dans le miroir du zèbre

zèbres métisses

extrait du livre Rire contre le racisme – collectif (Jungle, 2006)

Avant d’être inspirée pour écrire le Destin du zèbre (ici), je voulais surtout écrire un texte pour vous raconter une observation qui est devenue une drôle d’évidence.

Souvent les gens, inconnus, proches, familles, aiment commenter à qui ressemble votre enfant. « C’est le portrait de sa mère tout craché », « oh lala, qu’est-ce qu’il ressemble à son père ! » J’avoue que certains enfants sont vraiment des mini-photocopies de l’un de leurs parents, d’autres sont un savant mélange évolutif où chacun y voit ce qu’il veut.

Avec un papa noir et une maman blanche, nous avions de grandes chances pour que notre enfant se trouve dans la seconde catégorie… voire dans une troisième catégorie : il ne ressemble à personne !

Ce que je n’avais pas réalisé, c’est que dans le « chacun y voit ce qu’il veut », la question de nos origines respectives serait ultra-prépondérante.

99,99% des noirs trouvent que Michoco me ressemblent (sauf quand ils doivent le dire devant son papa, ça doit être un truc culturel de toujours dire devant le papa que son enfant lui ressemble !!).

99,99% des blancs trouvent que Michoco ressemble à son papa.

Et pour les gens concernés de près ou de loin par le métissage, c’est 50-50 !

Evidemment, entouré de noirs Michoco fait très blanc et entouré de blancs Michoco fait très noir… Et au milieu des métisses, Michoco fait très métisse !

En fait les gens voient en Michoco ce qui ne leur ressemble pas, ce qu’ils ne connaissent pas, les traits de l’Autre. Ils n’en sont pas à observer la forme de ses yeux, l’arrondi de son menton, l’incurvation de son nez ou l’épaisseur de son ossature. Ils ne le voient pas en détail, ils le voient en gros. Et en gros, ils ne se voient pas en lui, ils voient l’Autre !

Depuis que j’ai fait cette constatation, je m’amuse parfois à demander aux gens s’ils le trouvent noir ou blanc. Bizarrement, et alors que ça me semblait vraiment d’une évidence tellement… évidente, très peu me répondent « ben il est métisse ! ».

Les blancs le voient noir. La palme revient à ma grand-mère à qui j’ai envoyé une photo de Michoco et son cousin-jumeau sénégalais du même âge (ils ont un jour d’écart), elle était persuadée que Michoco était le bébé noir !!

Les noirs le voient blanc. D’ailleurs les enfants qui ne le connaissent pas dans la rue l’interpellent par un « toubab » (qui désigne les blancs). Quant aux adultes, quand je dis son nom de famille, ils s’étonnent « ah bon, il est sénégalais ?! ». Son papa étant rarement à nos côtés pour le confirmer, ils ne semblent y croire qu’à moitié !

J’ai dit 99,99% car une dame blanche est venue un jour, limite scandalisée, nous aborder Michoco et moi sur la plage : « il faudrait penser à le protéger du soleil Madame, vous allez lui abîmer la peau à le laisser bronzer comme ça ! ». ça devait être une Africaine refoulée !

Et bien vous savez quoi, moi je trouve surtout que Michoco ressemble avant tout à lui-même !

Mon unique !

Même s’il me ressemble beaucoup quand même…

Sauf quand il fait la mou comme son papa bien sûr !

Ou bien est-ce l’inverse ?!

Ah ah ;-)

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12 réflexions sur “dans le miroir du zèbre

  1. Bounty Caramel dit :

    Ca c’est du vécu incontestable :-). De mon côté, pas de vécu direct, mais je m’y attends… J’ai compris cela le jour où on a pensé que mon neveu (noir) était notre enfant ??? (cela aurait été possible, si adoption ou si enfant de mon conjoint né d’une autre union). Et ce jour là, pourtant à la capitale, j’ai capté que métis ou noir, cette dame ne voyait pas la différence. Ou plutôt elle ne voyait QUE la différence.
    Pour ma part, j’ai souvent parler de ce qu’est la ressemblance à mes yeux. Ce n’est pas le faciès, le physique… c’est davantage les mimiques, les façons de sourire, les expressions du visage, les onomatopées orales, les intonations, les regards similaires, etc etc… Il n’y a qu’à voir des photos de parents ayant des enfants de leur même couleur de peau, métis, adoptés ou issus du don, c’est clairement idem. On voit de suite qui est l’enfant de qui. Y’a un très beau livre avec de magnifiques portrait sdont j’ai parlé récemment. C’est frappant.
    Mais bon… ouvrir les yeux et ne pas s’arrêter au « global », ou aller plus loin que la couleur, ce n’est pas encore facile de nos jours…
    (PS : je pense te rebloguer (si c’est ok?) dans quelques temps pour ce texte, efficace et synthétique !)
    Bien des zébritudes !

    • petiteyaye dit :

      Je me souviens du bouquin dont tu avais parlé sur ton blog, c’était magnifique ! Michoco a mes intonations (mmmm ! ohoh ! plouf ! waouh !) et les mimiques de son papa.
      Ta crevette va naître avec un teint très clair qui fera encore plus ressortir les traits de son papa, regarde bien ses premières phalanges de la main, tu t’apercevras qu’elles sont plus foncées que le reste de sa peau, tu auras une « idée » de sa couleur « définitive » ! Enfin tu verras, tout ça on s’en fout un peu quand on tient son bébé dans les bras !!!! Mais c’est sûr que toute notre vie je m’attends à ce que les gens nous signalent plus nos différences que nos ressemblances ! et je n’y avait pas trop pensé avant. ça doit être quelques chose de bien particulier aux familles cocktail mélangé !!!
      Sinon, pas de problème pour le reblogage (on dit comme ça ?!), avec plaisir…

  2. fedora dit :

    C’est super intéressant cette réflexion… On voit en lui l’autre… Chez nous, la poulette me ressemble et, surtout, elle ressemble beaucoup à ma maman… Mais elle, ben, elle se trouve plein de ressemblances avec son papa (qui l’a adoptée ^^ c’est super comique et adorable ^^)

  3. Marie Kléber dit :

    C’est tellement vrai ce que tu écris Petite Yaye.
    POur nous c’est un peu différent, les gens de ma famille jurent qu’il ne ressemble qu’à moi et pour la famille de son papa, c’est son portrait craché. Après il y a du parti pris vu les circonstances.
    Quand je le regarde, je vois un peu de moi, un peu de son papa dans les mimiques, la façon dont il fait la moue quelques fois.
    Mais je ne la vois ni « blanc », ni « chocolat (comme disent certains) ». Il est lui, avec toutes nos similitudes et nos différences!!

  4. pomdepin dit :

    Ça me,fait penser à un truc.,quand j’avais 10 ans, ma meilleure copine était une petite fille noire. Elle était comme sa maman martiniquaise, et sa super comme son papa tout blanc, mais pourtant elles se ressemblaient beaucoup, elles avaient exactement le même visages, mais un blanc et un noir. Nous jouions toutes les trois au parc et une dame m’a dit de faire attention à ma sœur. Et je me suis faite grondée quand n’ai dit que ce n’était pas ma sœur mais celle de ma copine. Cette femme m’a accusé de mentir!

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