Le lion du quartier

Il a 11 ans, peut-être 12. Il s’appelle Ali, Cheikh, Babacar ou peut-être Jean-Jacques, peu importe. Depuis qu’il est né, on ne l’a jamais croisé sans une balle au pied. Parfois des sachets plastiques entourés d’une ficelle pour créer une boule, parfois un vieux ballon de baudruche rafistolé, d’autre fois des chiffons enroulés et les jours de chance une balle de tennis ou un « vrai » ballon, plus ou moins gonflé, plus ou moins recousu. Il s’arrange toujours.

Il shoote, il drible, jongle. Dans sa tête il s’imagine des adversaires mondiaux, la pelouse, la foule en délire. Il n’est jamais allé au stade, personne ne s’intéresse vraiment au foot dans sa famille, mais il ne rate pas un match. Pour cela il a un allié le taille dans le quartier, le vieux Issa qui n’a pas manqué une seule retransmission depuis 1976, d’abord à la radio, puis à la télévision qui ne sert qu’à ça. Il a trop peur que l’écran ne s’abîme si les autres mettent des clips ou des séries. Les matchs de foot et le défilé du 4 avril, la fête nationale, sa télévision pourtant ancienne est comme neuve et personne n’ose plus s’y approcher depuis longtemps ! Il est sympa le vieil Issa mais il ne faut pas trop le chercher non plus. Et on ne rigole pas à propos du football !

Le jeune garçon fait des yeux ronds, n’en perd pas une miette. Issa en fin commentateur analyse chacune des passes, s’enthousiasme, s’énerve aussi. Lui est assis en tailleur à ses côtés, au plus près des images. Les Lions du Sénégal ne sont pas les meilleurs mais le jeune garçon en est certain, un jour ce seront eux les champions du monde ! Ils ont fière allure. Son cœur tape fort dans sa poitrine.

Alors il continue à s’entrainer. Sa mère se désespère de lui courir derrière pour qu’il vienne manger, ses frères et sœurs ne l’invitent plus dans ses jeux, les devoirs passent après tout le reste, lui son truc, c’est le football.

Quand son oncle qui travaille en Espagne est venu pour les vacances, il n’a pas demandé une paire de crampons ou un maillot du Barça, il a demandé un terrain de football ! Rien que ça…

L’oncle a demandé l’autorisation au propriétaire de la parcelle voisine. « Non, ça ne me dérange pas, je ne compte pas construire avant plusieurs années », lui avait-il répondu au téléphone. L’oncle a couru acheté un bidon de peinture, du colorant aux couleurs du drapeau sénégalais, il a envoyé le jeune garçon chercher une échelle dans le quartier. Lui, intrigué, s’est exécuté sans broncher. Avec tout autre membre de la famille il aurait déjà filé en douce pour rejoindre une bande de jeunes et un ballon. Mais l’oncle avait l’air tellement enthousiaste…

Ils ont peint, une bande verte, une bande jaune, une bande rouge, puis une étoile au milieu, et enfin il ont dessiné le contour des cages.

« Le voilà ton terrain mon garçon ! »

 

La Coupe d’Afrique des Nations (CAN 2015) débute demain pour 15 jours de compétition, elle se déroulera en Guinée Equatoriale et les Lions du Sénégal font partie des 16 équipes qualifiées. Je sens qu’il va y avoir de l’ambiance dans le quartier, et quelques vocations suscitées aussi !!

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14 réflexions sur “Le lion du quartier

  1. Marie Kléber dit :

    La vie à l’air si simple vu de chez toi Petite Yaye. Merci pour cette pause vivifiante. On a toujours un peu l’impression d’être près de toi quand tu nous racontes ta vie, ton pays.
    Je sens qu’il va y avoir de l’ambiance chez vous. Michoco aime t-il ça lui aussi?
    Bises et bon weekend à vous deux.

    • petiteyaye dit :

      Merci marie. Peut-être qu’en effet la vie est plus dure ici, mais plus simple aussi… michoco aime beaucoup regarder les grands jouer sur le terrain de foot, les plus petits s’entrainer des la rue, un jour ce sera sans doute son tour d’être à leur place !

  2. Bounty Caramel dit :

    :-) Je pense que je vais arrêter de te lire, car je vais finir par aller me faire faire mon visa et aller choper deux billets d’avion… tu décris tellement bien, c’est relou, mais relou… Tu m’as fichu les larmes aux yeux maligne. Par contre, au paragraphe de fin je n’ai pu que lâcher un « ô pxxx »… je savais que c’était bientôt, mais avais zappé demain… Pourvu que Chérid’A ne s’en souvienne pas (bon, c’est mort hein, faut pas se leurrer…). Bon, ben je sens que le 24 sera animé par ici ;-)
    Des bises ! et bon match ! et bon discussionsssssss avant et après le match (jamais pendant parait-il ! c’est sacré !).
    PS : stp, tu nous fait un article sur les pubs qui entourent la CAN ?
    Re des bises

    • petiteyaye dit :

      Si tu veux tout savoir j’ai écrit cet article sans penser à la CAN, puis je m’en suis souvenue à cause d’ebola (ça devait voir lieu au maroc à la base), google et comme toi « ô pxxx c’est demain !!!  » lol…

    • petiteyaye dit :

      Merci :-) depuis qu’un certain africain m’a dit que ce n’était pas la fin du monde un jour où j’étais dévastée, tout est en effet plus simple ! Parfois rien n’est simple mais il suffit de changer le regard que l’on porte sur les choses pour que ça le devienne un peu plus…

Un petit mot, ça fait toujours plaisir ;-)

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