atterrir…

20150305_081152_resizedNous n’avons pas pris l’avion pourtant.

A chaque retour il nous faut quelques jours pour « aterrir », se remettre dans le bain comme on dit.

Il y a quelques années mes collègues de travail se moquaient de moi quand je leur demandais de parler plus lentement. J’avais réellement du mal à suivre.

Je ne l’ai pas avoué à grand monde mais après 3 mois de nuits à la belle étoile, j’ai du dormir un mois sur mon balcon avant de pouvoir enfin me rendormir paisiblement entre quatre murs… Les retours de là-bas sont durs…

Quand vous débarquez de vos montagnes à la Gare de Lyon, tout le monde semble courir, mais courir après quoi ? Vous aimeriez respirer cet air pur dont vous allez être privé jusqu’au prochaine vacances et il vous faut plusieurs minutes avant que votre corps imprime ce rythme qui vous semble si incohérent. Puis vous finissez par entrer dans le rang, sans même vous en rendre compte. Pour nos atterrissages, c’est cette même sensation, puissance mille…

Nous avons passé quelques jours, pas même une semaine dans notre bout du monde et au retour, c’est comme si nous étions partis depuis 2 mois, un an, toujours…

J’avais préparé mon atterrissage en me disant que les enveloppes reçues dans notre boîte postale pour notre projet de bai jia bei me remonteraient bien le moral…mais les enveloppes n’ont pas encore atterri :-(

Y-aurait-il plusieurs planète sur cette planète ? Moi qui me clame citoyenne du monde, pour quelques jours je sais que je suis comme une extraterrestre, le temps que mon corps s’habitue à ce rythme si différent, que mon cerveau imprime que nous avons bel et bien atterri ailleurs… C’est violent.

Le bruit, les bruits sont difficiles à tolérer. Les sons de la brousse étaient si calmes, feutrés, moins agressifs. Le mouton vit toujours en bas de nos fenêtres, le menuisier martèle sur son étale de fortune, le camion poubelle informe de son arrivée à coups de klaxon prolongés, la mosquée a décidé de brancher les mégaphones à fond pour des récitations de Coran improvisées. Dans quelques temps nous ne les entendrons presque plus. En attendant, Michoco se réveille le soir, a du mal a trouvé son sommeil pour la sieste…

Pas étonnant que les gens du village se sentent perdus quand ils arrivent dans la grande ville…

La maison me semble sombre, nous ne pouvons pourtant pas nous plaindre de manque de soleil ici, ni de la noirceur des murs puisque le peintre à tout repeint dans un blanc immaculé durant notre absence, mais quand on s’habitue à vivre dehors 20 heures sur 24…

Je n’ai pas recommencé à cuisiner, je pare au plus urgent pour nourrir mon fils avec une ou deux boîtes qui fort heureusement traînaient dans les placards.

Pour Michoco aussi c’est dur. Même si dimanche il a été heureux de faire un grand inventaire de la maison en vidant tous les placards pour retrouver ses livres, ses vêtements, ses jouets, ses affaires de cuisine, il part à l’école le cœur gros. Lui qui est si enthousiaste habituellement, il s’accroche à mon cou, mes cheveux, mon t-shirt de toutes ses forces, de grosses larmes bien lourdes roulent sur ses joues bronzées, et je vois bien que ce n’est pas du cinéma… Le premier jour il était content de raconter, mais le second jour il a bien réalisé que c’était quand même mieux l’école de la vie. Je sais bien mon chéri… Je t’abandonne dans les bras de la maîtresse le cœur gros, entendant tes hurlements jusqu’à ce que je referme la porte de la voiture. Tenir le cap. Dans quelques jours ça ira mieux…

Bientôt nous aurons repris notre agréable routine car nous ne sommes vraiment pas à plaindre : plage, soleil, promenades dans le quartier à la rencontre des gens et des animaux, jeux avec les copains, jeux dans le bain, bonne nourriture, balade au marché ou au supermarché, tout est une source de plaisir pour nous deux ici.

Et puis vivre là-bas tout le temps… on s’en lasserait aussi, tout finirait par nous agacer, la lenteur, le calme, l’inactivité, l’isolement. Alors on en profite si intensément qu’à chaque départ on y laisse un peu de notre tête dans les étoiles, de notre corps sous l’eau de la calebasse, de nos oreilles avec les rires des enfants et de notre peau à l’ombre des manguiers…

Pour l’instant nous n’avons pas encore atterri…

Bientôt.

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17 réflexions sur “atterrir…

  1. lesouffleurdemots dit :

    Oh que je comprends tout à fait! Cela m’a fait bien plaisir de te lire avant que je prenne le bus pour aller au boulot!
    C’est fou hein ce décalage? Je me souviens de mon retour en France du Sénégal, un an après! Un mois complet hors course. Je ne pourrai même pas te dire ce que j’ai vécu cet aout 2007!
    C’est vrai qu’on reprends vite nos habitudes mais il y aura eu quand même des changements même imperceptibles. Mais c’est que je suis bavard et je dois y aller!
    Je te souhaite un bon atterrissage et au plaisir de te lire,
    Amicalement,

  2. Marie O' dit :

    C’est un peu ça que j’ai ressenti lors de mon retour du Maroc en 2008. Je n’avais jamais mis de mots sur ce lent atterissage. Tu es as mis pour moi. Le retour à ma réalité a été un choc et a changé la route de ma vie. Mais au fond on ne peut pas vivre éternellement loin du monde. Un jour ou l’autre, il faut à nouveau faire face à la routine. Avec un peu de temps, on finit par l’apprécier aussi.
    Bon atterissage! Prends ton temps ma belle.

  3. Marie dit :

    Peut-être que c’est ça justement, être citoyenne du monde : avoir toujours le cœur partagé entre un ici et un ailleurs, sans pouvoir renoncer à aucun. En tout cas, je partage ton besoin d’être dehors, en pleine nature. C’est aussi ce que je vais chercher en montagne et en Provence. Les retours entre quatre murs sont toujours difficiles.

    • petiteyaye dit :

      c’est pourtant tellement réel lexie que j’aimerai que tu aies la chance de connaître un jour, mais c’est vrai que c’est tellement hors du temps que ça peut paraître vraiment irréel !

  4. fafa1987 dit :

    Ma chere petite yaye comme je te comprends. Je ressens la meme chose lorsqu’en voyage a madagascar nous sejournons en pleine brousse, sans eau ni electricite. Le reveil, par le chant du coq, entendre les poules les zebus, les enfants qui jouent dehors. Le temps s’arrete la bas… vraiment!

  5. Catwoman dit :

    Ca me fait penser à l’année où j’avais travaillé deux mois en refuge … Je n’étais pas descendue une seule fois au village en deux mois. Et le jour où je suis enfin redescendue, il a fallu dans la foulée chercher un appartement sur Grenoble … J’avais l’impression d’être sur une autre planète !!!

    Pour dire comme je comprends cette sensation

Un petit mot, ça fait toujours plaisir ;-)

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