégalaise. Surtout que les gens là-bas ne comprendront pas non plus. Surtout qu’à K, je suis toute seule avec Michoco dans un appart où il ne peut même pas sortir jouer dehors en sécurité, alors qu’au village notre case est parmi d’autres, que Michoco et moi sommes parmi les autres enfants, les autres femmes, les autres gens, que nous sommes au calme et vivons la vraie vie du village que nous venons justement chercher pour nos vacances. Il ne comprend pas. Il ne comprend pas que l’on puisse aimer vivre dehors, dormir sous un toit en paille, aller chercher de l’eau au puits, cuisiner dans des marmites à même la terre. Il ne voit pas l’intérêt, lui le parvenu qui nous offre l’eau courante, la clim mais nous coupe de tout ce que moi j’aime de l’Afrique, du Sénégal, de la vie rurale.

Lassée, je lui réponds du tac au tac: si je ne pars pas à K. je pars à Hong Kong. Je pensais que ça allait le faire réfléchir. Qu’il allait voir la stupidité de son emportement. Les finances ne sont pas vraiment au rendez-vous ces temps-ci, autant vous dire qu’un billet d’avion (que dis-je… pas un mais deux puisque Michoco a plus de deux ans…) jusqu’au bout du monde n’était pas vraiment dans les projets.

Il me répond : D’accord ! Le lendemain il part à la première heure chercher les billets, nous partons Michoco et moi le surlendemain…

Pour cette fois-ci il a acheté notre non-venue au village. Pour son image personnelle, pour avoir le dernier mot.

Oui j’ai occulté, j’ai voulu profiter du meilleur, de la découverte, du dépaysement, des retrouvailles avec mon petit frère, du fait de tenter l’expérience de voyager seule, loin, sac sur le dos avec Michoco, mais la réalité est de retour.

A nouveau une parfaite incompréhension. Je me sens blessée qu’il ne me fasse pas confiance et triste que mon village, qui me rend si heureuse, soit devenue une source de conflit, un terrain de bataille pour lequel il va falloir que je me batte.

Ne rien lâcher pour préserver ma liberté car c’est la porte ouverte à une longue série d’autres interdits sinon.

Car tout simplement je ne fais rien de mal et je ne peux pas laisser ma vie se faire dicter par les « qu’en dira-t-on » et l’impact que mes actes peuvent avoir sur sa prétendue image, au détriment de mon propre épanouissement.

Pour moi la plus belle image que peut renvoyer une personne c’est l’image d’être bien, heureux, équilibré, il a tout à y gagner. Mais pour l’instant aucun dialogue possible sur le sujet…

Faire la guerre pour mon havre de paix, quel comble, quel chagrin…

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60 réflexions sur “Pas digérées

  1. Noemie dit :

    Oh la la… C’est vrai que j’avais trouvé que ton voyage à HK était drôlement soudain! Un voyage si loin avec un petit, ça se prépare d’habitude. Je comprends mieux maintenant… C’est très triste tout ça en tout cas. Bon courage…

  2. panaka62 dit :

    je suis triste pour toi de lire ton billet… je ne connais pas vraiment ton histoire personnelle avec grand Choco mais je n’aime pas le manque de confiance qu’il a en toi, et je trouve ça fou de laisser les ragots prendre le dessus. Bon courage en tout cas <3

  3. Marie Kléber dit :

    Comme je comprends ton chagrin ma belle. Tu as raison il faut te battre, même si c’est dur et même si tu as souvent l’impression de te battre contre du vent. C’est ta seule chance. Car comme tu le dis, si tu ne fais rien, les autres interdits vont pleuvoir, à coups sûrs. Et tu n’auras plus aucune liberté.
    Les commérages c’est ahurissant. Ca détruit tout. Et le pire c’est quand ceux que l’on aime y croient.
    Je te souhaite du courage, de la force. Penses à Michoco, à tout ce que tu lui offres, à cette belle image de toi qu’il conservera toute sa vie. Car excuse moi de te le dire mais c’est toi seule aujourd’hui qui construit l’homme qu’il sera demain.
    Je t’embrasse fort Petite Yaye (et de loin je suis de tout coeur avec toi)

  4. Le Rire des Anges dit :

    Je crois avoir compris que tu étais quelqu’un de fort… Alors je t’apporte mon soutien, sans savoir quels sont vraiment les tenants et aboutissants du problème dont il est question, pour la défense de ta liberté!

  5. Catwoman dit :

    Ouille. Je comprends mieux ton départ soudain pour Hong Kong …

    Tu as raison de ne pas te laisser faire. Tu aimes ce village, tu sembles heureuse d’y aller, tu y as des projets, tu as ta vie. Il n’a aucun droit de t’interdire quoi que ce soit …

    Bises

  6. Marie dit :

    Moi qui étais toute contente de te lire à nouveau ! Quelle tristesse !
    Que c’est dur quand on nous prête des intentions qui sont tellement loin de nous, qu’on ne comprend pas c’est tout autre chose qui nous motive. Je suis d’accord sur le fait de ne pas lâcher sur ta liberté. Faire profil bas une fois pour calmer le jeu ne réglera rien sur le long terme. J’espère que tu arriveras à lui faire entendre raison quand le dialogue sera moins tendu.
    Tendres pensées

  7. Lexie dit :

    Je te souhaite qu’il comprenne! Quand on tombe dans la suspicion comme ça, ça devient compliqué. Ne pourrait-il pas t’accompagner une fois dans ton village pour en prendre vraiment le pouls ?

  8. Bounty Caramel dit :

    Oh que je suis triste de ce contexte. Tellement dommage que le « modernisme » soit en concurrence avec la vie au village… Tellement dommage qu’il croit aux ragots si classiques… Et comment faire pour que Michoko aille voir ses potes aux villages ? et que toi tu puisses t’y reposer ? Des enormes bises

  9. Danielle dit :

    C’est difficile d’étre toujours forte mais c’est vrai que la situation que vous vivez cogne contre un mur d’incompréhension et sans doute trés culturel, je t’envoie toutes mes pensées et amitiés pour t’accompagner ; la liberté est un trésor . Gros bisous de mon béton pollué

  10. nins92 dit :

    Quelle tristesse cette incompréhension… J’ai du mal à imaginer aimer quelqu’un sans lui faire totalement confiance ni avoir sa confiance en retour. Ces « croyances » sur la réputation sont tellement dépassées, mais encore tellement présentes dans certaines cultures. J’aime la vie en ville, en grande ville pour cet anonymat et cette tranquillité que beaucoup prennent pour de l’égoïsme ou du chacun pour soi. Je trouve ta réaction très saine et normale. Tu te connais toi et tu restes droite avec tes convictions, bon courage, ça ne doit pas être évident de continuer à vivre la vie de tous les jours comme ça 😔

    • petiteyaye dit :

      A force d’y réfléchir je crois que ce n’est même pas un problème de confiance, c’est un problème qu’ici l’image est plus importante que le bonheur. Pour mener une vie équilibrée ça ne fait aucun sens pour moi… malheureusement face à 1 mur c’est compliqué le dialogue !

  11. fedora dit :

    Je suis triste de lire ça… triste pour toi, sincèrement… le manque de confiance est choquant mais aussi le souci du quand dira-t-on avant votre confort et votre bonheur… gros bisous ma belle et tout mon soutien <3

  12. janeiro23 dit :

    plein de courage je te le souhaite pour ces moments difficiles, tu as raison de te battre et de croire en ce qui t’es cher…je suis vraiment triste de lire ton billet, j’espère que le dialogue sera de nouveau au rdv <3

  13. Mamou22100 dit :

    C’est difficile de se battre continuellement pour sa liberté et celle de son enfant; mais je fais confiance en votre force et votre détermination. Moi, qui suis d’une génération où la femme osait peu entrer en contradiction avec son mari, je suis admirative de la façon dont les jeunes femmes, mes filles aussi, s’affirment et revendiquent leur liberté et leur bonheur. Tout en douceur tenez bon , ne lâchez rien. Plein de courage et de bisous

    • petiteyaye dit :

      Parfois je me demande si ce n’était pas plus simple avant… puis je me dis que même si c’était plus simple ce n’était pas plus heureux. Ça me donne du courage pour continuer à me battre car je ne fais rien de mal !

  14. Juliette Giannesini (@Xiaozhuli) dit :

    Eeek. Je vois la dedans un fossé culturel, une grosse méprise, plutôt qu’un manque de confiance brute. Ça a du sens mon ressenti? Je parle du point de vue de quelqu’un qui s’est parfois heurté à de tels fossés culturels, en tant que femme française et maman, ça me gonflerait et j’aurais probablement réagi comme toi.

    Bon, faut faire bouger les choses d’une manière ou d’une autre. Est-ce que c’est le fait que tu sois au village sans « homme » avec toi? Les femmes locales voyagent-elles ainsi sans le mari? Quand tu es dans un environnement précis avec ses moeurs, c’est dur d’être à contre-courant. Je ne légitime pas, j’essaie juste d’y voir clair…

    • petiteyaye dit :

      Oui il y a des femmes qui voyagent seules ou avec leurs enfants mais sans leur mari pour aller rendre visite à un parent plus ou moins éloigné. Cela dit ça dépend souvent des maris !

  15. MumChérie dit :

    Oh, moi aussi je comprends mieux ton départ rapide pour HK (mais je n’ai pas bien dû te lire, je pensais que vous étiez partis tous les 3…). Bon courage à toi, tes combats sont difficiles mais nécessaires, et je suis certaine de ta force et de ton bon sens pour effectivement intégrer cette dimension culturelle que tu vis au quotidien. Nous, nous seront toujours là pour te soutenir ! Plein de bises !

  16. Les chouettes fantaisies dit :

    Pfffffffffffffffffffffffffffffffff…. Tu as entièrement raison, il ne faut pas lâcher, sinon c’est la porte ouverte à toutes les fenêtres comme on dit chez nous ;-) — mais mon Dieu qu’il faut de la force, du courage et de la ténacité pour tenir! Je t’envoie ce que j’ai en réserve, avec tous plein de bisousssssssssssssssssssssssssssssssssssssssssssssssssssssssssssssssssssssssssssss
    PS : si ça lui pose problème, il n’a qu’à se rendre dispo pour vous accompagner au village après tout! Ca fait des vacances en famille, un retour aux sources pour tout le monde (il n’en appréciera que mieux la modernité) – et les langues de vipère pourront aller voir ailleurs! Non mais!!

  17. Aileza dit :

    Coucou ma belle <3, je suis de tout coeur avec toi ! Tu as eu raison de ne pas transiger et j'imagine combien la situation doit être difficile à gérer pour toi et par ricochets pour ton ptit bout :( Je te souhaite tout le courage du monde. Je t'embrasse !

  18. lesouffleurdemots dit :

    Rude décalage culturel, je dirais et pas seulement de confiance. Rude de te lire en train de batailler contre les ragots etc… Pleins de courage à toi. De tout coeur avec toi « petite soeur ». (Je ne sais pas pourquoi je dis ça, on ne se connait pas mais tu peux sans doute deviner. Une partie de mon histoire se trouve au Sénégal! ;’)

  19. Gaou dit :

    OMG. Je t’envoie pleins de ❤❤❤❤❤
    Ne laisse pas les commérages dicter votre vie. Tu n’en sortira jamais. C’est facile à dire je sais. Quand je vais à Dakar et que je sors sans le mari, les gens viennent rapporter à mes parents et disent que ça ne fait pas sérieux pour une épouse de traîner sans son mari…
    Il ne peut pas aller avec toi au village?
    Prend soin de vous. Je suis de tout coeur avec toi ❤

    • petiteyaye dit :

      Bof les commérages je ne les écoute plus depuis longtemps mais là ça dicte sa façon de voir les choses, c’est horrible… quant au village on l’invite tout le temps mais lui ne comprend pas qu’on puisse aimer vivre sans eau, sans électricité, il ne cimprend pas que les villageois sont nos amis, notre famille, bref il passe à côté de l’essentiel…

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